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Dette grecque : pourquoi un nouvel accord de l'Eurogroupe ne permettra pas d'éviter une nouvelle crise
©Reuters

L'histoire sans fin

Dette grecque : pourquoi un nouvel accord de l'Eurogroupe ne permettra pas d'éviter une nouvelle crise

Les négociations sur le déblocage d'une nouvelle tranche d'aide à la Grèce dans le cadre de son plan de sauvetage ont repris vendredi dernier à Amsterdam. De nouvelles mesures devraient être imposées à Athènes ce jeudi, avec pour seul effet de précipiter le pays vers une situation de crise chronique.

Francesco Saraceno

Francesco Saraceno

Francesco Saraceno est économiste senior au sein du département Innovation et concurrence de l'OFCE. Il est également signataire de la tribune : The economist warningVous pouvez le suivre sur son compte twitter : Francesco Saraceno.

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Atlantico : Ce jeudi, les ministres des Finances doivent à nouveau se réunir en vue de parvenir à un accord politique sur la liste des nouvelles mesures d'économies que devra appliquer la Grèce pour qu'une nouvelle tranche d'aide soit débloquée d'ici l'été (entre 5 et 7 milliards d'euros). Dans quelle mesure les différentes parties (Grèce, FMI et Commission européenne) peuvent-elles vraiment parvenir à cet accord au regard des fortes divergences de priorités qui existent entre elles ? 

Francesco SaracenoOn ne peut pas vraiment parler d'accord dans la mesure où les mesures prises vont être une nouvelle fois imposées à la Grèce. Depuis juillet dernier, la Grèce a déployé de nombreux efforts face à ses créditeurs, sans succès, et elle n'est pas en mesure de refuser ce qui lui est de nouveau demandé. Toute nouvelle mesure contribuerait à la destruction de son économie.

Ce que je crains jeudi, c'est qu'on assiste, comme en juillet dernier, à une nouvelle demande de renégociation de la dette grecque par la Grèce, épaulée en cela par le FMI qui a déclaré de façon plus ou moins officielle que sans renégociation de la dette grecque, le Fonds quitterait les négociations. Néanmoins, je doute que l'Allemagne puisse céder sur ce point, et donc que soit annoncée jeudi une restructuration de la dette grecque, principal point d'achoppement de ces négociations.

Tout le problème réside dans la faiblesse politique de la Grèce qui n'est, de fait, pas en mesure réellement de refuser les conditions et autres mesures qui lui sont imposées. Le seul paramètre qui joue à l'heure actuelle en faveur de la Grèce, c'est la volonté européenne d'éviter l'ouverture d'un nouveau Grexit avant le référendum de juin concernant le Brexit. Ainsi, il est probable qu'une rallonge soit accordée à la Grèce jeudi d'ici l'été. Passé cette échéance, la Grèce ne pourra pas échapper au scénario de l'été dernier : au moment où les créditeurs diront qu'ils arrêtent les paiements, la Grèce se retrouvera alors contrainte d'accepter toutes les demandes des créditeurs.

D'ici quelques mois cependant, on pourrait envisager l'ouverture de discussions sérieuses entre le FMI et l'Allemagne au sujet de la restructuration de la dette grecque, mais sans que cela soit à l'initiative de la Grèce. 

Depuis 6 ans maintenant, toutes les mesures prises par la Grèce en vue du déblocage de différentes tranches d'aide financière n'ont fait qu'aggraver la situation économique et financière du pays, aboutissant, à intervalles fréquents, à une renégociation de ces mesures et de ces tranches d'aide. N'y-a-t-il pas encore le risque que les mesures pouvant être adoptées ce jeudi soient dans les mois, les années à venir, renégociées à nouveau ? N'est-ce pas là une situation sans fin et fortement préjudiciable pour la reprise de l'économie grecque ?

On est dans la réplique d'un scénario qu'on a déjà vécu. Les mesures mises en place à chaque fois plombent l'économie grecque. L'argument des créditeurs selon lequel il s'agit d'un sacrifice nécessaire pour que l'économie puisse ensuite repartir ne tient plus six ans après les premières mesures et au regard de la situation économique de la Grèce. En l'état, une amélioration de l'économie grecque ne pourrait advenir que si l'Europe avait une croissance forte, tirant ainsi la Grèce en souffrance. La double absurdité de ce dossier grec est là : on impose à la Grèce des mesures qui plombent son économie sans qu'une réelle politique de relance de la croissance soit mise en place par les pays européens à l'échelle du continent, qui profiterait à tous les pays, dont la Grèce. L'austérité ne peut marcher que si elle est accompagnée d'un soutien extérieur à la croissance. C'est d'ailleurs ce qui s'est passé en Allemagne entre 2003 et 2006, période pendant laquelle l'Allemagne a fait des réformes qui ont plombé sa croissance mais qui s'en est sortie grâce à la forte croissance européenne de l'époque. 

