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Derrière la dynamique Mélenchon, la dynamite de ses 5 propositions les plus dangereuses
©Pascal Rossignol / Reuters

Hugo, Fidel sortez de cet hologramme

Derrière la dynamique Mélenchon, la dynamite de ses 5 propositions les plus dangereuses

En usant d'une rhétorique trompeuse, le discours de Jean-Luc Mélenchon finit par détourner la réalité sociale du pays.

Erwan Le Noan

Erwan Le Noan

Erwan Le Noan est consultant en stratégie et président d’une association qui prépare les lycéens de ZEP aux concours des grandes écoles et à l’entrée dans l’enseignement supérieur.

Avocat de formation, spécialisé en droit de la concurrence, il a été rapporteur de groupes de travail économiques et collabore à plusieurs think tanks. Il enseigne le droit et la macro-économie à Sciences Po (IEP Paris).

Il écrit sur www.toujourspluslibre.com

Twitter : @erwanlenoan

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Serge Federbusch

Serge Federbusch est président d'Aimer Paris et candidat à l'élection municipale de 2020. Il est l'auteur de La marche des lemmings ou la 2e mort de Charlie, et de Nous-Fossoyeurs : le vrai bilan d'un fatal quinquennat, chez Plon.

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Dénonçant le danger que représentent les programmes et autres déclarations de ses concurrents à la présidentielle, Jean-Luc Mélenchon lui même est l'instigateur de propositions et propos dont il convient de se méfier. Petit tour d'horizon avec Erwan Le Noan, professeur à Sciences Po, et Serge Federbusch, président du Parti des Libertés. 

1. Son programme économique (100 milliards d'euros d'investissement public, la création de 3,5 millions d'emplois en 5 ans, dont 2 millions dans le secteur marchand, la suppression de tous les allègements fiscaux, etc.)

Erwan Le Noan : Jean-Luc Mélenchon a beau s’en défendre avec indignation, son programme a des inspirations communes avec celui de Marine Le Pen : l’interventionnisme public débridé, la dénonciation des riches, l’instauration d’un protectionnisme, la défiance vis-à-vis de l’Union européenne… De manière générale, il lutte contre tout ce qui peut ressembler à de l’économie non libérale, mais simplement libre : en empêchant les licenciements "boursiers" (dont en réalité personne n’a jamais su définir ce dont il s’agit), en systématisant les contrôles et les contraintes, etc.

Ce programme économique est imprégné d’une idéologie fort classique d’extrême gauche, qui propose de réduire le temps de travail, d’augmenter les salaires, de rabaisser l’âge de la retraite, de laisser filer la dette (qui "n’est pas un problème").

Le tout est englobé dans un discours dont les mots sont violents (il dénonce le "pillage", parle des financiers qui "étranglent" les ménages, ne cesse d’exprimer son "dégoût"). En réalité, il semble s’en dégager une forme de théorie du complot, lequel serait orchestré par les plus riches ("de l’argent, il y en a, mais il est capté par les uns au lien d’être mis au service de l’intérêt général par l’impôt") au détriment volontaire des plus pauvres. Le discours est populiste et vise à mobiliser l’opinion contre des cibles à abattre, qui sont implicitement (ou non) décrites comme malhonnêtes et qu’il faudrait punir pour avoir rompu le pacte social (par la fiscalité notamment).

Ce n’est pas un hasard si Jean-Luc Mélenchon avait vu en Chavez "l’idéal inépuisable de l’espérance humaniste". Il suffit d’aller au Venezuela aujourd’hui pour voir ce qu’a donné cette espérance humaniste : la faillite de l’Etat, la disparition de la démocratie, la ruine des citoyens. Aujourd’hui, dans ce pays, l’alimentation est rationnée (et les camions qui approvisionnent rarement les supermarchés sont escortés par l’armée), la pénurie est généralisée, les citoyens fuient par millions (il y a même une pénurie de passeports !) et le Gouvernement vient de museler encore plus l’opposition.

