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Donald Trump cédera-t-il à la tentation de l’aventure militaire pour faire oublier la débâcle de l’État pendant la crise sanitaire ?
©MANDEL NGAN / AFP

Stratégie

Donald Trump cédera-t-il à la tentation de l’aventure militaire pour faire oublier la débâcle de l’État pendant la crise sanitaire ?

À l'approche des élections présidentielles américaines, que signifie la nouvelle posture géopolitique de Donald Trump vis-à-vis de la Chine et de l'Iran ? Quelles pourraient en être les conséquences ?

Dov Zerah

Dov Zerah

Ancien élève de l’École nationale d’administration (ENA), Dov ZERAH a été directeur des Monnaies et médailles. Ancien directeur général de l'Agence française de développement (AFD), il a également été président de Proparco, filiale de l’AFD spécialisée dans le financement du secteur privé et censeur d'OSEO.

Auteur de sept livres et de très nombreux articles, Dov ZERAH a enseigné à l’Institut d’études politiques de Paris (Sciences Po), à l’ENA, ainsi qu’à l’École des hautes études commerciales de Paris (HEC). Conseiller municipal de Neuilly-sur-Seine de 2008 à 2014, et à nouveau depuis 2020. Administrateur du Consistoire de Paris de 1998 à 2006 et de 2010 à 2018, il en a été le président en 2010.

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Atlantico.fr : Lors de différents exercices de communication, le président américain Donald Trump a affiché sa volonté de tenir le bras de fer avec la Chine, accusant, sans preuve, cette dernière d'avoir "laissé échapper" le coronavirus de l'un de ses laboratoires. À l'aube des élections présidentielles américaines, que signifie cette posture géopolitique ? Quelles pourraient en être les conséquences ?

Dov Zerah : Il y a seulement trois mois l’économie américaine entamait sa dixième année de croissance ininterrompue avec un plein emploi inconnu depuis 1965. La pandémie a mis l’économie américaine en récession avec une baisse du PIB de près de 6 % et un triplement du taux de chômage. Le changement fondamental de la donne rend plus difficile la réélection du Président américain qui s’apparentait en février à une formalité.

Quelles que soient ses motivations, Donald Trump se doit de réagir face à la Chine dont l’absence de transparence justifie toutes les conjectures. Au-delà du ressenti à l’égard de l’Empire du milieu et du souhait de nombreuses victimes de la pandémie, aussi bien américaines qu’européennes, d’en découdre le comportement de la Chine dans la gouvernance mondiale est de plus en plus problématique.

Le Monde ne peut indéfiniment accepter les trois dumpings chinois, social, environnemental et surtout monétaire. La Chine doit faire des efforts pour corriger les déséquilibres qu’elle occasionne. Elle ne peut continuer à se développer et à s’affirmer au détriment de tous les autres pays de la planète.

Il est grand temps de revoir les règles de fonctionnement de l’échange international pour qu’il soit aussi équitable que possible. Au-delà des circonstances créées par le fléau, Donald Trump serait fondé à interpeller la Chine. L’électeur américain comprendrait alors que son président réagit dans l’intérêt du pays.

Les États-Unis ont également annoncé être restés partie prenante de l'accord sur le nucléaire iranien. Cela implique-t-il que Donald Trump ait retenu les leçons des échecs de la campagne de Georges W. Bush en Irak et amorcé une désescalade dans le conflit iranien ?

Sur la base d’une analyse juridique approfondi, les États-Unis ont cherché à démontrer qu’ils sont toujours partie prenante de l’accord pour consolider au Conseil de sécurité l’embargo sur les armes contre l’Iran. Alors que les États-Unis se sont affranchis de l’ONU depuis une vingtaine d’années pour conduire une guerre en Irak ou imposer des sanctions, la démarche interpelle. Elle peut aussi bien être interprétée comme une volonté de désescalade que comme un moyen de faire monter la pression en vue d’une justification d’intervention.

Depuis plusieurs décennies, l’Iran ne cesse de perturber le Proche Orient, soutien au Hezbollah, contrôle du Liban par son intermédiaire, implantation en Syrie, soutien actif à la rébellion au Yémen, tentative de contrôle voire contrôle de l’Irak par l’intermédiaire de milices, destruction d’un drone américain, bombardements de la moitié des capacités pétrolières saoudiennes et de tankers… sans évoquer le programme nucléaire…

La situation s’est dernièrement compliquée avec la prétention américaine d’être toujours partie prenante de l’accord sur le nucléaire, les déclarations du dernier ministre de la défense israélienne laissant entendre que l’Iran a perdu en Syrie sans mentionner l’accord implicite des Russes et du Président Assad, la cyberattaque iranienne sur le réseau des eaux d’Israël, la riposte israélienne sur le port de Bandar Abbas, la déclaration du chef d’Etat-major israélien, la première de ce genre, indiquant que l’État hébreu se défendra par tous les moyens en sa possession… Le ton monte… L’engrenage est-il enclenché ?

Sans avancer des théories complotistes, l’idée d’une guerre peut être défendue par certains. Elle permettrait de relativiser le sujet de la pandémie, relancer l’activité du complexe militaro industriel, booster le prix du pétrole… La guerre de Troie n’aura pas lieu.

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