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Désindustrialisation : quoiqu’on vous en ait dit récemment la spirale infernale de l’industrie française n’a pas été enrayée
©REUTERS/Stephane Mahe

La preuve par quatre

Désindustrialisation : quoiqu’on vous en ait dit récemment la spirale infernale de l’industrie française n’a pas été enrayée

Nous sommes nombreux à porter l'espoir d'un retour sérieux de l'industrie dans notre pays. Depuis quelques mois, des commentateurs se répandent en proclamant que la phase de désindustrialisation serait derrière nous. Hélas, leur démonstration est imparfaite et nous sommes encore loin du trop fameux bout du tunnel.

Jean-Yves Archer

Jean-Yves Archer

Jean-Yves Archer est économiste, spécialisé en Finances publiques. Il dirige le cabinet Archer, et a fondé le think tank économique Archer 58 Research.
 
Né en 1958, il est diplômé de Sciences-Po, de l'ENA (promotion de 1985), et est titulaire d'un doctorat en Economie de l'Université Paris-I Panthéon-Sorbonne.
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Le 16 novembre 1982 étaient ouvertes, à Paris, les Assises nationales de l'industrie. Jean-Pierre Chevènement, ministre de l'industrie, plaida pour les nationalisations qui devaient permettre, selon lui, de relancer un secteur qui avait – déjà – perdu plus de 500.000 emplois durant le septennat de Valéry Giscard d'Estaing.

Louis Gallois, alors directeur général de l'Industrie, plaida pour la modernisation et – déjà – pour la compétitivité. Au demeurant, il est très intéressant de lire ces lignes de l'époque et de les comparer à certains passages du célèbre rapport Gallois de 2012 qui s'est concentré sur la compétitivité-prix et a négligé d'examiner la compétitivité hors-prix.

Le défi de l'effet-gamme

L'exemple du secteur automobile est assez stupéfiant autant qu'instructif. Renault aura raté son alliance avec Volvo en 1988 malgré les efforts de Gérard Longuet. L'idée était d'associer un constructeur de volumes à un opérateur de niche haut de gamme. L'exemple de VW et d'Audi démontrent que cette fusion aurait eu tout son sens.

De même, Renault a raté le rachat de Skoda et désormais, grâce aux efforts de VW, Skoda produit des véhicules de qualité qui dépassent le niveau de gamme de Renault. Ce double exemple montre notre faible capacité à nouer des alliances ( voir le récent cas d'Alstom et Siemens ) et notre niveau insuffisant de qualité. Il y a un effet gamme et qualité dont nous sommes trop souvent exclus.

Dès lors, il est puéril d'effectuer un solde entre les fermetures et les créations de sites industriels – comme l'a récemment effectué un média réputé comme Le Figaro – alors que la comparaison n'est que numérique et n'inclut pas de corrélation par la taille des établissements.

Dans un tel graphique, la fermeture d'un site de 450 personnes équivaut à l'ouverture d'un site de 23 personnes en production.

Le commerce extérieur :

Même le secteur de l'industrie agroalimentaire ne nous permet plus d'être premier en Europe ce qui traduit la crise de notre structure de coûts et nos positionnements concurrentiels imparfaits.

Il est loisible de proclamer que la croissance pour 2017 est robuste à condition de ne pas omettre qu'elle repose sur des pilotis nommés politique monétaire accommodante et taux d'intérêt bas.

Notre spécialisation internationale analysée avec minutie par la Coface se heurte à des faiblesses.

Le commerce extérieur est ainsi un vrai thermomètre de la consistance de la croissance d'un pays et dans le cas de la France, l'objectivité condamne à être lucide sur nos défaillances : le déficit escompté pour 2017 est de près de 65 milliards d'euros.

La Coface relève cinq éléments : " le nombre insuffisant d'entreprises exportatrices, l'affaiblissement du niveau de gamme, des efforts d'innovation insuffisants et deux autres points : l'endettement public élevé, le faible taux d'emploi des jeunes et des travailleurs âgés ".

