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Pour le moment la BCE a fait le choix de l’inflation, ce qui selon Boris Pilichowski, gérant de fonds à Londres, est désastreux pour la jeunesse européenne
Pour le moment la BCE a fait le choix de l’inflation, ce qui selon Boris Pilichowski, gérant de fonds à Londres, est désastreux pour la jeunesse européenne
©Reuters

Revue d'analyses (financières)

En mal d’électrochoc : L'Europe devrait essayer de s'inventer un avenir plutôt que de s'enliser dans le choix de l'inflation

Dans l’œil des marchés : Jean-Jacques Netter, vice-président de l'Institut des Libertés, dresse, chaque mardi, un panorama de ce qu'écrivent les analystes financiers et politiques les plus en vue du marché.

Jean-Jacques Netter

Jean-Jacques Netter

Jean Jacques Netter est vice-président de l’Institut des Libertés, un think tank fondé avec Charles Gave en janvier 2012.

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La hausse de l’été commence à montrer des signes de fatigue

Dans la zone Euro,  l’apaisement demande à être confirmé. Le rebond des taux souverains périphériques a été très modeste. Les rendements des dettes italiennes et espagnoles sont en dessous de leur plus haut du mois de juillet. L’apaisement qui bénéficie du climat volontariste du côté de la BCE a tenu bon cette semaine. Il faut noter que le soutien apporté par Jörg Asmussen, membre allemand du directoire de la BCE, à Mario Draghi, est un signal important du consensus qui devrait permettre la mise en place d’un mécanisme de rachat d’obligations relativement ambitieux. Les déclarations de Mario Draghi à Jackson Hole le 1er septembre prochain devront donc être suivies de près, en attendant, bien évidemment, la décision de la Cour Constitutionnelle allemande sur le Mécanisme Européen de Stabilité (MES) le 12 septembre prochain.

Pour le moment la BCE a fait le choix de l’inflation, ce qui selon Boris Pilichowski, gérant de fonds à Londres, est désastreux pour la jeunesse européenne. Le procédé est aussi vieux que l’existence de la monnaie. Il s’agit d’imprimer de l’argent pour payer les dettes de l’Etat et des banques en faillite. L’Europe doit donc rapidement  inventer un « game changer », c’est à dire une vision de l’avenir de l’Europe qui permet après les sacrifices nécessaires d’entrevoir un peu de lumière au bout du tunnel…

 

Marchés actions : Wall Street au plus haut depuis le début de la crise

En Europe, l’Indice PMI composite, mesurant l’activité dans l’industrie et les services s’est inscrit à 46.6 en août, quasiment au même niveau qu’en juillet (46.5, +0.1 point). Il s’agit du 7e mois consécutif sous la barre des 50 points délimitant expansion et contraction. Dans l’industrie, l’indice remonte de 1.3 point à 45.3 en août, et signale un rythme de contraction légèrement moins intense qu’en juillet. En revanche, le repli de l’indice des services s’est accéléré, à 47.5 en août (-0.4 point).

Ce sont les places européennes qui ont le plus reculé cette semaine. Le DJ 600 et l’Eurostoxx ont respectivement cédé 1.8% et 1.6%. Le Dax a mieux résisté (-0.8%). En revanche, l’IBEX dont le rebond au cours des dernières semaines avait permis de porter les indices pratiquement à leur plus haut niveau de l’année a reculé de 3.3%. Repsol a chuté de 11.2%, Iberdrola de 6.8% et BBVA de 5.2%. Les meilleures performances du Stoxx 50 ont été Deutsche Bank (2%) et Diageo (1.6%). A noter, le rebond de 11% de Nokia qui a permis au marché finlandais de gagner 3%. La volatilité du Dax est repassée au-dessus de 20% (20.9% contre 18.14). Le marché grec a perdu 3.8%.

 

En France, le problème de la croissance va peser sur les choix fiscaux et le débat politique. Les 1,2% de croissance anticipés par le gouvernement devront être ramenés entre 0,5% et 0,7%. Comme 0,1% de croissance en moins représente 1 Md€ de recettes en moins pour le Trésor, cela signifie que si la situation ne se redresse pas, il faudra trouver environ 10Md€ de recettes supplémentaires pour 2013.

