Et pendant ce temps là... Cinq points de crispation largement aussi inquiétants pour la démocratie que Nadine Morano | Atlantico.fr
Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
Politique
Et pendant ce temps là... Cinq points de crispation largement aussi inquiétants pour la démocratie que Nadine Morano
©

"Quand le sage désigne la lune..."

Et pendant ce temps là... Cinq points de crispation largement aussi inquiétants pour la démocratie que Nadine Morano

La polémique Nadine Morano suite à ses propos sur "la race blanche", sur le plateau d'"On est pas couché" (ONPC) a mobilisé l'attention cette semaine, reléguant au second plan des sujets essentiels pour la démocratie française. Retour sur 5 d'entre eux, de l'Europe à la Russie en passant par le racisme ou le système politique français.

Google et Yahoo, internet

Serge Federbusch

Serge Federbusch est président d'Aimer Paris et candidat à l'élection municipale de 2020. Il est l'auteur de La marche des lemmings ou la 2e mort de Charlie, et de Nous-Fossoyeurs : le vrai bilan d'un fatal quinquennat, chez Plon.

Voir la bio »
Jean Petaux

Jean Petaux

Jean Petaux est docteur habilité à diriger des recherches en science politique, spécialiste de la vie politique française. Il s’est aussi spécialisé dans l’analyse localisée de la politique. Il dirige une collection aux éditions « Le Bord de l’Eau » intitulée : « Territoires du politique ». Prochain livre à paraître : « Entretiens avec Jacques Valade » (octobre 2021). Officier des Palmes académiques, il est, par ailleurs, membre associé de l’Académie nationale des Sciences, Belles-Lettres et Arts de Bordeaux.  

Voir la bio »

Atlantico : Mercredi à Strasbourg, François Hollande a précisé qu'il fallait plus d'Europe. "La seule voie possible pour celles et ceux qui ne sont pas convaincus de l’Europe, c’est d’en sortir !",  répondait François Hollande au plaidoyer de Nigel Farage (UKIP). Le président français ne ferme-t-il pas là le débat démocratique ? 

Serge Federbusch : Comme toujours Hollande mélange tout et prend ses interlocuteurs pour des imbéciles. Il ne faut d'abord pas confondre Euroland, Union européenne et Europe. Même si aujourd'hui les deux premiers sont malheureusement liés, on pourrait envisager de faire comme les Anglais et de revenir à une monnaie nationale sans quitter l'Union. Quant à l'Europe c'est une notion géographique et, à moins d'une secousse sismique dont vous me diriez des nouvelles, la France ne s'en détachera pas ! Trêve de plaisanterie, l'Euroland ne tient plus désormais que sur un chantage : si vous quittez la monnaie unique c'est le retour à l'hyper-inflation et vous pouvez dire adieu à votre épargne. C'est en faisant peur aux Français pour leur assurance-vie qu'au fond Hollande et tous les politiciens pro-européens continuent de vendre leur salade. L'Euroland d'aujourd'hui c'est un peu comme dans la chanson de Guy Béart : le premier qui dira la vérité à son sujet, c'est à dire qui assumera qu'elle n'est pas viable et la quittera, les autres Etats et les marchés tenteront de l'exécuter.

Il est vrai qu'une sortie de l'euro nécessiterait une mise sous tutelle temporaire du système financier. Pour ne pas s'achever en désastre, il faudrait qu'elle soit conduite par des gens déterminés, courageux et compétents, capables au surplus de rassurer l'opinion et de dénoncer le travail de sape que les Européistes ne manqueraient pas d'entreprendre.

Il serait également indispensable que la sortie de l'euro s'accompagne de sévères mesures de réformes et de dégraissage de la gigantesque bureaucratie qui paralyse la France. C'est bien le problème : ceux qui veulent quitter l'euro souhaitent souvent défendre la France protégée et ceux qui veulent entreprendre des réformes libérales sont souvent pour l'euro ce qui est absurde car réformer la France avec un tel boulet monétaire est devenu impossible.

