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En 2008, la grande force de Barack Obama avait été de parvenir à motiver, voire passionner, les nouveaux électeurs de 18 à 22 ans : un électorat qui vote peu habituellement.
En 2008, la grande force de Barack Obama avait été de parvenir à motiver, voire passionner, les nouveaux électeurs de 18 à 22 ans : un électorat qui vote peu habituellement.
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Election américaine 2012

Espoir perdu... Obama serait-il en train de perdre le vote des jeunes ?

Un sondage Washington Post/ABC News donne Barack Obama et Mitt Romney à égalité des intentions de vote au niveau national dans le cadre des élections présidentielles américaines. Un resserrement des courbes qui s'explique, en partie, par la désaffection grandissante des jeunes à l'égard du candidat démocrate de 2012 qui, manifestement, ne suscite plus le même engouement qu'en 2008.

Nicole Bacharan

Nicole Bacharan

Nicole Bacharan est historienne et politologue, spécialiste de la société américaine et des relations transatlantiques.
Elle a co-écrit avec Dominique Simonet  "11 septembre le jour du chaos" (Perrin, à paraître le 18 août 2011).

Son prochain livre est Le guide des élections américaines de 2012, co-écrit avec Dominique Simmonet,  à paraître aux éditions Perrin.

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Atlantico : Les derniers sondages publiés outre-Atlantique font apparaître un resserrement des intentions de votes au niveau national entre Mitt Romney et Barack Obama (47% à égalité selon le dernier sondage Washington Post/ABC News), même si ce dernier reste majoritaire dans les « swing states » (Etats indécis susceptibles de faire vaciller l’élection). Le candidat victorieux de 2008 est-il en train de perdre l’électorat des jeunes ?

Nicole Bacharan : Bien qu’ils s’intéressent à la politique, les jeunes représentent, de manière générale, un électorat qui vote peu et qui ne croit pas beaucoup au système. En 2008, la grande force de Barack Obama avait été de parvenir à motiver, voire passionner, les nouveaux électeurs de 18 à 22 ans qui s’étaient alors déplacés par millions. Mais cet engouement ne se manifeste pas en 2012.

En 2008, voter Obama était « cool » . En 2012, ce n'est plus du tout le cas, cela n'a même plus rien de particulier. Ce qui est très dangereux pour lui d'où, d'ailleurs, sa prise de position sur le mariage gay. Elle correspond très probablement à ce qu'il pense intimement sur le sujet mais l'affirmer publiquement est un moyen de s'inscrire dans le mouvement de la jeune génération, y compris celle votant pour le Parti républicain.

Comment expliquer cette désaffection des jeunes envers Barack Obama ?

En 2008, les Etats-Unis sortaient de l'ère Bush et, quelles que soient leurs orientations politiques, beaucoup de citoyens américains souhaitaient alors un véritable changement.

Il y avait une volonté de se réapproprier la démocratie américaine qui avait été, en quelque sorte, « figée » après le 11 septembre. Il y a quatre ans, Obama était jeune, cosmopolite et appartenait à une nouvelle génération post-Vietnam. Il était résolument moderne et laissait espérer aux Américains un grand saut en avant pour tout le pays. Il incarnait incontestablement la jeunesse comme John Kennedy avait pu le faire en 1960.

Mais aujourd'hui le contexte à changé. Il est un président de crise qui, malgré quelques succès, n'a pas eu de résultats spectaculaires. Il ne fait simplement plus rêver et est devenu un président qui lutte contre la crise.

A l'inverse, Hillary Clinton, candidate malheureuse à l'investiture démocrate de 2008, a considérablement amélioré son image auprès des américains et des jeunes. Son poste de secrétaire d'Etat l'a modernisée alors que sa campagne, dans le cadre des primaires démocrates de 2008, avec toute la « machine politique Clinton » derrière, laissait paraître quelque chose d'usé.

Comment Ron Paul, candidat libertaire âgé de 76 ans, a pu susciter un tel engouement chez les jeunes lors des primaires républicaines ?

De tous les candidats républicains, Ron Paul était le seul a être « cool », à avoir de l'humour là où les autres étaient sinistres. Ce personnage était drôle, décoinçant, et représentait un peu le « papy indigne » qui disait tout haut ce que beaucoup de personnes pensent tout bas.

Cela fait presque 50 ans qu'il fait campagne sur les mêmes thèmes libertaires : une armée réduite au maximum, un Etat aux interventions minimalistes, ou encore une très faible ingérence dans les affaires internationales. Lors des débats, il apparaissait cependant comme sincère et représentait, pour une frange de l'électorat jeune, l'envie de dire « non » à l'autorité.

Plus largement, Barack Obama perd t-il l’électorat abstentionniste qui s’était déplacé exceptionnellement dans les bureaux de vote en 2008 et qui, aujourd’hui, serait tenté à nouveau par l’abstention ?

Tout à fait. Il cherche à réveiller cet électorat abstentionniste, celui qui lui avait permis de faire la différence en 2008. Parmi ces abstentionnistes, beaucoup voteront pour Mitt Romney ou s'abstiendront, ce qui est très dangereux pour le président sortant. Beaucoup ont été déçus par les résultats d'Obama sur la crise ou les blocages au Congrès, même si les Républicains sont majoritairement considérés comme responsables.

Les espoirs étaient si élevés en 2008 que ses résultats ont inéluctablement déçu une grande partie des électeurs qui, en 2012, n'iront pas se déplacer dans les bureaux de vote.

Propos recueillis par Olivier Harmant

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