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DSK : un espoir sonné dans une chambre d'hôtel
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Zone franche

DSK : un espoir sonné dans une chambre d'hôtel

Agresseur sexuel ou pas, Dominique Strauss-Kahn est désormais hors-course pour la présidentielle. Mais la gauche ne sera pas la seule à en souffrir.

Hugues Serraf

Hugues Serraf

Hugues Serraf est journaliste et écrivain. Son dernier roman : Deuxième mi-temps, Intervalles, 2019

 

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Dominique Strauss-Kahn a-t-il tenté de violer la femme de chambre du Sofitel de New York ? C’est à la justice américaine de l’établir mais, si oui, c’est terrible et il faudra bien qu’il rende compte de ses actes. Dans le cas contraire, on ne peut que lui souhaiter de se dépêtrer de cette affaire avec le minimum de dégât.

Comme Michel Taubmann, son biographe, on veut d’ailleurs encore croire, peut-être contre toute évidence, à quelque incroyable malentendu : un « séducteur », même un peu lourd, ce n’est pas un violeur. Et un type à deux doigts de se présenter à une élection majeure, lorsqu'il sait que c’est précisément au-dessous de la ceinture que ses adversaires ont prévu de cogner, est vraisemblablement attentif à ne pas imposer de relations sexuelles à la personne venue tapoter le traversin de sa chambre d’hôtel…

Pour autant, innocent ou coupable, sa présence aux primaires socialistes ― et donc à la présidentielle proprement dite ― est désormais impossible. La procédure judiciaire qui s’ouvre va durer des mois et l’on imagine mal que l’un des candidats à l’investiture du premier parti d'opposition fasse campagne depuis l’étranger (en cas d’interdiction de quitter le territoire US jusqu’au verdict) ou soit susceptible d’être condamné à 25 ans de prison (le maximum pour un viol dans l’État de New York) entre deux meetings.

Avec Patrick Balkany et Alain Carignon, on s’était habitué à ce qu’un passage derrière les barreaux n’ait pas d’impact irrémédiable sur une carrière politique mais une tentative de viol, c'est peut-être un peu tirer sur la corde.

Tous perdants (même les gagnants)

A l’Élysée, quoi qu’on en dise, on se frotte certainement les mains. Strauss-Kahn, ce n’était pas seulement le préféré des sondés, c’était aussi une vraie menace pour un Nicolas Sarkozy misant sur un duel de second tour avec Marine Le Pen et la réédition de la martingale chiraquienne.

Rue de Solferino ― et même si l’on a encore assez d’empathie pour l’homme du Sofitel pour être un poil mal à l’aise ― on n’est peut-être pas vraiment mécontent non plus. François Hollande, Martine Aubry et Ségolène Royal peuvent se remettre à rêver qu’un concours de circonstances se transformera en rendez-vous avec l’histoire, pour ne rien dire de la tripotée de seconds couteaux qui avait fini par se faire une raison...

Mais François, Martine, Ségolène et les autres, on les entend toute la journée depuis des mois et on sait déjà exactement ce qu’ils ont à nous dire : on le sait tellement, en fait, qu’ils l’ont même déjà mis noir sur blanc dans ce projet insipide et anachronique dont DSK devait nous débarrasser.

Oh, il n’allait pas nécessairement nous clouer sur place avec ses idées ébouriffantes, le bonhomme... Mais entre le potentiel autrefois entrevu et ce petit stage de maître du monde propre à le sortir du provincialisme politico-économique qui fait notre ordinaire, il y avait pas mal de grain à moudre. Et s'il n'était pas certain de l'emporter, il laissait au moins entrevoir un débat de meilleure qualité ― voire une inflexion utile du projet du vainqueur...

Bah, tout ça c'est terminé et la présidentielle qui vient risque surtout d'être celle de tous les conservatismes, de tous les reculs frileux, de  toutes les démagogies anti-Europe, anti-immigrés et anti-libérales ― gauche et droite se repliant sur leurs marqueurs traditionnels les plus éculés, les plus inefficaces.

La justice américaine établira ce qui s'est passé dans une chambre du Sofitel entre DSK et cette jeune femme, mais pour le reste, le verdict est déjà tombé.

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