Je crains que, face à cette situation de paralysie, la solution historique soit toujours la même : l'effondrement final.

Jean Petaux : Une première réflexion d’abord sur les effets de la "séquence Morano". C’est un phénomène désormais très classique. Sur une phrase de moins de dix mots une polémique peut enfler et prendre une dimension nationale comme si l’avenir de la France en dépendait, comme si la manière avec laquelle "la crise" (quelle "crise" d’ailleurs ?) allait se résoudre devait engager durablement le sort de la nation. En réalité tout cela n’a absolument aucune importance. Cette séquence ne concernait aucunement une personnalité politique de premier plan. Elle n’avait aucune espèce d’intérêt intellectuel mais comme elle a commencé dans une émission de divertissement elle s’est poursuivie sur le mode de la comédie de boulevard… Finalement on peut juste regretter le célèbre "Au théâtre ce soir"… Dans cette émission culte de feu l’ORTF, les acteurs avaient du talent, les décors (de Roger Harth) coûtaient peu et les costumes (de Donald Cardwell) n’étaient pas moins ridicules que la tenue de l’héroïne du récent sketch "race blanche" sur la tombe du général de Gaulle.

Ce qui est plus ennuyeux dans "l’affaire" c’est ce que vous pointez : pendant que l’on a amusé la galerie avec la "race blanche" d’autres questions plus importantes ont été laissées de côté. Pendant que les projecteurs éclairaient le "réverbère Morano" que se passait-il sur le reste du trottoir plongé dans le noir ?.... Par exemple au sein du parti "Les Républicains" : où en est-on de la nomination des délégués départementaux qui vont être les véritables "missi-dominici" du président Sarkozy dans toutes les fédérations du parti, nommés strictement et uniquement par lui comme de vrais préfets, qui ne référeront qu’à lui et qui, de facto, seront les vrais patrons départementaux face aux présidents, élus par les adhérents, mais sans réel pouvoir ?... Cette question-là est stratégique : elle peut décider du sort des primaires à droite. Plus ou moins très ouvertes (volontés Juppé, Fillon, Le Maire), plus ou moins très fermées (volonté Sarkozy). Autre question centrale et déterminante pour tout le pays cette fois-ci : quid de la position de la France face au mandat de la Commission européenne pour négocier le Traité transatlantique (TAFTA) ? On a juste entendu cette semaine une très intéressante mise en garde du secrétaire d’Etat au Commerce extérieur, le très compétent Mathias Fekl, qui a, pour la première fois, mis en garde publiquement les négociateurs européens dans ce dossier compliqué, obscur et tordu. Aucun relais, aucun débat, aucune discussion sur ce point… Toute la classe politico-médiatique se concentrant sur le cas Morano. Pire que dommage : dommageable !

En revanche je ne pense pas que l’on puisse considérer que François Hollande ferme le débat dans sa réponse à l’eurosceptique Farrage dans l’hémicycle de Strasbourg. Il me semble au contraire que le président de la République s’efforce (pour l’instant en vain d’ailleurs) de repolitiser la question européenne. En tentant de revenir à une Europe resserrée, débarrassée de ses "poids morts" ou de ses "passagers clandestins". Une Europe constituée de "vrais Etats européens" qui "rejoueraient le jeu". Celui des origines, celui du Traité de Rome et du Traité de Maastricht. C’est assez malin mais c’est aussi très "téléphoné". Cela ressemble à une admonestation du style : "L’Europe on la fait ou on la quitte". Mais outre que cela n’impressionne personne (parce qu’on voit mal une "exclusion" : par qui ? comment ? pourquoi ?) de tel ou tel Etat dirigé par une équipe eurosceptique. Cela n’a plus grand sens non plus tout simplement parce que la France n’est plus vraiment en position de fixer un cap, de peser dans le débat, comme elle a pu le faire de de Gaulle à Mitterrand.

