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La Première ministre française Elisabeth Borne lors de la cérémonie de passation de pouvoir dans la cour de l'hôtel de Matignon, le 16 mai 2022.
La Première ministre française Elisabeth Borne lors de la cérémonie de passation de pouvoir dans la cour de l'hôtel de Matignon, le 16 mai 2022.
©CHRISTIAN HARTMANN / POOL / AFP

Atlantico Business

Elisabeth Borne : une femme de gauche pour réduire les dépenses publiques, c’est habile mais risqué

Finalement, les patrons d’entreprise n'auraient pas choisi Elisabeth Borne mais s'il s'agit de mettre en place une politique de rigueur des dépenses publiques, le choix peut se révéler habile.

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre a été en charge de l'information économique sur TF1 et LCI jusqu'en 2010 puis sur i>TÉLÉ.

Aujourd'hui éditorialiste sur Atlantico.fr, il présente également une émission sur la chaîne BFM Business.

Il est aussi l'auteur du blog http://www.jeanmarc-sylvestre.com/.

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On sait déjà tout sur Élisabeth Borne. Qu’elle est une femme, polytechnicienne, experte, rigoureuse mais on sait surtout, puisque ses adversaires le répètent en boucle, qu‘elle n’a aucun charisme. Le système médiatique, petit milieu parisien, est tel qu’on ne peut pas ne pas le savoir. Les chroniqueurs les plus féroces ajoutent qu‘en plus, le charisme ne s’apprend pas.

On a compris mais le problème n’est pas là. Le vrai problème est de savoir si Élisabeth Borne, qui incarne de par sa carrière la gauche modérée, sera « the right person at the right place ».

Parce que la tâche est très importante. La France est dans une situation difficile et compliquée. Nous sortons d’une crise sanitaire qui a bénéficié « heureusement » d’une politique de relance et de soutien tous azimuts. A priori, cette politique du quoi qu‘il en coute, qui a provoqué une augmentation des dépenses publiques sans précédente, était gérable et finançable par une reprise de la croissance qui paraissait inéluctable... Le logiciel était calé, sauf que la crise en Ukraine nous est tombée dessus, obligeant Emmanuel Macron à démarrer un deuxième mandat dans un contexte économique profondément dégradé par rapport à ce que tout le monde espérait. Peu de croissance, mais une inflation qui rend la vie quotidienne de beaucoup de Français insupportable au moment de faire le plein de carburant ou de remplir le caddy au supermarché.

Pour amortir ce choc, le président de la République avait peu d’autres choix que de remettre des chèques alimentation ou essence aux Français les plus en difficultés.

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Mais plus généralement, la nouvelle Première ministre se retrouve avec une conjoncture essoufflée qui ne va pas lui apporter de réserve de croissance, mais avec la nécessité de payer l’accompagnement social de ce qu’il faut bien appeler l’effort de guerre tout en reprenant les grandes réformes de structures que sont :

- la réforme des retraites,

- la santé,

- l’Education nationale

- la restauration de la dépendance et de la souveraineté économique

- la relocalisation industrielle.

Sans abandonner la mutation digitale et surtout la mutation énergétique.

Tout cela dans un environnement budgétaire qui ne lui laisse aucune marge de manœuvre.

Alors, sur le papier, quand on est devant un mur d’endettement public avec un risque de hausse des taux, une croissance faible, on n’a que trois solutions et encore.

La première serait à nouveau de laisser filer la dette ce qui paraitrait irresponsable dans les circonstances actuelles.

La seconde serait d ‘augmenter les recettes fiscales et les cotisations sociales, ce qui reviendrait à plomber la capacité de rebond de l‘économie.

La troisième solution, la plus responsable à moyen terme, serait de retrouver de la productivité et par conséquent, de réduire les dépenses publiques en améliorant leur efficacité.

La France est actuellement en risque d’overdose de politique de relance avec des dépenses publiques et sociales qui dépassent les 60% du PIB, la seule solution est évidemment de se rabattre sur une politique de l’offre. 

A peine arrivée, Elisabeth Borne va se faire critiquer par l‘extrême droite et par l’extrême gauche. À cause de son passé et de ses réformes précédentes, ce qui est plutôt une bonne nouvelle et qui va obliger la Première ministre à engager une politique de réforme.

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Sur les retraites, la santé, l’éducation, Elisabeth Borne n’a pas la culture de l’inflation. Ce qui veut dire qu’elle a l’ambition de l’équilibre. Et si l’équilibre ne passe pas par l’impôt, ce que craint le patronat ne passe plus par la quantité de dépenses, ce que revendiquera la France insoumise, il va falloir se rabattre sur le management, c’est à dire le compromis.

Pour Emmanuel Macron, le compromis était une composante du « en même temps », ce qui n’a pas fonctionné sur certains dossiers. Pour Elisabeth Borne, le compromis se construit sur la durée avec les partenaires socio-politiques.

En bref, cette femme de gauche, pour atteindre des objectifs chiffrés et des résultats, ça ne plaira peut-être pas à la gauche d’opposition, mais elle peut s’entendre avec les partenaires sociaux quand ils ont l’ambition de générer des résultats.

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