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Dérapages dans la manifestation de soutien aux migrants à Calais : pourquoi la responsabilité de l'Etat est clairement en cause
©Reuters

Cocote minute prête à exploser

Dérapages dans la manifestation de soutien aux migrants à Calais : pourquoi la responsabilité de l'Etat est clairement en cause

La manifestation de soutien aux migrants, dans le centre de Calais, qui a eu lieu le samedi 23 janvier, a dégénéré. Pourtant, la maire de la ville, Natacha Bouchart avait demandé qu’elle ne soit pas autorisée. La préfète ne l’a pas entendue.

Gilles Gaetner

Gilles Gaetner

Journaliste à l’Express pendant 25 ans, après être passé par Les Echos et Le Point, Gilles Gaetner est un spécialiste des affaires politico-financières. Il a consacré un ouvrage remarqué au président de la République, Les 100 jours de Macron (Fauves –Editions). Il est également l’auteur d’une quinzaine de livres parmi lesquels L’Argent facile, dictionnaire de la corruption en France (Stock), Le roman d’un séducteur, les secrets de Roland Dumas (Jean-Claude Lattès), La République des imposteurs (L’Archipel), Pilleurs d’Afrique (Editions du Cerf).

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"La situation à Calais ressemble à une cocotte-minute qui est prête à exploser à tout moment". C’est ce que nous confie Denis Hurth, délégué régional CRS-Nord-Pas-de-Calais de l’Unsa-Police, à propos des débordements qui ont eu lieu le samedi 23 janvier à Calais. Oui, cette fois, la situation est réellement inquiétante : en effet la manifestation de soutien aux migrants qui se déroulait dans le centre-ville et qui regroupait 2 000 personnes, dont 700 membres d’associations diverses et une centaine d’altermondialistes (notamment des Anglais) a totalement dégénéré au moment de la dislocation à 17 heures, alors que depuis 14 heures, tout s’était passé dans une atmosphère bon enfant, jusqu’à ce qu’un millier de migrants se précipitent soudainement du côté du port et qu’une cinquantaine parviennent à pénétrer dans un ferry. 

Pourtant, la maire de Calais, (Les Républicains) Natacha Bouchart avait demandé à la préfète du Pas-de-Calais de ne pas autoriser la manifestation. Elle pressentait des incidents graves. Elle ne s’est - hélas ! - pas trompée. Elle n’a pas été écoutée. Du côté des forces de l’ordre – notamment du côté des 10 compagnies et demi de CRS présentes, soit 850 fonctionnaires - on s’étonne que la direction départementale de la Sécurité publique n’ait pas suffisamment sécurisé la manifestation (itinéraire imposé, barrières, etc.). Pas étonnant que des manifestants se soient laissés aller à taguer les statues du général de Gaulle et de son épouse, situées sur la Place d’Armes en y inscrivant ces mots honteux : "Nike la France !" La situation est devenue quasi-insurrectionnelle. Heureusement que les CRS sont parvenus à évacuer, un peu plus tard dans l’après-midi, un ferry en partance pour Douvres. Une cinquantaine de migrants avaient pu y pénétrer et d’après un témoin, il y a eu pas mal de casse… Hier, à 21 heures 30, tout était rentré dans l’ordre. Reste que les problèmes demeurent. La situation tant à la jungle de Calais qu’à la Grande Synthe (département du Nord) – à 6 kilomètres de de Dunkerque - où l’on compte 2 500 migrants, devient dramatique. A la Grande Synthe, les incidents entre les diverses communautés de migrants sont monnaie courante. Il y aurait déjà eu quatre homicides.

Que dire encore des suites des interpellations ? Il n’y en pas. Récemment, 25 migrants ont été interpellés. Après une ou deux heures de garde à vue, ils ont été relâchés. Quant aux habitants de la région, ils n’en peuvent plus : ils veulent vendre leurs maison, mais ils ne trouvent aucun acheteur. Quant aux commerçants, ils ferment boutique. Demeure une double question à propos de cette journée de manifestation du 23 janvier : pourquoi la préfète du Pas-de-Calais a-t-elle permis une manifestation qui suivait un itinéraire risqué : centre-ville, proximité des commerces et Place d’Armes avec la statue du général de Gaulle ? Pourquoi, à partir de cette décision de feu vert, le commissaire central de Calais et le chef des unités de CRS n’ont-ils pu anticiper les conséquences de cette autorisation alors qu’ils pouvaient compter sur la présence permanente de 20 forces mobiles et qu’ils avaient la possibilité de bloquer le port ?

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