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©LOIC VENANCE / AFP

Amour éternel ?

Emmanuel Macron rafle le cœur des électeurs de droite dans les sondages mais ce "hold-up" électoral pourra-t-il durer ?

Dans les derniers sondages, le président de la République s'éloigne des sympathisants de gauche tandis que l'électorat de droite semble séduit.

Bruno Cautrès

Bruno Cautrès

Bruno Cautrès est chercheur CNRS et a rejoint le CEVIPOF en janvier 2006. Ses recherches portent sur l’analyse des comportements et des attitudes politiques. Au cours des années récentes, il a participé à différentes recherches françaises ou européennes portant sur la participation politique, le vote et les élections (Panel électoral français de 2002 et Panel électoral français de 2007, Baromètre politique français). Il a développé d’autres directions de recherche mettant en évidence les clivages sociaux et politiques liés à l’Europe et à l’intégration européenne dans les électorats et les opinions publiques.  En 2014 il a publié Les européens aiment-ils (toujours) l'Europe ? aux éditions de La Documentation Française.

Voir la bio »Emmanuel Rivière

Emmanuel Rivière

Emmanuel Rivière est DG France de Kantar Public (Sofres).

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Selon le baromètre Kantar Sofres One point Figrao magazine, Emmanuel Macron regagne 4 points de confiance chez les Français depuis le mois dernier. Cependant, derrière cette hausse se cache un fort différentiel partisan, entre une progression de 19 points de l'absence de confiance au PS, un item qui baisse de 15 points chez les sympathisants LR. Avec une opposition au PS qui atteint désormais 64%, peut on dire qu'Emmanuel Macron a coupé les liens avec sa gauche ? 

Emmanuel Rivière : Les évolutions de la confiance dans le Président de la République depuis la rentrée montrent clairement une inflexion vers la droite de la structure de ses soutiens, avec un recul de la confiance dont il disposait chez les sympathisants de gauche, qui expriment leur mécontentement quant aux choix budgétaires et fiscaux de la majorité. Il est douteux que l’image de « président des riches » qu’on lui accole désormais se résorbe à court terme, le recul de ses soutiens à gauche est donc probablement durable. Est-il pour autant définitif ? Emmanuel Macron n’arrivera probablement pas à passer pour le Président des pauvres. On sait que les étiquettes collées en début de mandat ont la vie dure. Mais s’il s’avère que le succès de sa politique lui permet aussi d’endosser le costume de Président de la croissance et de l’emploi, et que ladite croissance donne des marges de manœuvres pour en redistribuer les fruits, la reconquête d’une partie des soutiens perdus à gauche est envisageable. Encore faudrait-il qu’il ait des résultats notamment en matière de baisse du chômage. Mais tant que la ligne suivie reste cohérente et que ne s’installent pas les accusations de trahison ou d’incompétence, rien n’est impossible. Notons à ce titre que la confiance augmente, de 7 points, chez les personnes sans préférence partisane. Les Français de gauche ont aussi envie que le pays aille mieux, ils ne peuvent pas totalement souhaiter l’échec de leur Président.

Bruno Cautrès : En matière de tendances de l’opinion et d’interprétation de la cote de popularité, il faut toujours être prudent sur le caractère définitif ou pas d’une observation faite sur une période courte. Cela ne fait que 7 mois qu’Emmanuel Macron a été élu et son mandat est de cinq ans. Néanmoins on peut observer que c’est bien auprès des électeurs de gauche et aussi des catégories sociales les moins favorisées (en termes de statut socio-économique) qu’il a perdu des points de popularité ; mais ce qui est sans doute le plus significatif et intéressant est la confirmation de cette tendance d’une vague à l’autre des enquêtes d’opinions disponibles. Et l’évolution de cette tendance est d’autant plus significative que l’électorat de centre-gauche, proche du PS, a contribué de manière importante à l’élection d’Emmanuel Macron en se portant sur lui dès le premier tour. Je ne dirais pas qu’Emmanuel Macron a « coupé les ponts » avec la gauche mais plutôt que le début de son mandat s’inscrit davantage du côté « droit » que « gauche » et que l’électorat de gauche l’a perçu et intégré. Dans la mesure où la composante de centre-gauche de la gauche avait été assez séduite par Emmanuel Macron, elle est davantage déçue que la partie centre-droit de la droite dont l’un des leurs est au poste clef de premier ministre. L’électorat de gauche est sans doute en attente de ce qui va se passer au PS et sa déception vis-à-vis d’Emmanuel Macron pourrait être affectée à la hausse ou à la baisse par ce qui se passera dans ce parti.

A l'inverse, cette progression parmi les sympathisants de droite peut-elle être considérée comme durable ? Cette installation d'Emmanuel Macron sur ces terres électorales est-elle le résultat de sa politique, ou faut il y voir une absence d'opposition susceptible de rassembler ces électeurs ?