Frédéric Saint-Geours ancien membre de la direction générale de Peugeot, à la tête du Conseil national de l'industrie, aime à rappeler qu'un point de demande en plus provoque un résultat néfaste via + 3 points d'importation et seulement +0,3% de production industrielle. Voilà ce qui devrait calmer les ardeurs inappropriées des chantres de la fin de la désindustrialisation.

Trop peu de PME exportatrices, trop peu d'ETI, trop d'intrants étrangers dans notre production locale, tout ceci est bien connu et montre la fragilité de notre empreinte industrielle.

La qualité imparfaite

Tous les secteurs sont touchés et il suffit de prendre l'exemple des difficultés de la fonderie de la cuve de l'EPR au Creusot pour comprendre que le chiffrage est terrifiant. Plus on s'approche du lieu final de consommation d'un bien industriel, plus une erreur initiale de conception ou de fabrication est lourdement pénalisante.

Si la bataille de la qualité se joue normalement avec des règles conformes à l'éthique, il peut survenir que des actes volontaires (mises au rebut suite à des malveillances) soient à déplorer : sans compter les surcoûts liés à la prévention des attentats. (exemples des sites Seveso).

Là encore, la désindustrialisation par carences sporadiques de qualité a de beaux jours devant elle.

Le personnel de l'industrie

" Il n'est de richesses que d'hommes " affirmait Jean Bodin au Moyen-Age et effectivement l'industrie est une affaire de compétences des femmes et des hommes qui composent ce secteur d'activité.

Or, que constate-t-on ?  Tout d'abord, nous n'avons toujours pas rattraper l'Allemagne en matière d'apprentissage. Un sujet qu'évoquait déjà René Monory en 1978 !

L'industrie n'attire pas davantage les jeunes diplômés. Comme l'a fort bien démontré l'éminent Henri Lachmann, ancien président de Schneider Electric, les jeunes ingénieurs sont aimantés par les carrières et les rémunérations du monde de la finance.

Ainsi, le léger frémissement qui concerne les emplois industriels provient du recrutement d'intérimaires et non d'emplois durables qui signifierait une vraie confiance des industriels dans l'avenir et dans la bonne et valable visibilité de leurs carnets de commande.

En cette matière, comme sur l'essentiel sujet des investissements, il faut se garder de trop d'optimisme : le palier que connait notre appareil industriel- grâce à une embellie conjoncturelle continentale - ne doit pas nous empêcher de constater les véritables progrès enregistrés par nos principaux partenaires européens.

A l'heure où le volailler Doux dans le grand-Ouest connait à nouveau des difficultés publiques, à l'heure où le secteur de la fonderie connait des sinistres industriels, à l'heure où les grands donneurs d'ordre ( exemples de Renault et PSA vis-à-vis de GM&S dans la Creuse ) continuent de faire pression sur leurs sous-traitants au détriment de constitution de filières françaises, à l'heure où Airbus lui-même rencontre un vrai trou d'air ( déboires de l'A400M, retards de livraison, annulations de commandes pour l'A380, etc ), on se rend vite compte qu'il n'est pas sérieux de dire que la France est sortie de sa longue – trop longue – phase de désindustrialisation.

Au demeurant, la modernisation digitale va être un révélateur de notre capacité à rebondir ou de notre propension à chavirer. L'industrie, c'est 12,5% du PIB contre 23% Outre-Rhin.

Parlant de nos voisins, il est à noter l'intéressante étude de La Fabrique de l'Industrie relative à l'industrie du futur vue sous le double prisme du progrès technique et du progrès social. Ces regards croisés franco-allemands sont sincèrement instructifs.

De quoi absorber des chiffres simples et criant de vérité : il y a 12 ans, Renault produisait plus d'un million de véhicules en France. Désormais, l'ancienne Régie en assemble un peu moins de 400.000…

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