Les propositions du groupe de travail Bartolone-Winock sur les institutions a remis en lumière le débat sur le quinquennat. Couplé aux primaires des partis, les hommes politiques (et les journalistes qui les suivent) sont en campagne permanente, jusqu'à pervertir le focntionnement démocratique. Pour l’historien Michel Winock, "notre vie politique n’est pas démocratique". A-t-il raison ? Quelles sont les différences avec les Etats-Unis qui eux aussi pratiquent le système des primaires ?

Serge Federbusch : La vie politique française n'est certainement pas un modèle de démocratie mais je crains que Winock, mandaté par le pouvoir pour réfléchir sur le sujet, ne porte pas le bon diagnostic. Le problème numéro un est posé par la caste de politiciens professionnels, élus à vie qui dépendent de leurs mandats pour exister dans le confort. La plupart sont cyniques et réticents à la prise de risques réels. Ajoutez-y le retour du régime des partis que De Gaulle a voulu mettre à bas mais qui revit parce que le coût énorme de la politique et la collusion avec les médias empêchent l'émergence de personnalités indépendantes. Quant aux Primaires, telles qu'elles, de par leur coût et le fait qu'elles reposent sur des organisations partisanes, elles ne feront qu'aggraver la sclérose du système. Aux Etats-Unis elles contribuent beaucoup à la perpétuation du régime démocrate/républicain. Il faut être milliardaire pour pouvoir s'y frayer un chemin comme le montre Donald Trump.

Jean Petaux : L’analyse de Michel Winock est parfaitement pertinente. Il n’est pas le seul à dire cela aujourd’hui. Dans son dernier ouvrage ("Le bon gouvernement") sorti en août 2015, absolument passionnant et très riche dans son contenu et ses références historico-politiques, Pierre Rosanvallon va même encore plus loin. Son livre débute ainsi : "Nos gouvernements peuvent être dits démocratiques, mais nous ne sommes pas gouvernés démocratiquement" (p.9).

Ces 15 dernières années la vie politique française a connu une succession de mutations institutionnelles et politiques qui ont considérablement transformé la lettre et l’esprit initiaux de la constitution du 4 octobre 1958 conçue, pensée et élaborée par le général de Gaulle. Citons quelques-unes de ces évolutions qui, pour certaines sont de vraies métamorphoses. Le 24 septembre 2000, pour la première (et unique) fois les Français se prononcent par référendum en application de l’article 89 sur une révision constitutionnelle : la réduction du mandat présidentiel de 7 à 5 ans. La France vit sa troisième cohabitation depuis 1986. Nul n’ignore les intentions du président Chirac et du premier ministre Jospin : ils s’affronteront au second tour de la prochaine présidentielle comme ils l’ont fait en 1995. Celle-ci aura donc lieu en 2002. On connaît la suite de l’histoire. Ce que l’on a oublié en revanche c’est que seuls 30,69% à même de voter se sont déplacés… Et même si près des trois-quarts des bulletins étaient « oui », il est clair que cette histoire de quinquennat n’a passionné personne. Jacques Chirac avait d’ailleurs prévenu les Français, leur disant en substance : "votez oui, votez non… moi je m’en moque" (il pensait certainement à autre chose de plus "chiraquien" se rapportant aux effets peu dynamiques d’un grattage sur un élément pourtant proche d’un autre…). Première désaffection populaire donc.

Deuxième grande transformation : l’assujettissement des législatives (durée du mandat 5 ans) à l’élection présidentielle ramenée à 5 ans. Cette histoire de calendrier plaçant les législatives sous "la coulée" des présidentielles, admise par tous les partis politiques, a eu un effet direct : elle fait de l’élection du président de la République, plus que jamais désormais, la "mère des élections"… écrasant toutes les autres. Elle contribue encore plus à ce que Rosanvallon appelle très intelligiblement "la personnalisation-présidentialisation".