La taxation à 75%  des revenus supérieurs à 1M€ pose de nombreux problèmes. Pour arriver à la rédaction d’un texte qui ne soit pas remis en cause par le Conseil Constitutionnel il faudra mettre en place une véritable usine à gaz !

La décision sur le Livret A est considérée comme une bêtise estime Robin Rivaton, consultant en stratégie dans Le Monde. En décidant d’augmenter de 50% le plafond du Livret A en deux étapes d’ici décembre, il semble que le gouvernement ait décidé de ne pas tenir compte des recommandations de la Cour des Comptes qui critiquait les propositions de François Hollande.

En fin on a appris que les fonctionnaires ne pourront plus être licenciés puisque le décret « sur la réorientation professionnelle des fonctionnaires » a été abrogé par le Marylise Lebranchu, ministre de la Fonction Publique. Le texte prévoyait qu’un agent dont le poste était supprimé pouvait être mis en disponibilité sans rémunération, affectation ou indemnisation chômage s’il refusait trois offres d’emplois en remplacement. Puis il courait le risque d’être licencié ou mis à la retraite d’office s’il en rejetait trois autres !

Après avoir défait systématiquement ce que la majorité précédente avait fait, il faudra rapidement revenir à la réalité, qui est tout d’abord celle d’un chômage en forte hausse en juillet. Les commentaires effectués cette semaine sur le nucléaire et sur les gaz de schistes en sont peut être l’amorce. Le gouvernement n’a pas beaucoup d’autres solutions que de se conformer à ce que les marchés attendent de lui.

Heureusement Guy Sorman classé par le Wall Street Journal parmi les économistes libéraux,  explique dans son dernier livre « Journal d’un optimiste » que c’est l’Europe qui sauvera la France des français, en les empêchant de commettre leurs bêtises habituelles. On ne peut que le souhaiter.

 

En Allemagne, la croissance du PIB a été confirmée à +0.3% T/T pour le deuxième trimestre (après +0.5% au T1). Elle se situe ainsi en hausse de 1% d’une année sur l’autre. Celle-ci a été tirée par les exportations (+2.5%, contribution de 0.3 point) et la consommation (+0.4%, contribution de 0.2 point).

 

En Italie, les prochaines élections auront lieu en avril 2013. Sylvio Berlusconi pourrait bien se présenter sur la base d’une plateforme antieuropéenne. Si c’était le cas ce serait la première fois qu’un parti non extrémiste se présente devant les électeurs en étant contre l’Europe. Louis-Vincent Gave de GaveKal à Hong Kong, suggère de suivre le sujet de très près. 

 

Aux Etats Unis  Mitt Romney le candidat républicain, est en train de développer son programme autour de l’idée que le rôle des gouvernements consiste à rester à l’écart et laisser fonctionner la destruction créatrice inhérente à toute économie libre. Son problème du moment est qu’il est critiqué dans son propre camp pour ses incessantes variations selon les circonstances et les interlocuteurs !

Signe de la violence avec laquelle débute la campagne, Niall Ferguson, professeur d’histoire à Harvard, explique en couverture de Newsweek pourquoi Barack Obama doit partir. Karl Rove le plus influent conseiller de George Bush, occupe un poste central dans la campagne de Mitt Romney, à la tête d’un conglomérat qui a une puissance de feu supérieure à celle du Parti républicain.

En attendant, la croissance a été supérieure à ce qui était attendu. L’indice PMI manufacturier (indice différent de l’ISM et affichant un historique beaucoup plus court que ce dernier) est resté en territoire légèrement expansionniste à 51.9 en août (contre 51.4 en juillet). Les nouvelles commandes ont progressé (+1.6 point à 52.6) malgré une réduction des commandes à l’exportation. Par ailleurs, l’emploi a progressé à un rythme relativement faible dans le secteur manufacturier. Les Etats-Unis, bien que la lecture des PMI ne présente pas d’indication de récession, connaissent les effets de la crise européenne et du ralentissement chinois par le biais de la pression baissière sur les exportations. Par ailleurs, le marché immobilier poursuit son lent redressement,

Et on assiste à une stabilisation des inscriptions au chômage.