Ce n’est pas un hasard non plus si, lors de son discours place de la Bastille, un grand drapeau de l’Urss flottait derrière lui, dans l’indifférence totale. Il faut quand même rappeler ce qu’a été ce régime totalitaire, oppresseur des libertés et tortionnaire des hommes.

2. Sa volonté d'organiser une "conférence de sécurité de l'Atlantique à l'Oural (afin de...) rediscuter toutes les frontières issues de l'ancienne Union soviétique" 

Erwan Le Noan : Le sujet des frontières est une boîte de Pandore qu’il n’est probablement pas très prudent de vouloir rouvrir, sauf à vouloir garantir à la Russie qu’elle pourra reconstituer son empire passé…

3. Sa volonté de "créer un monde où zéro personne dorme dans la rue" 

Erwan Le Noan : L’objectif qu’il n’y ait plus de SDF en France est un but que l’on peut partager sans être extrémiste : il n’est pas digne d’un pays riche que tant de gens ne trouvent aucun autre endroit pour vivre. Le problème, ce n’est pas l’objectif, ce sont les moyens pour y parvenir. Depuis des décennies, l’Etat n’est pas parvenu à relever le défi et répondre au problème : parce qu’il ne sait pas faire, parce qu’il a une gestion administrative du sujet qui consiste à "ramasser" les sans-abris le soir pour les remettre dans la rue le lendemain…

De manière plus large, le discours de Jean-Luc Mélenchon consiste à détourner la réalité sociale du pays, expliquant en somme que nous n’avons jamais eu autant de pauvres et que les inégalités explosent, ce qui est faux. Il s’appuie ensuite sur une rhétorique trompeuse selon laquelle, si elle prive les riches, la France aura moins de pauvres ; ce n’est pas vrai : ce n’est pas en appauvrissant les uns qu’on enrichit les autres. Dans le monde de Jean-Luc Mélenchon, il vaut mieux une société où l’individu A gagne 20 et l’individu B gagne 22, plutôt qu’une autre où A gagne 25 et B gagne 50 ou 100. C’est absurde.

4. Son projet d'établir le Smic à 1 700 euros brut (à ce propos, il affirmait que "Récupérer la richesse, la ramener dans l’économie réelle, c'est augmenter les salaires. On ne peut pas tourner autour du pot de la répartition de le richesse. Il va falloir que les uns lâchent un morceau pour que les autres aient un bout." - ndlr)

Erwan Le Noan : S’il suffisait de prendre aux riches pour enrichir les pauvres, cela se saurait depuis longtemps. Mais ça ne marche pas et dans tous les pays où la solution socialiste a été essayée, elle a abouti systématiquement aux mêmes résultats : l’appauvrissement des citoyens, la réduction des libertés individuelles et le déclin de l’économie nationale.

Jean-Luc Mélenchon prétend être moderne ; en réalité, il est enfermé dans des schémas de pensée archaïques des XIXe ou XXe siècle. Il est aussi profondément pessimiste : sa logique consiste à dire que, puisque le gâteau de la croissance ne grandit plus (ou même, qu’il veut le réduire), il faudrait soit faire des parts plus petites (redistribuer), soit limiter le nombre de convives autour de la table (et il a commencé en septembre dernier à se faire critique de l’immigration). Le discours économique contre l’immigration de travail et celui pour la réduction du temps de travail ou la redistribution des richesses ne sont en réalité que la même face d’une idéologie malthusienne.

5. Sa conception sur les travailleurs détachés "qui volent le pain des Français" (bien qu'il soit revenu dessus, il l'a tout de même dit - ndlr)

Erwan Le Noan : Le discours sur les travailleurs détachés oublie d’abord une chose : en France, personne ne peut être payé moins que le Smic. Le ministère des Finances a publié une étude intéressante sur le sujet.

Les messages de Jean-Luc Mélenchon contre l’immigration économique (parce qu’il parle rarement des défis culturels et sociaux de l’immigration) relèvent de la même logique que son discours de redistribution : le malthusianisme, l’idée que la croissance est limitée (voire mauvaise). Ses solutions ont déjà été testées avec le succès que l’on sait : on n’a jamais trouvé d’autre solution que la croissance pour enrichir les plus pauvres. Il suffit de voir comment la mondialisation a sorti le monde "en développement" de la misère.

