Est-ce si difficile de dire: encore une fois, bravo Boris ? | Atlantico.fr
Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
Europe
Est-ce si difficile de dire: encore une fois, bravo Boris ?
©Isabel INFANTES / AFP

BoJob

Est-ce si difficile de dire: encore une fois, bravo Boris ?

Le Premier Ministre britannique vient d’obtenir, après plusieurs semaines où les partis se sont regardés en chiens de faïence au parlement, ce qu’il voulait: une élection.

Edouard Husson

Edouard Husson

Universitaire, Edouard Husson a dirigé ESCP Europe Business School de 2012 à 2014 puis a été vice-président de l’Université Paris Sciences & Lettres (PSL). Il est actuellement professeur à l’Institut Franco-Allemand d’Etudes Européennes (à l’Université de Cergy-Pontoise). Spécialiste de l’histoire de l’Allemagne et de l’Europe, il travaille en particulier sur la modernisation politique des sociétés depuis la Révolution française. Il est l’auteur d’ouvrages et de nombreux articles sur l’histoire de l’Allemagne depuis la Révolution française, l’histoire des mondialisations, l’histoire de la monnaie, l’histoire du nazisme et des autres violences de masse au XXème siècle  ou l’histoire des relations internationales et des conflits contemporains. Il écrit en ce moment une biographie de Benjamin Disraëli. 

Voir la bio »

Certains diront que Johnson a eu de la chance. Mais le propre d’un grand politique, comme d’un stratège sur le champ de bataille, c’est de savoir saisir la chance. Oui, Boris Johnson n’a obtenu le vote sur l’élection que parce que les Libéraux-démocrates et le SNP, le parti nationaliste écossais, ont fait le pari qu’ils avaient intérêt à une élection maintenant. Jeremy Corbyn, lui, ne voulait pas d’élection; mais il a eu la main forcée. Et le gagnant, une nouvelle fois, c’est Boris Johnson. Pour autant, avez-vous entendu un homme politique français de premier plan lui dire bravo? On dit que Les Républicains ont un nouveau président - Christian Jacob si l’on m’a bien renseigné. J’aurais bien aimé en avoir la confirmation en lisant de sa part une déclaration félicitant Boris Johnson d’avoir, il y a quelques jours, ramené un nouvel accord sur le Brexit alors qu’on disait que c’était impossible; et lui souhaitant de gagner les élections du 12 décembre - après tout, si Johnson gagne ces élections ce sera la preuve qu’un parti de gouvernement se situant à droite de l’échiquier politique est capable de remonter la pente et de revenir durablement au pouvoir en défendant la souveraineté du pays.

Bien entendu, Johnson n’a pas encore gagné cette élection. Les sondages lui donnent certes une avance de 12 à 15 points. Mais on a vu une avance de 20 points, celle de Theresa May, fondre lors des élections de juin 2017. Boris Johnson a pourtant fait le pari de se présenter devant les électeurs sans avoir fait définitivement ratifié son accord sur le Brexit. Et l’on peut voir trois raisons de parier dans le même sens que lui:

1. Il se serait usé dans une bataille parlementaire piégée à essayer de faire passer la loi d’application, même si le parlement a voté les termes généraux de l’accord de départ.

2. Le parti travailliste s’est ridiculisé à réclamer tout et son contraire: le Brexit puis « un autre Brexit » puis l’arrêt du Brexit puis des élections puis pas d’élections anticipées. Jeremy Corbyn a beaucoup perdu de l’aura qui était la sienne en 2017.

3. Boris Johnson peut raisonnablement penser qu’il rassemblera une coalition de Brexiteers durs se disant que c’est maintenant ou jamais; de conservateurs rassemblés dans un sursaut pour assurer la survie du parti; et de réalistes, en particulier dans le monde économique, qui sont sensibles à son « Get Brexit done », même quand ils ont voté Remain.

Il y a bien entendu des écueils: Jo Swinson, présidente des Lib Dems, s’est dit qu’elle avait de bonnes chances de récupérer des Remainers conservateurs et de contribuer à prendre en étau Johnson, avec la complicité objective de Nigel Farage et son Brexit Party. La grande inconnue du scrutin concerne en effet le Brexit Party. Comment voteront ses électeurs? Trouveront-ils Johnson insuffisamment ferme? Contribueront-ils à un éparpillement des voix Leave, au point de faire gagner des sièges au Labour et aux Lib-Dems? Johnson peut-il proposer un accord implicite au Brexit Party sans perdre au centre? Mais peut-il avoir Qui seraient normalement allées au Brexit Party sans une forme de trêve?

Il reste une double certitude: Boris Johnson est l’homme politique britannique le plus doué, le meilleur stratège, le meilleur tacticien et le meilleur orateur depuis Tony Blair. Quant au peuple britannique, il se met en mouvement avec une froide résolution, ne pouvant plus supporter les atermoiements de Westminster. Je suis prêt à parier que ce mouvement ressemblera plus à la cohésion du pack de l’équipe d’Angleterre qui vient d’arriver en finale de la coupe du monde de rugby qu’à un éparpillement populiste des voix.

En raison de débordements, nous avons fait le choix de suspendre les commentaires des articles d'Atlantico.fr.

Mais n'hésitez pas à partager cet article avec vos proches par mail, messagerie, SMS ou sur les réseaux sociaux afin de continuer le débat !