Dans ce contexte, l’indice S&P a touché son plus haut (1426) depuis le début de la crises financière actuelle.

 

En Chine, l’indice PMI manufacturier publié par HSBC (orienté essentiellement vers les entreprises du secteur privé) a faibli à 47.8 en août après 49.3 en juillet, soit une baisse de 1.5 point. Il s’agit du 10e mois consécutif sous la barre des 50 points délimitant expansion et contraction de l’activité et du plus bas niveau depuis novembre dernier.

 

Sur les marchés émergents, l’indice MSCI Emerging Markets a baissé de 18% sur les douze derniers mois. L’indice BRIC (Brésil, Russien Inde, Chine) a encore plus reculé à -24%. Parmi les stratégistes les plus optimistes sur cette classe d’actif figure Geoffrey Dennis de Citigroup. Il voit ces marchés monter de 20% d’ici la fin de l’année.

 

Secteurs : grande victoire d’Apple

Dans le secteur de la technologie, aux Etats Unis, la victoire d’Apple sur Samsung rebat les cartes en défaveur de Samsung et de Google, mais se trouve être positive pour Nokia qui n’est pas touché par la décision de justice américaine.

En France, il y a beaucoup d’animation médiatique sur le premier livre d’Aurélien Bellanger « La théorie de l’information ». Le livre décrit bien que la disparition du Minitel, produit phare de la fierté française financé par le contribuable français dans le sillage du Rapport Nora-Minc. Il aura été le symbole de la modernisation à la française impulsée par « les élites françaises » alors que de jeunes étudiants développaient dans leur garage les produits de l’avenir. Ils avaient eux compris que l’ordinateur du futur ne serait pas passif mais nécessiterait des microprocesseurs.

 

Devises : l’Euro poursuit sa progression

L’euro a poursuivi sa remontée face au dollar depuis son plus bas en-deçà de 1,21 atteint le 24 juillet. La parité euro-dollar a dépassé le seuil des 1.25, gagnant 1.8% sur la semaine, renforcée par le renforcement des attentes vis-à-vis de la BCE et par la perspective d’une nouvelle phase de rachat de titres par la Fed, dans le sillage de la publication des minutes du FOMC. L’euro s’est renforcé par rapport à la plupart des devises, dont le yen et la livre sterling. L’ensemble des devises asiatiques a faibli contre l'euro. Curieusement, les devises matières premières ont reculé contre l'euro alors même que les matières premières progressaient.

Matières premières : hausse de l’or

L’indice global des matières premières CRB Reuters Jefferies a gagné 0.8% sur la période porté par la remontée du pétrole/brent, de l’or et des métaux industriels. Les anticipations d’un nouveau QE ont bénéficié à ces actifs. Le baril de brut WTI est resté stable à 96$ mais l’approche de l’ouragan Isaac pourrait créer des ruptures dans la production. A noter, la hausse du prix de l’essence : le gallon vaut 3.74$ contre un plus bas de 3.35$ début juillet en raison d’une réduction de capacité de raffinage et de nombreux accidents dans les raffineries. Le baril de Brent a atteint 116.7$ (+0.7%). L’indice des métaux industriels a monté de 2.9% grâce à l’aluminium (3.8%) au nickel (5.5%) et au zinc (4.8%).

L’indice des denrées alimentaires est resté quasiment stable mais le soja a encore monté (4.2%, en raison de la faiblesse des récoltes au Brésil et en Argentine ce qui profite aux USA) ainsi que le coton.

L’once d’or a clôturé à 1669.2$ (3.3%). L’once d’argent a gagné 10% à 30.78$ et celle de platine 5%. Les principaux trackers qui permettent de profiter de la hausse du métal jaune terminent la semaine en hausse : SPDR Gold Trust (GLD) +3% ; Market Vectors Gold Miners (GDX) +4,7% ; Market Vectors Junior Gold Mines (SIL) +7,4%.

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