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La ministre des Affaires sociales Marisol Touraine a laissé entendre mercredi que le gouvernement ne s'engagerait pas dans la voie risquée consistant à revoir le mode de calcul des retraites des fonctionnaires. La ministre des Affaires sociales Marisol To
La ministre des Affaires sociales Marisol Touraine a laissé entendre mercredi que le gouvernement ne s'engagerait pas dans la voie risquée consistant à revoir le mode de calcul des retraites des fonctionnaires. La ministre des Affaires sociales Marisol To
©Reuters

Consensus mou

Entre une gauche qui n’ose pas acter son social-libéralisme et une droite vitrifiée dans ses querelles d’égos, une France amorphe

La réforme des retraites, qui nécessiterait des choix clairs et tranchés, risque une fois de plus d'être une démonstration de décisions molles entre une gauche qui ne s'assume pas et une droite divisée.

André Bercoff

André Bercoff est journaliste et écrivain. Il est notamment connu pour ses ouvrages publiés sous les pseudonymes Philippe de Commines et Caton.

Il est l'auteur de La chasse au Sarko (Rocher, 2011), Qui choisir (First editions, 2012), de Moi, Président (First editions, 2013) et dernièrement Bernard Tapie, Marine Le Pen, la France et moi : Chronique d'une implosion (First editions, 2014).

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Il est tout à fait normal – et très sain – que les ventes du "1984" de George Orwell battent en ce moment des records sur Amazon. Jamais, en effet, la "novlangue"  chère au grand écrivain n’a aussi bien fonctionné sous nos latitudes soi-disant égalitaires et fraternelles. Il n’est que de prendre deux exemples récents de la vie en douce France, pour s’apercevoir qu’on est au début d’une véritable révolution où les mots changent de sens, et les sens, de mots. Quelques visiteurs d’un RER, par un bel après-midi de printemps, font irruption dans un wagon, s’en prennent aux passagers, les insultent, leur crachent à la figure, les bousculent et les giflent et, évidemment, les dépouillent de tous ces objets chers à la société de consommation que le monde nous envie. Personne ne dira un mot de compassion pour les passagers du train qui vaquaient à leurs occupations, et dont certains ne se sont pas encore remis du choc des cultures. Tant pis pour eux : ils n’avaient qu’à ne pas être là. Cependant, les sympathiques détrousseurs, convoqués au tribunal et présentés comme victimes d’un système économique qui les écrase et d’une oppression raciste qui les discrimine, s’en tirent avec quelques semaines de prison…avec sursis et des travaux d’intérêt général. Pendant ce temps, en Tunisie, l’exhibition d’une poitrine dénudée vaut quatre mois d’embastillement ferme. A deux mois le téton, cela fait assez fort de café. Pour rester dans l’Hexagone, les gardes à vue pendant "la manif pour tous" ont très largement excédé les interpellations des pillards de diligences.

A présent, s’avance, auréolée de tous les dangers, la réforme tant attendue des retraites. Dans la jungle des régimes spéciaux, des exceptions qui infirment la règle à l’infinie variété des traitements, des évidences demeurent : on vit beaucoup plus longtemps, le déficit va se monter à 20 milliards d’euros et il faudra donc allonger cotisations et âge du départ. Hargne, rogne et grogne dans la population qui justement bénéficie desdits régimes très spéciaux : outre la retraite à cinquante ans, le montant alloué, comme chacun sait, repose sur les six derniers mois pour le secteur public contre les vingt-cinq dernières années pour le privé. Équité, mon beau souci… Pas de procès d’intention : nous verrons jusqu’où ira le gouvernement dans le nécessaire chamboulement du système. Mais d’ores et déjà, il apparaît que les privilèges des privilégiés ne seront pas trop entamés : élections obligent. Les voix des électeurs sont plus que jamais pénétrables.

Sauf que nous pourrons de moins en moins, aujourd’hui, supporter la coexistence de la paille et de la poutre. Au-delà d’une gauche qui n’ose pas acter son social-libéralisme et d’une droite vitrifiée dans ses querelles d’egos, il est temps que le jeu de la vérité démolisse enfin, pour de bon, la fausseté du jeu.

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