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Un pan de 1 300 m du mur de Berlin a été retiré la semaine dernière pour permettre la réalisation d'un projet immobilier.
Un pan de 1 300 m du mur de Berlin a été retiré la semaine dernière pour permettre la réalisation d'un projet immobilier.
©Reuters

Souvenir, souvenir

Destruction d'une partie du mur de Berlin pour un projet immobilier : que faut-il conserver des vestiges historiques ?

Un pan de 1 300 mètres du mur de Berlin a été retiré la semaine dernière pour permettre la réalisation d'un projet immobilier, déclenchant une polémique internationale.

François Hartog

François Hartog

François Hartog est un historien, directeur d'études à l'EHESS.

Il est l'auteur de Croire en l'histoire (ed.Flammarion, 2013)

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Atlantico : Ces derniers jours, la destruction d'un pan du mur de Berlin a suscité la polémique. Des opposants ont notamment accusé la municipalité de vouloir effacer l'Histoire au profit de promoteurs immobiliers. Pourquoi faut-il conserver des vestiges historiques ?

François Hartog : L’histoire a besoin de lieux physiques, mais une ville ne peut pas demeurer figée. La disparition de certains d’entre eux peut être équivalente à une amnistie, c’est-à-dire à une prescription de l’oubli. Quand on supprime des traces physiques d’un passé violent, c'est l’équivalent dans le paysage de la ville d'une amnistie. La démarche inverse, qui consiste à dire que l'on va tout conserver, est impossible puisque à ce moment-là, on se retrouve avec une ville momifiée, et il est évident que Berlin serait toujours en ruine.

On doit faire des allées et venues entre la nécessité de garder des repères historiques et celle de faire place à la nouveauté. Une ville est un organisme qui ne peut pas rester immobilisé. Il n’y a pas de réponse claire, il y a des négociations qui s’opèrent en fonction d’un état des forces. Aujourd’hui Berlin est en plein développement, a besoin de terrain. Cela ne veut pas dire que l’histoire de la ville ne se ressent pas dans les rues, l’atmosphère, bien au contraire.

Quel rôle jouent les vestiges historiques dans la mémoire collective ?

Ils jouent un rôle important à condition de les investir. S’ils sont abandonnés, délaissés des visiteurs, ils deviennent des ruines. Ils ont une place dans les mémoires, à partir du moment où ils sont inclus dans un récit partagé, dans une histoire collective. Si les lieux ne sont pas habités par une histoire, ils n’ont aucun intérêt.  Les vestiges historiques ne doivent pas être un prétexte pour faire du commerce, sinon on rentre dans une logique de rentabilité du patrimoine.

L'été dernier, c'est la destruction de mausolées à Tombouctou par des islamistes qui avait suscité l'indignation de la communauté internationale. Que sait-on des conséquences de la destruction de monuments de façon violente et subite, notamment à l'occasion de guerres ? Comment les peuples le vivent-ils ?

Les destructions violentes dues aux guerres ou à des révolutions sont toujours porteuses de traumatismes forts. Toucher aux lieux historiques est une mise en cause de ce que vous êtes, de la société dans laquelle vous évoluez et vous en êtes profondément meurtris. Dans les années qui suivent ces traumatismes, il y a une intense activité de reconstruction, soit à l’identique, soit pour en faire autre chose. On assiste à une volonté très forte d’effacer le traumatisme subi.

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