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Derrière la colère des Chinois de France, ces nombreuses tensions ethniques qui passent sous le radar des détecteurs médiatiques et politiques dans l’Hexagone
©Reuters

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Derrière la colère des Chinois de France, ces nombreuses tensions ethniques qui passent sous le radar des détecteurs médiatiques et politiques dans l’Hexagone

Bien que ces violences interethniques ne sont pas encore généralisées en France, leur existence est indéniable, ainsi que le risque de les voir se développer.

Tarik Yildiz

Tarik Yildiz

Tarik Yildiz est est sociologue et président de l'Institut de Recherche sur les Populations et pays Arabo-Musulmans (IRPAM). Il est également essayiste et notamment l'auteur de Qui sont-ils ? Enquête sur les jeunes musulmans de France (Editions du Toucan/L'Artilleur) et de Le racisme anti-blanc (Editions du Puits de Roulle). 

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Atlantico : Quelles observations peut-on formuler quant aux tensions inter-communautaires en France ? Quels en sont les ressorts ? Lesquelles sont les plus fréquentes ?

Tarik YildizIl faut commencer par rappeler que, fort heureusement, ceci n'est pas encore quelque chose de généralisé aujourd'hui en France, même si cela existe bien entendu. Nous avons eu un certain nombre de cas avec des affrontements sur fond communautaire. On peut penser à un affrontement particulièrement médiatisé entre une communauté de Roms et des Maghrébins il y a quelques années du côté de Lyon, bien que cela arrive régulièrement. Les événements survenus en Corse l'été dernier ont montré l'existence d'affrontements, dans certaines parties du territoire national, entre communauté autochtone et Maghrébins. Il y a des affrontements intercommunautaires moins visibles que d'autres, à l'instar des affrontements assez violents entre communautés provenant du Pakistan.

Pour ce qui est des affrontements entre communauté maghrébine et communauté juive, il est évident qu'un antisémitisme s'exprime, mais les affrontements directs, eux, sont très ponctuels, survenant lorsqu'il y a une manifestation généralement. Des violences peuvent être commises alors, de la part de groupes pro-palestiniens qui ne sont pas nécessairement composés de Maghrébins. En plus de ces événements survenant en marge de certaines manifestations, ce type de violence est plutôt le ressort d'actes individuels. Les agressions de Chinois commis par des Maghrébins sont, là aussi, le fait d'actes individuels. Cependant, il ne faut pas minimiser le risque que cela puisse arriver davantage. Et malheureusement, nous tendons de plus en plus vers ce genre de situation. Ceci s'explique par le fait que la puissance légitime qu'est l'État ne paraît pas comme étant suffisamment dissuasive aux yeux de ceux qui souhaiteraient commettre de tels actes de violence, ni aux yeux de ceux qui sont agressés, considérant alors l'État comme étant incapable de les protéger. Ceci s'explique par le fait que, généralement, les autorités arrivent trop tard, une fois l'acte commis ; que la machine judiciaire ne suit pas ; que les auteurs de tels actes d'agression vont être relâchés rapidement, alors même que certains ont été condamnés des dizaines de fois pour des faits similaires, etc. Ceci est la réalité à l'heure actuelle en France.

Tout ceci crée le sentiment, chez les uns et les autres, d'un sentiment, si ce n'est de se faire justice soi-même, en tout cas, d'être en mesure de se défendre. On a de plus de plus de cas d'individus qui s'arment ou s'organisent pour répondre à des agressions. Il n'y a qu'à aller sur Internet pour se rendre compte que ce sujet est omniprésent. On risque alors d'entrer dans un engrenage dangereux qui pourrait déstabiliser l'État et remettre en cause son attribut de la puissance légitime. 

C'est bien entendu une forme de racisme qui est à l'origine de ces violences intercommunautaires, véhiculée par une ou plusieurs minorités, et qui s'exprime directement. C'est dans cette expression – le passage à l'acte – que réside le caractère le plus dangereux de la situation. 

A quel point ces tensions intercommunautaires nuisent-elles à la cohésion nationale ? Quelles réponses ont apporté les pouvoirs publics à ce phénomène jusqu'à présent ?

Aujourd'hui, la cohésion sociale dans son ensemble est largement menacée. On a tendance à minimiser ce genre de problèmes qui est très dangereux parce qu'il détériore le sentiment d'appartenance à une communauté nationale, tout en contribuant à l'idée d'un État qui n'est plus en mesure d'apporter les réponses nécessaires.

Tout ceci est davantage vrai dans le cas des quartiers populaires que dans les quartiers très aisés. Il ne faut donc pas penser que le phénomène est généralisé partout en France. Mais cela doit être pris au sérieux car la situation pourrait déboucher sur une société caractérisée par l'auto-contrôle des communautés. Le modèle français, tel qu'il a été forgé depuis des siècles, pourrait ainsi se craqueler. 

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