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Des émeutes de la faim en Seine-Saint-Denis : c’est, hélas, probable mais à qui la faute ?
©Hegor

Misère de misère

Des émeutes de la faim en Seine-Saint-Denis : c’est, hélas, probable mais à qui la faute ?

Les responsables de cette possible explosion sont aisément identifiables. Ils sont au pouvoir depuis des dizaines d’années.

Benoît Rayski

Benoît Rayski

Benoît Rayski est historien, écrivain et journaliste. Il vient de publier Le gauchisme, maladie sénile du communisme avec Atlantico Editions et Eyrolles E-books.

Il est également l'auteur de Là où vont les cigognes (Ramsay), L'affiche rouge (Denoël), ou encore de L'homme que vous aimez haïr (Grasset) qui dénonce l' "anti-sarkozysme primaire" ambiant.

Il a travaillé comme journaliste pour France Soir, L'Événement du jeudi, Le Matin de Paris ou Globe.

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C’est un mail de Georges-François Leclerc, préfet de Seine-Saint-Denis, à Michel Cadot, préfet de la région Ile-de-France. « Je redoute des émeutes de la faim. Nous comptons entre 15.000 et 20.000 personnes qui, entre les bidonvilles, les hébergements d’urgence et les foyers de travailleurs migrants vont avoir du mal à se nourrir ». Pourquoi ?  Parce que, poursuit le préfet, « l’économie souterraine, de rapine, et l’uber économie se sont effondrées ».

Il y a des parties du territoire français où la misère est grande. La France n’a pas accueilli toute la misère du monde. Elle en a pris sa part. Une trop grande part. Bien trop grande pour qu’elle puisse la soulager et la supporter. Une politique de frontières passoires vantée comme généreuse en est la cause. Beaucoup sont venus. Bien peu sont repartis. Peut-être parce que c’était pire chez eux. Et sans doute car tout leur paraissait plus facile chez nous. 

C’était un mensonge, une illusion entretenue avec constance par nos gouvernants.  A la télévision, ces malheureux - et ils l’étaient dans tous les sens de ce terme – voyaient des images montrant de beaux appartements et des voitures magnifiques. Qui, de tous nos gouvernements successifs, a osé leur dire que ce n’était pas pour eux ? Qui a eu le courage de leur annoncer qu’ils seraient logés dans des foyers vétustes ou, dans la meilleure hypothèse, dans des HLM dégradés ? 

Revenons sur les mots du préfet de Seine-Saint-Denis. Il parle de « rapine ». Un mot ancien qui aujourd’hui se dit simplement « vol ». Eh oui, il est plus difficile de voler en ces temps de confinement quand les déplacements sont limités et contrôlés. C’est pourquoi, ces malheureux vont avoir faim. 

Il évoque aussi « l’économie souterraine ». Celle-ci repose sur deux piliers : le trafic de drogue et la prostitution. Deux activités rendues très aléatoires par la crise du coronavirus. Oui, ils auront faim. 

Pendant des années, au nom d’une politique pompeusement baptisée « politique de la ville » (« politique des cités » eut été plus juste)  on a déversé des milliards sur les banlieues. Mais comment remplir un tonneau percé ? On construisait des Maisons des Jeunes et de la Culture où personne n’allait. On réhabilitait les HLM qui ne tardaient pas à être saccagés et abîmés quelques années après. 

Contre le trafic de drogue, qui permettait aussi de remplir le frigidaire familial, rien n’a été fait. Pour préserver la paix civile et par crainte d’émeutes, on a laissé prospérer la vente de shit. L’eut on éradiqué que les jeunes guetteurs auraient été obligés d’apprendre un métier au lieu d’avoir comme perspective une balle de kalach’ dans le ventre. 

Certes, ils sont responsables de leurs actes. Mais ceux qui les ont accompagnés, choyés et d’une certaine façon encouragés sont coupables. Quand il y aura des émeutes de la faim, c’est à eux qu’il faudra s’en prendre avant de mater les émeutiers.   

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