Drapeau noir sur la Méditerranée : quels risques concrets pour la France si l’Etat islamique met la main sur la Libye ? | Atlantico.fr
Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
International
Drapeau noir sur la Méditerranée : quels risques concrets pour la France si l’Etat islamique met la main sur la Libye ?
©Reuters

Aux portes de l'Europe

Drapeau noir sur la Méditerranée : quels risques concrets pour la France si l’Etat islamique met la main sur la Libye ?

En seulement quelques mois, trois attaques d'envergure dans le centre de Tripoli ont été revendiquées par l'Etat islamique. Même si elles sont le fait de groupes qui étaient déjà présents en Libye avant de s'affilier au califat, celles-ci doivent nous servir d'avertissement sur la capacité de nuisance des terroristes.

Fabrice Balanche

Fabrice Balanche

Fabrice Balanche est Visiting Fellow au Washington Institute et ancien directeur du Groupe de recherches et d’études sur la Méditerranée et le Moyen-Orient à la Maison de l’Orient.

Voir la bio »

Atlantico : Les derniers événements survenus en Libye et revendiqués par l'Etat Islamique alertent les pays de la coalition internationale sur l'installation de cellules du califat à Tripoli. Si l'Etat islamique mettait la main sur la Libye, qu'est-ce que cela changerait pour l'Europe et plus particulièrement pour les pays du bassin méditerranéen ?

Fabrice Balanche : Il ne faut pas surestimer la capacité de l’Etat Islamique à implanter des cellules en dehors de son territoire de référence syro-irakien. Les cellules en question sont l’émanation de groupes fondamentalistes locaux qui ont fait allégeance à l’Etat Islamique. Un émissaire est peut être venu en Libye, mais globalement ces évènements s’inscrivent dans la stratégie libyenne de ces groupes fondamentalo-mafieux  qui consiste à prendre pour cibles les étrangers : consulat américain, ambassade de France, ambassade d’Algérie et finalement un hôtel "sécurisé" pour les étrangers, afin qu’ils quittent la Libye. Le but est que les pays occidentaux renoncent à toute forme d’intervention en Libye tant la situation parait compliquée et dangereuse pour leurs troupes. Cela permettra ainsi à ces groupes de s’emparer du pouvoir et des hydrocarbures.

La Libye ressemble de plus en plus à la Somalie. Nous pouvons donc nous attendre à des dangers similaires : raids sur les pays voisins : Tunisie, Algérie, Mai, Niger, Egypte. Il leur sera plus difficile de traverser la Méditerrané, cependant  des attaques maritimes ne sont pas exclues avec des équipages pris en otage. On peut  imaginer des attentats dans des stations touristiques de Tunisie, comme à Djerba, dont la communauté juive a déjà été prise pour cible dans le passé (11 avril 2002 devant la synagogue de la Ghriba).

La France doit elle se sentir particulièrement menacée ? Pour quelles raisons ? Quels intérêts y conserve-t-elle ?

La France est particulièrement menacée en raison  de notre intervention au Mali. Notre armée a empêché les groupes fondamentalistes de s’emparer de Bamako et de créer un Etat Islamique dans le Nord Mali. Le Mali possède peu d’importance économique pour la France, en revanche, le Niger voisin est notre principal fournisseur d’uranium pour la filière nucléaire. Notre quasi indépendance énergétique est donc menacée par la destabilisation de la Libye.

Le gouvernement libyen, issu du Conseil National de Transition, a favorisé les entreprises des pays qui ont participé à la coalition anti-Kadhafi. Dans ce cadre Total a bénéficié d’importants contrats en Libye, mais les conditions d’exploitation sont rendues difficiles par le chaos ambiant. Les terminaux pétroliers sont régulièrement fermés et les installations pétrolières victimes d’attentats. La production de pétrole est tombée à 350,000 barils/jour en décembre 2014, contre 800,000 en moyenne depuis juillet 2013, mais 1,6 millions avant la chute de Kadhafi.

A partir de la Libye, l’Etat Islamique et autres groupes terroristes, peuvent frapper directement la France en manipulant les nombreux Tunisiens à avoir transité par les camps d’entraînement organisés en Libye par un certain pays du Golfe, pour fournir des combattants à la rébellion syrienne. Un certain nombre d’entre eux, dotés de la double nationalité, peuvent tout à fait faire le chemin inverse et réaliser des attentats en France, en particulier si nous essayons de frapper leurs sanctuaires en Libye.

Le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, souhaite une montée des militaires du Mali et une mobilisation de la communauté internationale. Une intervention militaire sur le sol libyen pourrait-elle être indiquée ?

Le Sud de la Libye est devenu un sanctuaire pour les groupes djihadistes. Ils lancent des raids au Sahel puis reviennent dans leurs bases. Jusqu’à présent nous nous sommes contentés de les frapper au Mali, mais si nous voulons les éradiquer, il faudra intervenir en Libye. Cela ne peut se faire que dans le cadre d’une coalition internationale avec l’aval de l’ONU et surtout la participation des pays de la région (Algérie, Mali, Niger, Tchad et Egypte).

Intervenir dans le Nord de la Libye est plus compliqué, car nous nous heurterons aux intérêts de l’Egypte, qui souhaite placer la Cyrénaïque et ses immenses ressources en hydrocarbures sous son contrôle. Par ailleurs, la Russie qui n’a toujours pas digéré l’interprétation abusive de la résolution 1789 par les Occidentaux en 2011, risque de mettre cette fois son véto au Conseil de Sécurité de l’ONU. Enfin, une intervention militaire en Libye ne rajoutera-t-elle pas du chaos au chaos ? La communauté internationale est face à un dilemme.

En raison de débordements, nous avons fait le choix de suspendre les commentaires des articles d'Atlantico.fr.

Mais n'hésitez pas à partager cet article avec vos proches par mail, messagerie, SMS ou sur les réseaux sociaux afin de continuer le débat !