Troisième grande mutation : de nature plus politique qu’institutionnelle évidemment. La présence du candidat FN au second tour en 2002 qui a eu pour effet de "neutraliser" le second tour, transformant ainsi cette élection présidentielle-là en une élection à un tour… Au point qu’il n’y eût même pas de "débat d’entre deux tours", figure incontournable de ce "show électoral présidentiel" depuis le premier du genre en 1974. Le fait que cette configuration ait eu lieu une fois a levé un tabou et fait que désormais la question de la présence de la candidate FN au second tour de l’élection présidentielle de 2017 par exemple obsède tous les acteurs politiques et leurs équipes respectives.

Quatrième transformation : l’apparition des primaires. "Semi-ouvertes" en 2007 au PS qui voient une candidate désignée contre les principaux clans du parti et les fameux "éléphants" puis totalement "ouvertes" aux non-adhérents en 2011 où le candidat choisi était "pointé" à 3% d’intentions de vote 18 mois plus tôt… Avec cette "invention" des primaires l’élection présidentielle devient une élection à 4 tours pour le principal parti de l’opposition et elle le serait tout autant pour le parti du président si, comme c’est désormais la règle du fait de la cinquième grande mutation (réforme constitutionnelle du 23 juillet 2008), modifiant l’article 6 de la Constitution et interdisant au président de la République d’exercer plus de deux mandats consécutifs, le président sortant ne pouvait se représenter. Une campagne présidentielle avec 4 tours "nationaux" est littéralement aberrante par rapport à la lettre et à l’esprit de la réforme constitutionnelle instaurée par le référendum du 28 octobre 1962 instaurant le suffrage universel pour désigner le président de la République.

En comparaison avec les primaires aux USA la situation française est totalement différente. Les primaires américaines sont assez récentes dans l’histoire électorale nord-américaine. Elles apparaissent dans un contexte très particulier et qu’il conviendrait de bien retenir : la corruption absolue, violente et radicale de la vie politique US entre 1870 et 1900. A cette époque la vie politique américaine est totalement contrôlée par de véritables gangs en particulier à l’échelon local mais au plan des Etats fédérés et, naturellement, à l’échelon du pays tout entier. Le film "Gang of New-York" de Martin Scorsese montre parfaitement cela. Le système politique alors est articulé autour de "machines électorales" contrôlées par des "boss" (on parle d’ailleurs de "bossism") qui dirigent tout. Le clientélisme est l’alpha et l’oméga de la vie politique américaine. Il va falloir l’arrivée d’un mouvement très original, le "Progressive Movement" à la fin du XIXème siècle avec des "idéalistes" comme Woodrow Wilson (élu président des USA en 1913) ou encore Franck Goodnow qui vont s’allier à certains "réalistes" comme le grand Teddy Roosevelt (président de 1901 à 1909). Ces militants du "Mouvement Progressiste" font même figure initialement "d’anti-politicians". Ce sont eux qui vont encourager les primaires (au départ "fermées" - ce sont des "caucus" -) dans le souci de "court-circuiter" les machines électorales et partisanes, véritables "oligarchies" pour reprendre la terminologie de Roberto Michels (qui lui, en Europe, à la même époque, s’intéresse au fonctionnement du SPD, le parti social-démocrate allemand). Ce rappel montre comment et pourquoi les "primaires" arrivent dans un contexte politique donné. Elles sont symptomatiques d’une crise profonde du fonctionnement des partis. Les "primaires" montrent que les partis sont dans un "état second" en somme. Mais là où la situation américaine n’a rien d’aberrant par rapport à la France c’est que d’une part la dimension des USA et d’autre part le caractère fédéral de l’Etat peuvent, l’une et l’autre, justifier une "pré-élection" "déconcentrée" à l’échelle des états fédérés en quelque sorte. Sans compter que l’élection présidentielle elle-même, stricto-sensu, est fondamentalement différente : ce n’est pas le peuple qui élit le président, mais des "grands électeurs" (et dans certains cas comme pour l’élection de G.W. Bush, le 7 novembre 2000, celui-ci peut ne pas être le vainqueur en suffrages, puisque rappelons-le Al Gore a obtenu plus de 51 millions de voix et G.W. Bush 50,5 millions). Sans compter aussi que la présidentielle américaine se joue sur un seul tour… Autrement dit les primaires américaines sont très différentes des "primaires à la française", même si elles disent peu ou prou la même chose dans leur apparition et leur développement, dans chacun des deux pays, à 130 ans de distance…

