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Il manquera 4% à Sarkozy au second tour parce qu'il a été trop mou, pas parce qu’il a été trop dur
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Debrief du quinquenat

Il manquera 4% à Sarkozy au second tour parce qu'il a été trop mou, pas parce qu’il a été trop dur

Si le Président sortant ne l'emporte pas au second tour, ça ne sera pas à cause des électeurs du Front national qui se seront détournés. Les électeurs qu'il n'aura pas, ce sont ceux de la droite libérale, déçus que le Président ait renoncé à ses réformes dès la première grève des chauffeurs de taxi.

Gaspard Koenig

Gaspard Koenig

Gaspard Koenig a fondé en 2013 le think-tank libéral GenerationLibre. Il enseigne la philosophie à Sciences Po Paris. Il a travaillé précédemment au cabinet de Christine Lagarde à Bercy, et à la BERD à Londres. Il est l’auteur de romans et d’essais, et apparaît régulièrement dans les médias, notamment à travers ses chroniques dans Les Echos et l’Opinion. 

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Entre le premier tour de 2007 et celui de 2012, Nicolas Sarkozy a perdu environ 4 % des voix.

On fantasme toujours sur les aller-retours de l’électorat du Front National. Personne n’ose penser que ces 4 %, ce puisse être les Français de la droite orléaniste, libérale, déçus que le premier Président élu en prenant le parti de la mondialisation, de l’esprit d’entreprise, de la responsabilité individuelle, ait si vite renoncé. La réforme fiscale ? Disparue dans le va et vient pathétique du bouclier fiscal. La libéralisation économique, vaillamment incarnée par la Commission Attali ? Mise entre parenthèses dès la première grève des taxis, et définitivement balayée par la crise financière et le retour, avec le discours de Toulon de septembre 2008, à une rhétorique colbertiste. Le rationnement budgétaire, symbolisé par le non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite ? Négligeable, puisque la dépense publique atteint aujourd’hui le niveau record de 56 % du PIB (contre 45 % en Allemagne par exemple). L’immigration choisie ? La circulaire Guéant l’a finalement remplacée par l’émigration forcée. La protection des libertés individuelles ? Elle s’est abîmée dans le fichier Edvige et autres recensements biométriques. 

Là où les réformes eurent lieu, elles s’arrêtèrent à mi-chemin. L’autonomie des Universités ? Il fallait la parachever avec la possibilité de sélectionner les étudiants. La simplification administrative pour les auto-entrepreneurs ? On attend toujours qu’elle s’applique aux entreprises elles-mêmes. L’élévation de l’âge de la retraite à 62 ans ? Elle est dans presque tous les autres pays de l’Union Européenne à 65 ans. Le RSA ? Il n’a pas été complété par la simplification du code du travail, second volet nécessaire de la « flexicurité ».

Ces 4 %, ce sont ceux qui manqueront à Sarkozy au second tour. Pourtant, il y eut en février un frémissement, quand la presse se fit l’écho d’une rumeur persistante : le presque candidat Sarkozy aurait décidé de s’atteler à une vaste réforme de l’Etat-Providence, et proposerait de remettre enfin en cause le statut de la fonction publique. Gerard Schröder, en visite à l’Elysée peu de temps auparavant, aurait déterminé Sarkozy à entreprendre à son tour la réduction drastique des dépenses publiques à laquelle l’Allemagne doit essentiellement son succès actuel. Sarkozy aurait donc été prêt à retrouver les accents libéraux de sa campagne de 2007. C’était d’ailleurs la stratégie que lui conseillait The Economist au début de l’année.

Las ! Sarkozy recentra vite sa stratégie sur la droite conservatrice, condamna violemment le Financial Times et l’idéologie du libre-échange, et The Economist en fut réduit à constater « le déni français ». Ce dimanche, au soir du premier tour, le candidat UMP se contenta d’un discours fort triste sur la maîtrise de l’immigration, le renforcement de la sécurité et la protection des frontières.

Sarkozy avait promis de ne pas être, comme Louis XVI, le serrurier de Versailles. Il l’imita pourtant en multipliant les réformes esquissées et inabouties. Comme l’écrivait Tocqueville au sujet de la France pré-révolutionnaire : « Le moment le plus dangereux pour un mauvais gouvernement est d’ordinaire celui où il commence à se réformer ».

Nous voici donc arrivés au moment le plus dangereux.

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