La question de la dette grecque, qui s'élève à près de 180% du PIB, est la principale pomme de discorde entre les parties prenantes au dossier. Les mesures précédemment évoquées ont contribué dans le même temps à son aggravation. Pourquoi ne pas reconnaître officiellement que les Grecs ne peuvent pas rembourser leur dette ? 

Il y là la crainte d'établir un précédent, surtout de la part des Allemands. Pour ces derniers, une renégociation, voire une annulation de la dette grecque, aboutirait à des demandes d'autres pays, notamment l'Italie. Ce pays a, depuis plusieurs années maintenant, une avance primaire, c'est-à-dire que si l'on ne comptait pas les dépenses d'intérêt sur la dette, l'Italie n'aurait pas de déficit, mais un surplus ! C'est donc le poids de la dette passée qui plombe les finances publiques italiennes. L'une des plus grandes craintes des Allemands est de voir l'Italie demander une renégociation de leur dette. De plus, si l'on rapporte la dette grecque au PIB européen, on remarque que celle-ci représente une part faible de celui-ci.

A part la France qui, l'été dernier avec les déclarations de Michel Sapin, avait voulu remettre sur la table le dossier de la renégociation de la dette grecque face à l'Allemagne, les autres pays européens sont tous restés silencieux sur le sujet, sans parler du silence de la Commission, cette dernière préférant attendre qu'il y ait au préalable un consensus entre les Etats avant de prendre position. Le silence de certains Etats européens se comprend néanmoins du fait du manque de crédibilité au regard de leur situation financière comme dans le cas italien. Mais quid des pays qui ont des dettes tout à fait soutenables, comme l'Espagne, et qui ne prennent pas position alors qu'ils le pourraient? Le FMI est favorable à cette restructuration comme je le disais car ils ont pleinement conscience du fait que la dette grecque ne sera jamais remboursée. Cette dette, aux yeux de l'institution, constitue un coût qui traîne pour les créditeurs et qui plombe l'économie grecque. Le FMI raisonne là en termes de coûts-bénéfices ce qui me paraît être la bonne solution. C'est une logique que l'on a pu observer à travers le consensus de Washington ; on voyait bien la cohérence de la proposition : d'un côté, on imposait des mesures très draconiennes d'austérité aux pays concernés, et de l'autre on remettait les compteurs à zéro. Ainsi, les mesures d'austérité avaient, dans ces conditions, plus de chance de parvenir à un résultat positif. Il ne doit pas être question de morale comme cela se traduit dans la position allemande.  Ainsi, seuls le FMI et l'Allemagne ont des positions très claires sur le dossier. 

Face à constat (de l'impossibilité pour les Grecs de rembourser leur dette), quel choix s'impose : que les Européens payent cette dette ou que la Grèce quitte l'euro ? Qu'est-ce qui est le plus réalisable et surtout, le plus souhaitable (aussi bien pour la Grèce que pour l'Eurozone) ? 

Ce qui est sûr, c'est que la solution la plus souhaitable soit la renégociation de la dette grecque, autrement dit son paiement par les Européens. Mais je vois un troisième choix aux deux que vous proposez, et qui me paraît  le plus probable : c'est le maintien d'un statu quo pendant encore quelques années. On est entrés malheureusement dans une phase de crise chronique. Tous les six mois, des rencontres ont lieu entre les membres de la Troïka, des rallonges sont accordées aux Grecs pour une durée de six mois, puis des petites concessions sont accordées à Athènes sur les pensions avant qu'elles ne soient reprises par la demande de la baisse des salaires des fonctionnaires, etc. Et ainsi de suite. C'est là où réside le caractère tragique de la crise grecque. Dans ce cas de figure, le changement de situation ne pourra provenir que d'une profonde crise politique grecque, ce qui doit être considérée comme un vrai risque. 

 

Propos recueillis par Thomas Sila

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