La vraie question est désormais de savoir si les primaires participent ou pas du développement d’une vie démocratique authentique et véritable. Au premier degré, sans approfondir la réflexion, on peut dire que chaque fois que des "citoyens" s’expriment par un vote, la démocratie sort grandie. Cet argument est d’ailleurs celui qu’utilisent les acteurs politiques et même les dirigeants de partis politiques pour essayer de "se refaire une santé" au sein d’une opinion qui les classe au dernier rang des indices d’appréciation… juste avant les journalistes et les huissiers ! En réalité quand on réfléchit un peu plus on comprend que la démocratie ne saurait se limiter au seul vote (même pour désigner un candidat proche de ses options politiques destiné à entrer dans la compétition présidentielle finale). On peut même estimer que limiter la démocratie au strict vote est aussi partiel et incomplet que restreindre l’amour à l’accouplement… On peut y prendre un plaisir certain et momentané mais on passe aussi à côté d’autres satisfactions…

Le refus de bon nombre de politiques français d'échanger avec Vladimir Poutine concernant son action en Syrie est-il pertinent ?

Serge Federbusch : Quand on pratique la politique de la chaise vide vis-à-vis de quelqu'un on se retrouve souvent le cul sur le sol. Demandez aux mânes de Krouchtchev, un lointain ancêtre de Poutine, ce qu'ils en pensent. Poutine est un autocrate déterminé mais c'est aussi un chef fragilisé par la baisse du prix des matières premières, sachant que l'Etat russe est surtout un prédateur de richesses naturelles. Soit les Occidentaux veulent par priorité se débarrasser de Poutine et ils continuent de mettre la pression sur la Russie et manipulent les marchés pour l'amener à strangulation, avec tous les risques que cela fait courir à la paix. Soit ils se disent que la menace de Daech et de l'islam réactionnaire est aujourd'hui l'ennemi numéro un et ils s'entendent avec lui pour régler à la fois la question des pays limitrophes de la Russie et celle de Daech. Dans tous les cas, il faut montrer au peuple russe qu'on le respecte sinon cela le soude derrière son chef.

Jean Petaux :  Non. Absolument pas. Poutine est à la tête de la deuxième puissance militaire mondiale qui a engagé un formidable programme de modernisation de ses outils militaires depuis cinq ans. Il faut dire qu’ils en avaient furieusement besoin. Qu’on apprécie ou pas le personnage, il est totalement irréaliste (voire dangereusement stupide) de l’ignorer superbement. Faut-il rappeler que le général de Gaulle est allé négocier avec Joseph Staline, le 2 décembre 1944, le retour de Maurice Thorez de Moscou, sans procès en France pour désertion, contre le démantèlement des milices communistes en France et l’incorporation de celles-ci dans l’armée française ?… Avec Staline !... Staline dont les états de services renvoient Poutine au status de puceau intégral. Certains « apprentis gaullistes » qui se revendiquent détenteurs d’un morceau de la "vraie croix"… de Lorraine pourraient « rouvrir » les manuels d’Histoire qu’ils n’ont sans doute jamais vraiment lus..

