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Droit de vote aux étrangers : 
une atteinte au sens 
de l'appartenance nationale
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Citoyens, citoyennes

Droit de vote aux étrangers : une atteinte au sens de l'appartenance nationale

Accorder le droit de vote aux étrangers non-communautaires pour les élections locales est l'une des revendications récurrentes de la gauche. L'une de ses mesures prioritaires pour 2012... qui n'est pas sans poser de questions...

Michèle Tribalat

Michèle Tribalat

Michèle Tribalat est démographe, spécialisée dans le domaine de l'immigration. Elle a notamment écrit Assimilation : la fin du modèle français aux éditions du Toucan (2013). Son dernier ouvrage Immigration, idéologie et souci de la vérité vient d'être publié (éditions de l'Artilleur). Son site : www.micheletribalat.fr

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On parle souvent de manière impropre d’accorder le droit de vote aux immigrés. Or, ceux qui ont acquis la nationalité française sont déjà en capacité de voter. Ils représentent quatre immigrés sur dix. Sur près de 12 millions de personnes d’origine étrangère (immigrées ou ayant au moins un parent immigré), seules 30 % sont de nationalité étrangère. Elles le sont par choix ou parce qu’elles sont en attente d’être éligibles, mais très rarement suite à un refus de l’administration française.

Plus d’un tiers de ces étrangers sont originaires d’un pays de l’UE et, à ce titre, sont (ou seront à leur majorité) autorisés à voter aux élections locales et européennes. Pour les autres (moins de deux millions de personnes en âge de voter), ils ne sont pas privés de citoyenneté puisqu’ils peuvent voter lors des élections organisées dans leur pays d’origine. C’est, après tout, un choix qui mérite le respect.

La proposition d’extension du droit de vote aux étrangers extracommunautaires pour les élections locales est généralement motivée par une intention généreuse. En accordant le droit de vote, on leur montre qu’ils sont déjà des nôtres et on cherche ainsi à motiver les Français d’origine étrangère qui eux peuvent déjà voter et dont la participation serait freinée par la mise à l’écart des scrutins locaux des parents restés étrangers. Cet argument est étrange, ce qui a été souligné y compris à gauche, puisqu’il revient à accorder un droit à une catégorie d’individus en en visant une autre. À défaut d’améliorer l’intégration des enfants d’immigrés, donnons le droit de vote à leurs parents restés étrangers. Cela ressemble fort à une mesure visant à compenser l’impuissance politique.

Appartenance nationale

C’est une proposition entièrement tournée vers l’intégration des immigrés et de leurs familles et  qui ne regarde jamais l’autre versant : que devient le sens de l’appartenance nationale pour les Français en général ? Traditionnellement, elle avait un sens politique exigeant que l’on s’élève au-dessus des particularismes pour partager un projet fondé sur des valeurs. L’extension du droit de vote aux étrangers extra-communautaires introduit l’idée selon laquelle la résidence, en elle-même, donne un droit de citoyenneté et que celui-ci devrait faire partie des droits inhérents à la nature humaine, que l’on transporte avec soi là où il nous plaît d’aller. Ce faisant, on renvoie les Français à une identité plus ethnique et culturelle que la conception politique de la nationalité cherchait justement à dépasser. Cela fait d’eux un groupe particulier parmi d’autres.

Cette conception d’un droit de vote lié à la résidence légitime l’idée selon laquelle la citoyenneté c’est d’abord défendre ses intérêts particuliers, là où l’on se trouve, sans avoir nécessairement à s’inscrire dans l’histoire d’un peuple ni à se préoccuper de son destin. Ne faudrait-il pas alors donner le droit de vote aux enfants ? 

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