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Des employés travaillent à l'usine K.Line, qui fait partie du groupe Liebot et fabrique des fenêtres et des portes en aluminium, le 19 avril 2013, aux Herbiers.
Des employés travaillent à l'usine K.Line, qui fait partie du groupe Liebot et fabrique des fenêtres et des portes en aluminium, le 19 avril 2013, aux Herbiers.
©FRANK PERRY / AFP

Miracle économique

Emploi et pouvoir d’achat : les secrets du modèle du bocage vendéen

La Vendée est devenue l'un des champions français du plein-emploi et l'un des départements les plus dynamiques en France. Comment expliquer ce miracle économique vendéen ?

Philippe Crevel

Philippe Crevel

Philippe Crevel est économiste, directeur du Cercle de l’Épargne et directeur associé de Lorello Ecodata, société d'études et de conseils en stratégies économiques.

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Atlantico : Le 1er février, Le journal Le Monde publiait un long reportage intitulé « Ni riches ni pauvres, ni chômeurs ni cadres : bienvenue dans les Mauges, territoire le plus égalitaire de France ». Cela fait écho à de nombreux commentaires sur le bocage vendéen souvent qualifié d’exception. Sur le plan économique et social, qu'est-ce qui caractérise cette exception, sur le plan de l’emploi, du pouvoir d’achat ?

Philippe Crevel : La Vendée fait partie des départements de France qui ont connu une forte croissance à partir des années 1990. Elle dispose d’un tissu d’entreprises denses, de PME familiales  et repose sur des traditions catholiques. Initialement l’économie était plutôt pauvre en Vendée mais elle a su valoriser ses atouts et surtout monter en gamme, en particulier dans le domaine des constructions navales et de l’agroalimentaire.

Il y a aussi eu évidemment le rôle de Philippe de Villiers au niveau des loisirs et de la culture avec le parc du Puy du Fou. Il a participé au décollage économique de la Vendée. La région repose aussi sur un réseau d’entreprises extrêmement soudées, ce qui a fait le particularisme de la Vendée par rapport à d’autres régions. La Vendée se trouve par ailleurs dans les Pays de la Loire, une région française qui a connu une croissance forte ces vingt dernières années grâce à une diversification de son tissu économique.

A quoi est-dû ce contexte très particulier ? Quelles sont les racines de cet égalitarisme ? Qu’est-ce qui a donné cette place à part au territoire ?

La Vendée est un territoire qui s’est fait contre Paris au départ, notamment avec les Chouans. Il reste quelque chose de cette tradition d’opposition à Paris et de solidarité locale.

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Cette solidarité au niveau des chefs d’entreprise mais également au niveau des salariés a participé à ce décollage. Il s’agit donc d’une particularité de la Vendée. Il y a eu également de la croissance, cela a été plus facile pour augmenter les salaires, réduire les inégalités salariales.

Un autre facteur important est le fait que tout le monde se connaît ou presque. Il y a aussi la prédominance d’une forte tradition catholique.

L’ensemble de ces facteurs ont participé à un système qui est plus égalitaire qu’il ne peut l’être dans d’autres départements ou dans d’autres régions françaises.     

Quels sont les « secrets » du territoire qui peuvent expliquer cette situation très particulière ?

L’une des explications est le fait que les entreprises fonctionnent en réseau. Il y a une très forte collaboration entre les entreprises moyennes en Vendée.

D’autre part, ce sont des entreprises familiales. Cela joue un rôle important. Elles sont ancrées sur le territoire de Vendée. Cela permet une meilleure cohabitation. Tout le monde se connaît. C’est un tissu de communes de tailles moyennes et il existe des liens personnels que peuvent avoir les dirigeants avec leurs employés.

Ce qui reste un facteur important c’est évidemment la croissance. Que ce soit dans la construction de bateaux de plaisance, que ce soit dans l’agroalimentaire, que ce soit dans les nouvelles technologies, la croissance joue évidemment un rôle.    

L’un des autres atouts concerne la formation. Les collèges, les lycées de Vendée sont plutôt d’un bon niveau. Cela a une incidence positive et permet l’élévation des compétences. Au final, cela offre des salaires qui sont plus importants car les personnes sont mieux formées.

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Les particularités de l’histoire et du modèle du département les rendent-elles par définition inexportables ?

Il y a des modèles de cette région qui sont tout de même exportables. Cela concerne la montée en gamme, la solidarité entre les entreprises, le rôle d’impulsion (qui a été joué par Philippe de Villiers) que peuvent avoir les élus. Le Puy du Fou est unique mais on peut avoir d’autres idées. Ce n’est pas interdit pour les élus.

Il y a également des traditions liées à l’histoire de la Vendée, comme les Chouans, un héritage de la lutte contre Paris, mais ces traditions sont moins exportables. Et d’autre part, il y a le poids un peu plus important de la religion catholique dans la région. Même s’il a tendance à baisser, même en Vendée, il y a beaucoup de départements où le poids de la religion catholique est aujourd’hui extrêmement marginal par rapport à la réalité vendéenne.     

Peut-on néanmoins en tirer des leçons nationales ?

Les leçons concernent notamment la multiactivité. Il est important d’avoir plusieurs secteurs économiques qui sont tirés vers le haut. La compétence et la formation sont aussi déterminantes pour permettre un développement et un essor assez égalitaire.

La Vendée repose aussi sur un modèle de société basé sur les liens personnels. Le patron connaît bien ses salariés. Et il y a un véritable respect mutuel. La société est donc moins clivante, moins clivée que d’autres régions en France. Là aussi ce sont des enseignements à prendre en compte lorsque l’on veut avoir un tissu économique équilibré et performant.  

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