Et si l’échec était un moteur de croissance ? | Atlantico.fr
Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
Economie
Les magasins de Virgin ont fait faillite.
Les magasins de Virgin ont fait faillite.
©Reuters

Série de l'été : ces échecs qui mènent au succès

Et si l’échec était un moteur de croissance ?

C’est bien connu, la France n’aime pas le risque et déteste l’échec. Dans tous les domaines, il est marqueur de médiocrité. Or, le progrès naît des erreurs et plutôt que d’inscrire le principe de précaution dans la Constitution, on devrait revendiquer haut et fort le droit de se planter.

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre a été en charge de l'information économique sur TF1 et LCI jusqu'en 2010 puis sur i>TÉLÉ.

Aujourd'hui éditorialiste sur Atlantico.fr, il présente également une émission sur la chaîne BFM Business.

Il est aussi l'auteur du blog http://www.jeanmarc-sylvestre.com/.

Voir la bio »

L’échec c’est comme le cholestérol. Il y a de bons et de mauvais échecs. Le problème français, c’est que nous ne faisons pas les bonnes erreurs. Nos échecs sont punitifs. Nous protégeons les rentes de situations, les monopoles et vivons collectivement à crédit. Du coup, nous étouffons le dynamisme, la capacité de rebondir, la réactivité est soumise à des procédures lourdes et paralysantes.

On a même inventé le principe de précaution, on l’a inscrit dans les valeurs de la République pour bien imprégner notre culture. Or, le principe de précaution inscrit dans la constitution nous empêche de procéder à des expérimentations dans tous les domaines. Il interdit la prise de risque et l’innovation. La France est d’ailleurs assez contradictoire parce que peu de temps après avoir sacralisé le principe de précaution, nous avons créé des paradis fiscaux pour favoriser la recherche.

Des laboratoires viennent en France développer des innovations de toutes sortes, et fabriquer du déficit fiscal pour la maison mère. Ces laboratoires découvrent des molécules, des protocoles ou des process qui seront ensuite expérimentés… ailleurs ! Parce que la France n’aime pas le risque. Le secteur agroalimentaire, l’industrie chimique et pharmaceutique, les nouvelles technologies sont en perte de vitesse.

Cette culture de la protection sociale et juridique, de l’assistance et du conservatisme a engendré une aversion au risque et au changement qui freine le développement économique, la croissance, l’activité. C’est cette aversion au risque qui a provoqué dans le modèle français deux phénomènes qui sont liés.

Le premier phénomène, c’est que l’on culpabilise l’échec. L’échec dans tous les domaines est un marqueur de médiocrité alors que l’échec offre une opportunité de rebond. Le chercheur français qui échoue est un chercheur raté puisqu’il n’a pas trouvé. Le chef d’entreprise qui fait faillite est interdit de recommencer, il est même passible des tribunaux ! Or l’échec, dans tous les domaines est un facteur de progrès.

Vous découvrirez dans ces témoignages d’entrepreneurs que l’échec a une vertu pédagogique. C’est parce que l’on échoue, que l’on analyse les raisons de l’échec, que l’on peut corriger. Dans tous les domaines. On aurait donc besoin d’une culture qui ne condamne pas le responsable d’un échec et qui n’en fasse pas automatiquement un coupable.

Le chef d’entreprise est le premier concerné. Il est responsable mais surtout pas coupable. Sinon il baisse les bras et il abandonne la compétition. Quand un chef d’entreprise abandonne la compétition, ce sont des salariés qui perdent leurs emplois et des ateliers qui ferment.

Le deuxième phénomène pernicieux, c’est que l'on refuse la destruction de secteurs ou d’activité qui sont en déclin. On les protège, on les assiste, on les supporte jusqu’au jour où ils tombent en ruines. Or, on a besoin de détruire. L’économiste Schumpeter appelait cela la destruction créatrice. L’innovation née d’une activité qui décline. Il faut donc favoriser l’échec et précipiter l’arrêt d’une activité pour permettre l’émergence de nouvelles activités. L’exemple le plus parlant que donnait Schumpeter était celui de la forêt. Dans la forêt, pour que les jeunes poussent puissent se développer, pour que les arbres puissent grandir, il faut abattre les plus vieux pour faire de la place et donner de la lumière. En économie c’est le même processus.

Tous les exemples d’entreprises réunies dans cette série sont nés d’un échec formateur et pédagogique. L’entrepreneur a droit à une seconde chance. C’est un principe qui serait beaucoup plus important à inscrire dans sa constitution que le principe de précaution.

Maintenant, il y a un problème social et humain à gérer. La destruction créatrice va créer des emplois et de la croissance mais va laisser sur le carreau des chômeurs. Le chef d’entreprise qui fait faillite met aussi en difficulté des salaries, d’autant plus qu’il ne peut pas très souvent reprendre son activité. Les dégâts humains relèvent de la politique sociale et de la formation qui doit permettre une adaptation permanente au changement.

Mais en aucun cas l’on ne peut se prévaloir du maintien d’un emploi pour refuser le changement et l’innovation. C’est une faute majeure qui coute extrêmement chère à la collectivité. Le prix du conservatisme est plus élevé que celui du progrès. Or, le progrès nait de l’échec.  

[LES TEMOIGNAGES DE NOS ENTREPRENEURS]

En raison de débordements, nous avons fait le choix de suspendre les commentaires des articles d'Atlantico.fr.

Mais n'hésitez pas à partager cet article avec vos proches par mail, messagerie, SMS ou sur les réseaux sociaux afin de continuer le débat !