Jean-Luc Mélenchon ne cesse de s’indigner, de protester, de crier, mais en réalité, il faut bien comprendre que son programme n’est pas compatible avec la liberté individuelle : ce qu’il fait en dénonçant les aléas (que chacun reconnaît comme douloureux) de l’économie de marché, c’est promouvoir à l’inverse un régime où le risque aurait disparu, un monde de planification et de contrôle économique et social.

Serge Federbusch : Dresser le classement des cinq plus grosses bourdes et énormités de notre guévariste national...La difficulté tient à l’embarras du choix, caramba !

Car c’est tout son projet et ses propos qui mériteraient de figurer au Guinness Book des blagues soviétisantes. Observons l’épais traité qui vise à démontrer la faisabilité financière de son programme. Il lui a permis de déblatérer cinq heures d’affilée, dans une sorte de radio-cococrochet. Il rappelle furieusement les plans quinquennaux de développement à la Krouchtchev et à la Brejnev, d’autant plus lourds et détaillés qu’ils ne menaient à rien si ce n’est à la faillite industrielle.

Et pourquoi ça ? Parce qu’il y a une réalité et une seule que le gauchisme bureaucratique ne peut admettre : une société innovante et créatrice de richesse est fondée sur l’initiative individuelle et son aiguillon, la recherche du profit. L’argent qui incite, l’argent qui stimule, l’argent qui libère, devrait-on dire en prenant le contrepied des hypocrites accents mitterrandiens.

La plus grande des énormités mélenchoniennes ne saute donc pas aux yeux. Elle semble même parée de bonnes intentions. Elle tient à sa proposition de limitation des écarts de salaires et des revenus à une échelle d’un à vingt. Ce rapport semble maintenir de nettes inégalités. Mais ce resserrement arbitraire des richesses ouvrirait la boîte de Pandore de l’écrasement des rêves et des ambitions. Il conduirait à un nivellement par le bas, une économie de paupérisation et son corollaire politique : l’autoritarisme bureaucratique dès lors qu’il faudra lutter contre tous ceux qui résisteront ou voudront prendre la poudre d’escampette.

Qu’on puisse à ce point méconnaître les enseignements des faillites du socialisme ne s’explique pas par de l’aveuglement. Mélenchon est un individu intelligent. Cela ne peut s’interpréter que par le cynisme d’un tribun madré qui exploite sans vergogne l’ignorance, l’imbécillité et les sentiments de jalousie frustrée d’une grande partie de ses troupes.

Deuxième énormité mélechonienne et autre boîte de Pandore : la grande conférence sur la redéfinition des frontières issues de la disparition de l’Union soviétique. C’est la voie expresse pour le réveil de toutes les revendications territoriales, les irrédentismes et autres nationalismes mal guéris. Rien qu’entre Ukrainiens, Magyars, Allemands et Russes, il y aurait de quoi provoquer trois ou quatre conflits à l’échelle européenne. Une authentique folie qui fit tousser jusque Benoît Hamon lors du débat à cinq sur TF1.

Troisième facétie : la semaine de 32 heures. Quand on observe les dégâts de celle de 35 et qu’on considère que la nocivité d’une telle mesure est exponentielle, pareille réduction de la durée du travail aboutirait très vite à des faillites en chaîne dans le privé et une impossibilité de financement du secteur public.

Continuons avec le remboursement des soins de santé à 100 %, histoire de provoquer au bout de six mois la faillite du régime d’assurance-maladie.

Et terminons avec le rétablissement de la retraite à 60 ans sans aucune réserve ni décote, de quoi en faire autant de l’assurance-vieillesse. Même le Front national, âprement critiqué sur ce point, prend la précaution de dire que la durée de cotisation ne sera pas réduite.

Voilà, cela fait cinq dingo-dossiers bolcho-cégétistes. Et pourtant, il paraîtrait que 15 % des électeurs sont convaincus. On conçoit bien que pour ces inguérissables de l’aveuglement politique, le remboursement complet des soins soit une nécessité absolue.

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