Emmanuel Rivière : Au-delà de la politique en faveur des entreprises et de contrôle de la dépense publique, l’embellie d’Emmanuel Macron chez les sympathisant de droite est à la fois soutenue par le bon parcours du Premier Ministre issu des Républicains, l’aura de personnalités qui comme Alain Juppé, toujours très populaire, montrent des signes de proximité avec le nouveau pouvoir, et la faiblesse d’une opposition plus frontale. Notre baromètre montre aussi que, contrairement à ses prédécesseurs en 2012 et faute peut-être d’un opposant de poids, Laurent Wauquiez ne profite guère de sa candidature à la présidence des Républicains. Seuls 12% des Français souhaitent lui voir jouer un rôle important, et il n’a pour l’instant conquis le soutien que de la moitié des sympathisants UMP. Il y a à droite un important chantier de clarification de la ligne. En attendant, les sympathisants de droite un peu orphelins sont captables par un Président qui sur un certain nombre de points va dans leur sens, et qui répond à leur attente d’incarnation de la fonction.

 

Bruno Cautrès : C’est un peu tout cela à la fois. Une partie des électeurs de centre-droit et de la droite commencent à voir en Emmanuel Macron celui qui peut réaliser une partie du programme économique qui tient à cœur de cet électorat : moderniser certains des ressorts de notre économie, réformer des pans importants de notre régime social (régimes des retraites par exemple), stimuler la création d’emplois par moins de contraintes. Des mesures comme la fin du RSI ou la possibilité pour les travailleurs indépendants de percevoir le chômage font sauter en partie le verrou de la barrière entre le monde du salariat et celui du travail à son compte, une barrière qui constitue une ligne de fracture entre la gauche (qui est plus proche des préoccupations des salariés) et la droite (qui ne cesse d’en appeler à moins de contraintes et de charges sur les entreprises). Il y a donc de vraies raisons de fond pour lesquelles l’électorat de centre-droit et de droite peut davantage apprécier Emmanuel Macron qu’au moment de la présidentielle. Mais l’absence d’opposition et la relative confusion qui règne à droite joue un rôle important aussi : l’éparpillement, les divisions, les accumulations de petites phrases qui presque tous les jours sont prononcées pour se démarquer des autres, tout ceci ne crée pas un contexte porteur pour la droite. Ce que l’on a du mal à voir à travers tout ceci est la capacité du futur leader de LR à redresser la barre. Il est trop tôt pour le savoir. Mais il y aura bien un moment du mandat d’Emmanuel Macron où l’électorat de droite se posera la question de savoir qui est son candidat pour 2022. L’électorat de droite est, par ailleurs, toujours très marqué par la descente aux enfers de la présidentielle et de la campagne Fillon, avec un sentiment de gâchis et de mécontentement vis-à-vis de leurs représentants.

 

La volatilité de l'électorat a été importante depuis l'élection d'Emmanuel Macron, entre la baisse de popularité constatée depuis le début du quinquennat, et la composition sociologique de ses opposants et partisans. Peut-on désormais considérer que cette composition pourrait être en train de se figer.

Emmanuel Rivière : La proportion encore élevée des électorats hésitants, oscillant entre l’envie de faire « plutôt confiance » au président ou « plutôt pas », montre que la situation est loin d’être figée. Comment pourrait-elle l’être ? Le mouvement de reconfiguration provoqué par les électeurs et par l’irruption d’En Marche dans le paysage politique n’est pas achevé, il n’y a que le centre, et encore, qui soit véritablement reconstruit. Les clivages qui persistent à droite notamment sur la question européenne et les enjeux de société, ainsi que l’affaiblissement sensible du Front national laisse à droite un paysage mouvant. A gauche, Jean-Luc Mélenchon et les insoumis se sont emparés du flambeau de l’opposition, mais ont du mal à tirer bénéfice de cette victoire sur un PS moribond. La gauche aura achevé sa reconstruction quand elle représentera non pas seulement une opposition mais une alternative. Savoir qui saura lui donner ce statut et autour de quelle structure partisane est une question qui reste ouverte.

Bruno Cautrès : Il est certain que l’on commence à voir des lignes de fracture se confirmer. Les évolutions à la baisse et à la hausse de la popularité d’Emmanuel Macron attestent que l’opinion des français n’est pas encore totalement figée. L’amplitude des variations n’est pas mince même si elle est toujours dans une certaine limite. Néanmoins, Emmanuel Macron n’est pas repassé, pour le moment, en score majoritaire de popularité. C’est sans doute encore davantage la composition sociologique que politique qui se durcit : l’appréciation négative sur Emmanuel Macron est stabilisée pour le moment dans les catégories modestes et populaires de la population, une donnée qui était déjà là dans la présidentielle et qui s’est confirmée, voire amplifiée. On a ici un segment de la population vis-à-vis duquel il ne sera pas totalement simple de redresser la situation pour Emmanuel Macron.

 

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