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Enlèvement, disparitions : 
«On est livrés à nous-mêmes»
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Perdus de vue

Enlèvement, disparitions : «On est livrés à nous-mêmes»

A l'occasion de la Journée internationale de l'Enfance disparue, rencontre avec la parente d'un disparu. Au-delà de la douleur, les familles des victimes doivent également venir à bout d'un parcours du combattant afin d'être prises au sérieux par la police et obtenir un suivi de l'enquête... Depuis la disparition de son cousin, Stéphane Hirson en 1994, Valérie Cormier se bat en vain pour savoir la vérité.

Valérie Cormier

Valérie Cormier

Valérie Cormier est la cousine de Stéphane Hirson, disparu en 1994 à l'âge de 17 ans à Meaux. 

 

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Atlantico : Pouvez-vous nous parler de votre drame ?

Valérie Cormier : Mon cousin, Stéphane a disparu en février 1994. Il allait avoir 18 ans une semaine plus tard. Il sortait d'un hôpital psychiatrique et il avait un bras dans le plâtre. Il restait donc un peu fragile. Il devait rejoindre un camarade à l'ANPE de Meaux. Il n'y est jamais arrivé... Sa mère s'est aperçue qu'il était parti sans papiers et sans argent. On a étudié toutes les pistes. On a pensé à une fugue. On a pensé qu'il était peut-être parti avec des amis aux skis... Mais aucune piste n'a abouti.

Quelles ont été vos relations avec la police ?

Elles ont été presque inexistantes. Ma cousine a été reçue au poste sur un coin de de table. Ils s'en fichaient car pour eux, entre temps, Stéphane était devenu majeur...  Aucune enquête n'a été  faite. Ma tante est allée seule jusque dans les caves des cités voisines. J'ai pris le relais en 2001 car ma tante partait vivre en Espagne. A ce moment, j'ai contacté Amnesty International, la Légion étrangère, etc. Sans succès. J'ai écris à Nicole Guedj, la secrétaire d'État aux Droits des victimes de l'époque. Je suis retournée au commissariat de Lagny : ils ne savaient même pas qui il était, alors que la photo était affichée en gros chez eux et que c'est précisément là qu'on avait déclaré sa disparition ! Finalement, la police a repris son enquête 6 ans après la disparition. La police a convoqué mon oncle et ma tante afin de collecter leur ADN. C'est tout. Une fois seulement, j'ai reçu des nouvelles du procureur de Meaux..

Après, j'ai été trimbalée à l'Office central pour la répression des violences aux personnes à Nanterre. Si bien qu'aujourd'hui, je ne sais plus si mon dossier est à Lagny (lieu de la déclaration), à Meaux, ou à Nanterre. Seul Frédéric Malon, le commissaire à L'Office central pour la répression des violences aux personnes m'a appelée quelque fois... Pour eux, c'est un dossier poussiéreux. J'aimerais savoir ce qu'ils font. Et même si c'est faux !

Pourquoi selon vous ce type de dossier avance si difficilement ?

On manque de communication et d'information. Les services publics ne communiquent pas. J'ai dû écrire à plusieurs reprises... pour ne jamais obtenir de réponse. Le seul moyen de se faire entendre, dirait-on, est de prendre un avocat. Mais est-ce aux victimes de payer les avocats ? Je crois que pour les gouvernants, tant que cela ne leur arrivera pas à eux, ils s'en ficheront...

Irez-vous au Trocadéro pour la Journée internationale de l'enfance disparue ?

Non. Je n'irai pas à Paris. Mais je fais une permanence à la mairie de Bourges, où j'habite, pour une présentation des associations des enfants disparus.  La presse ne devrait pas se souvenir de nous uniquement le 25 mai. Notre peine ne dure pas un jour. C'est toute l'année. Je souffre depuis 16 ans, soit près de 6 000 jours. On pourrait faire des affiches. Des photos sur les bouteilles de lait comme aux États-Unis...

Justement, quelle solution préconiseriez-vous ?

On pourrait sensibiliser l'opinion publique. On communique beaucoup sur les journalistes enlevés. Mais rien sur les personnes disparues. Pourquoi ne pas communiquer largement et systématiquement comme pour Marion, Marlène, Estelle ou Natacha Kampusch ? Avant, on avait l'émission de TV « Perdu de vue », c'était l'époque du voyeurisme et hélas, l'émission est passée à la trappe avec la télé poubelle. Pour autant, on a toujours une télévision publique qui pourrait parler des disparus comme en Espagne, aux USA ou en Italie.

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