Pour paraphraser François Hollande parlant de Bachar El-Assad, "Poutine est peut-être un morceau du problème en Syrie, mais il est aussi une partie centrale de la solution". Laisser croire le contraire c’est, ici encore, amuser la galerie et faire profession d’immobilisme et d’attentisme. Il est vrai qu’Assad et son clan sont des "tueurs nés", que cette minorité allaouite a mis le pays en coupe-réglée et qu’Assad a massacré et massacre encore son peuple… Mais entre Daech et Assad quel est le pire danger pour l’Europe et, plus précisément, pour la France ? "Assad ? Bien évidemment que non. Laisser faire Daesh et les femmes européennes et françaises apprécieront. Les compositeurs, les archéologues, les lecteurs, les chanteurs, les danseurs, les joueurs de football : tous ceux que ces malades torturent et tuent apprécieront aussi…

Le chef de l'Etat au camp des Milles hier a dressé un parallèle avec les années 30. Le débat se structure autour de racisme / anti-racisme sans débat profond. Comment analyser cette dichotomie souvent simpliste ?

Serge Federbusch : Hollande n'a comme dérivatif à son échec dans tous les domaines que de réanimer ce débat oiseux. Il ferait mieux d'interdire le port du voile à l'Université et à l'hôpital et d'affronter vraiment le cancer islamiste qui ronge la France. Chaque semaine qui passe aggrave la situation. C'est cette affirmation de plus en plus crâne d'un islam obscurantiste qui ulcère les Français et les conduit à voter pour le Front national. L'aveuglement de ce qui reste d'intellectuels dits de gauche face à ce problème est consternant et Hollande en joue pour tenter de les ressouder derrière lui.

Jean Petaux : Cette question est essentielle et complexe. D’une part, je l’ai déjà écrit, il y a une véritable hystérisation du débat politique français sur la question du Front national. Le Front national, depuis désormais 30 ans, est au centre (c’est le paradoxe….) de la vie politique française. Toutes les forces politiques françaises y ont eu intérêt en fait et pas seulement le PS, même s’il en a été le principal bénéficiaire, voire, avec François Mitterrand, le principal instigateur. La droite républicaine y a trouvé son compte elle aussi, en trouvant dans le FN d’abord un "repoussoir" et ensuite une manière de dire aux Français : "Voyez, il y a plus réactionnaires que nous, plus extrêmes, plus durs, alors votez pour nous pour évitez de sombrer dans l’aventure" (discours propre à un Sarkozy par exemple…). La question de l’antisémitisme et de l’antiracisme devient alors une sorte de « marqueur référentiel » propre à toutes les surenchères qui, très vite, se retournent contre ceux qui font profession de traquer l’antiracisme. De la profanation du cimetière de Carpentras  (10 mai 1990) aux dernières saillies provocatrices de Jean-Marie Le Pen, le FN s’est trouvé toujours mis en cause d’emblée avec un systématisme coupable qui, finalement, l’a toujours servi et l’a renforcé dans son statut de victime désignée… En réalité toutes les statistiques le montrent abondamment, la croissance réelle des faits antisémites n’est pas provoquée par des militants d’extrême-droite, mais très majoritairement par des brutes épaisses égarées et incultes, sans aucune référence à l’idéologie frontiste. Que le FN montre une prédilection pour le différentialisme, qu’il récuse une partie des idéaux contenus dans la DDHC, qu’il considère la Cour Européenne des Droits de l’Homme comme un dangereux repère de gauchistes "dégénérés" et que tout cela soit profondément inscrit dans le corpus idéologique de cette formation politique c’est incontestable. Les travaux scientifiques sur le discours du FN sont suffisamment documentés sur ce point pour ne pas être suspects d’approximation. Mais construire son logiciel idéologique sur l’inégalitarisme, sur la contre-révolution, sur des valeurs conservatrices et réactionnaires ne signifie en aucun cas faire l’apologie du racisme et développer une théorie de la race supérieure. Confondre cette attitude avec la philosophie politique du FN c’est courir le risque d’amoindrir sa propre argumentation comme ces discussions délirantes sur Internet où le fameux "point Godwin" (faire une comparaison-analogique avec Hitler pour dévaluer le discours de l’autre) est très vite atteint.

En raison de débordements, nous avons fait le choix de suspendre les commentaires des articles d'Atlantico.fr.

Mais n'hésitez pas à partager cet article avec vos proches par mail, messagerie, SMS ou sur les réseaux sociaux afin de continuer le débat !