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Depuis quelques heures, le président de la Commission des Finances, le député Gilles Carrez, tire le signal d'alarme du fait du dérapage en cours de la situation des déficits publics.
Depuis quelques heures, le président de la Commission des Finances, le député Gilles Carrez, tire le signal d'alarme du fait du dérapage en cours de la situation des déficits publics.
©Reuters

Cercle vicieux

Dérapage du déficit public : quand la France paie la facture d'une pression fiscale qui l'a enferrée dans la crise

Selon le rapport révélé par Le Figaro du président de la commission des Finances de l'Assemblée nationale Gilles Carrez, le déficit de l’État devrait dépasser les 80 milliards d'euros en fin d'année, au lieu des 61,6 milliards prévus par la loi de finance.

Jean-Yves Archer

Jean-Yves Archer

Jean-Yves Archer est économiste, spécialisé en Finances publiques. Il dirige le cabinet Archer, et a fondé le think tank économique Archer 58 Research.
 
Né en 1958, il est diplômé de Sciences-Po, de l'ENA (promotion de 1985), et est titulaire d'un doctorat en Economie de l'Université Paris-I Panthéon-Sorbonne.
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Depuis quelques heures, le président de la Commission des Finances, le député Gilles Carrez, tire le signal d'alarme du fait du dérapage en cours de la situation des déficits publics. Seul le Parlement, les administrations de Bercy et le sommet de l'exécutif ont accès aux vrais chiffres mais il est clair que la politique économique retenue, il y a un an, est une " sérieuse erreur " pour reprendre le terme récent du sénateur EELV Jean-Vincent Placé.

Ce fût en effet présomptueux de penser que la crise allait fléchir et que ses coûts sociaux induits (RSA, caution à donner pour le refinancement de l'Unedic : 20 milliards) allaient diminuer. A l'inverse, la plupart de nos partenaires sont en récession et nous y sommes aussi. La France est en récession du fait de la violence de la crise internationale. Elle est aussi en récession du fait du coup de massue de type fiscal que le projet de loi de finances pour 2013 (+ 20 milliards de prélèvements) a donné à un pays à l'activité bien frêle. Depuis, bien des trésoreries d'entreprises et nombre de ménages sont à court de liquidités. Les taxes se sont sédimentées aux impôts et la Nation est k.o debout de ces ponctions qui ont eu une valeur procyclique. Autrement dit, qui ont versé de l'essence sur la panne de croissance.  A l'heure où il est de bon ton de dire, dans les allées du pouvoir, que le président Barroso est le carburant du Front national (ce qui a fait dire à Jean-Luc Mélenchon que le Président Hollande était, quant à lui, le pompiste), il est légitime et avéré d'affirmer que cette politique de forte pression fiscale a fait exploser nos espoirs de rester en croissance atone.

En conséquence, deux points sont à souligner : d'une part la pleine véracité d'une phrase de Laurent Fabius qui a dit "les gens ne s'en sortent plus. Pour beaucoup la fin du mois commence dès le 15". Oui, il y a une profonde crise du pouvoir d'achat qui engendre un vrai tassement de la demande d'où de moindres rentrées fiscales. Puis, il faut mesurer l'ampleur des défaillances d'entreprises que des études de la Coface confirment (hausse de la taille moyenne des sinistres) qui viennent ainsi alimenter l'effondrement de certaines recettes fiscales issues des entreprises (IS et TVA).

Les économistes aiment le mot de cercle vertueux : la France en est loin. Il est clair que la lutte contre les déficits va inciter à un nouveau tour de vis, à une nouvelle pression fiscale soi-disant sélective. Lors de sa dernière conférence de presse, le président de la République a indiqué que les entreprises n'auront pas à payer davantage en 2014. S'il doit y avoir – ce qui serait sagesse – un projet de loi de finances rectificative, il risque de comporter de bien mauvais messages pour les ménages. Non, le cercle n'est pas vertueux car sans demande, l'entrepreneur n'investit pas (notion de demande escomptée chez Keynes) et dès lors l'horizon va rester placé sous un ciel gris ardoise.

La vie financière de notre pays enseigne qu'il faut des animaux politiques de sang-froid et de haute compétence reconnue lors des périodes critiques de l'Histoire qui ne fait pas, pour l'instant, le moindre cadeau d'ami à notre pays. A propos, comment ferait l'éminent Pascal Lamy face à une impasse budgétaire qui doit dépasser les dix milliards additionnels voire vingt compte-tenu du choc de démotivation qui accompagne cette situation générale. Oui, quand les chiffres nous seront confirmés officiellement, cela sera comme pour la barre des 3%, on nous contera une histoire au lieu de compter les milliards. Triste perspective pour un peuple adulte capable de comprendre la vérité qu'au fond de lui il ressent déjà. René Monory, André Boulloche ou Raymond Barre et Jacques Delors savaient manœuvrer par gros temps, leurs bilans parlent pour eux.

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