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Du berger à la bergère : comment les Allemands réagissent-ils à la vague de German bashing venue du PS ?
©Reuters

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Du berger à la bergère : comment les Allemands réagissent-ils à la vague de German bashing venue du PS ?

Dans un texte publié le 26 avril, le Parti socialiste prône 'l'affrontement démocratique" avec Berlin, vilipendant la politique de rigueur prônée par Angela Merkel. Comment les médias et les milieux politiques réagissent-ils à la vague de critiques émanant de la gauche française ?

Atlantico : Comment l'Allemagne a-t-elle réagi face à l'hostilité affichée du PS français à son égard ? Quelle tonalité les médias allemands ont-ils privilégiée ?

Stefan Seidendorf : L’information étant tombée un weekend, elle n’a pas eu beaucoup d’écho. Ce qui est étonnant, comparé à ce qu’on a vu en France. La position de la chancellerie et de ses soutiens est intelligente : c’est la vie des partis, dans un débat démocratique. Libre au PS de penser ainsi, donc. Pour le gouvernement allemand, le plus important est que son vis-à-vis français donne une autre image en étant coopératif.

Il est intéressant de noter que les socialistes allemands n’ont pas sauté sur l’occasion, car cela donne une image de la gauche à laquelle le SPD (Parti Social-Démocrate) ne veut pas être associé. Ils ont donc envoyé Martin Schultz, Président du Parlement européen, qui fait également partie de la présidence du SPD allemand, déclarer qu’il ne s’agissait pas d’une manière très intelligente de communiquer entre Européens.

Le quotidien Handelsblatt a publié ce mardi des extraits d'un rapport interne du ministère allemand de l'Économie donnant une vision assez critique de la situation de l’économie française. Faut-il y voir une réponse "Made in Germany" à ces attaques ?

Cela fait déjà plusieurs jours que le Handelsblatt publie des documents internes du Ministère des Finances et de la Bundesbank. Il n’est pas impossible qu’ils aient un bon contact avec la branche dure de l’administration ministérielle et banquière.

Le rapport souligne que "l’'industrie française perd de plus en plus en compétitivité, et que la délocalisation à l'étranger des entreprises se poursuit".  Peut-on dire qu’il s’agit du cas typique de l’arroseur arrosé ? Le donneur de leçons mis face à ses propres contradictions ?

Comme je le disais, cela fait déjà belle lurette que ce quotidien publie de tels documents. Ce n’est donc pas une réponse directement adressée aux déclarations du PS. Il est difficile d’imaginer que les choses puissent se faire comme en France, où lorsque le gouvernement veut publier quelque chose, un journal s’exécute, comme c’est le cas du Monde, très proche du gouvernement. Ce cas de figure ne s’applique pas au Handelsblatt : il ne faut pas confondre la ligne de ce quotidien économique, qui est très libérale et dure avec la politique actuelle de la France, avec le gouvernement allemand. Comparable aux Echos, il n’est tout simplement pas tendre avec le PS.

Quelle interprétation les médias et les milieux politiques allemands font-ils de cette animosité grandissante à l'égard de leur pays ? Sont-ils particulièrement déçus de l'attitude française ou simplement blasés ? 

On y voit un juste retour de bâton au comportement d’Angela Merkel, qui avait pris ouvertement parti pour Nicolas Sarkozy pendant la campagne présidentielle. Les médias libéraux de gauche soulignent une prise de conscience grandissante : l’Allemagne est en train de s’isoler et de laisser son image se détériorer au niveau européen. Il ne faut pas faire de la politique seulement pour les Allemands, mais aussi pour les Européens.

Croient-ils encore au couple franco-allemand ?

Au quotidien, on voit que ça ne tourne pas rond, que Hollande et Merkel essayent de travailler ensemble mais n’arrivent pas à soutenir l’Europe, en vue par exemple du sommet européen qui doit se tenir fin mai. Ils ont annoncé une position commune, qui finalement ne se confirmera sûrement pas.

En revanche, on sait que tous les couples franco-allemands ont eu leur temps d’adaptation pour se comprendre et apprendre à travailler ensemble, et que malgré les difficultés qui peuvent se présenter, le moteur institutionnel oblige depuis le traité de l’Elysée les administrations et les gouvernements à se consulter à des intervalles réguliers. Pas un seul des rendez-vous obligés (un calendrier est prévu dans le traité) n’a été annulé depuis 1962.

Avec les élections allemandes en septembre, les choses seront relativement figées. Les relations franco-allemandes s’arrangeront très certainement par la suite.

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