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L’Europe peut-elle vraiment ruiner le monde ?
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L’Europe peut-elle vraiment ruiner le monde ?

Le Président du Conseil économique à la Maison Blanche, Alan Krueger, a souligné récemment les risques d'impact de la crise de la zone euro sur la croissance américaine, et les pays émergents craignent eux aussi une onde de choc venue du Vieux Continent. L'Europe est-elle l'homme malade de la planète ?

Jérôme Creel

Jérôme Creel

Jérôme Creel est professeur d'économie à l'ESCP Europe.

Il est également directeur adjoint du département des études de l'OFCE.

 

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Les récentes déclarations d’Alan Krueger, président du Conseil économique à la Maison Blanche, sont déconcertantes : dans une crise financière déclenchée par le capitalisme débridé des États-Unis, qu'un proche conseiller du Président Obama affirme que la crise de la dette dans la zone euro puisse mettre en péril la reprise américaine pose question. Est-ce exact ? Pas tout à fait…

Quels sont les inconvénients de la crise européenne pour les États-Unis ?

Sans conteste, son impact sur la croissance. La succession d’hésitations européennes, qui a fait dangereusement monter les taux d’intérêt, sauf en Allemagne, a produit des tensions supplémentaires sur les dettes européennes, rendant d’autant plus urgentes des politiques de restrictions budgétaires.

La contagion des restrictions budgétaires, jusqu’en Allemagne, va considérablement nuire à la croissance européenne pour commencer, mais aussi à celle de ses partenaires, d’Asie, d’Amérique ou d’ailleurs. A ce jeu de la contagion, l’Allemagne perdra au moins un point de croissance du PIB en 2011 et en 2012, réduisant dès lors sa demande de biens intermédiaires importés au grand dam de ses partenaires, dans et hors zone euro. Il en ira de même pour la France, l’Italie et l’Espagne : les restrictions budgétaires ne seront pas expansionnistes ! Au-delà de cette décélération attendue de la croissance en Europe, l’incertitude grandit sur la capacité de ces mêmes économies à honorer leurs engagements. Sans prêteur en dernier ressort, l’instabilité financière va même crescendo au gré des annonces de gels et coupes budgétaires en tout genre, car la confiance des marchés est rompue : il n’y a pas de pilote dans l’avion européen. Cette instabilité peut être contagieuse à d’autres économies, d’où les déclarations américaines.

La pression est sur l'Europe

Ces déclarations sont-elles naïves ou ciblées ? Elles ont pour but de maintenir la pression sur l’Europe, au bénéfice des autres pays de la planète. Il faut bien avoir à l’esprit que la croissance mondiale ne dépend désormais que marginalement de ce qui se passe en Europe. La crise financière a profondément modifié la géographie économique en confirmant la place importante prise par l’Asie.

Certes, la Chine a besoin des biens d’équipements allemands, mais les entreprises allemandes ont de plus en plus intérêt, afin de se rapprocher de leurs clients, à aller installer leurs chaînes de production en Chine. Cela ne favorisera certes pas la croissance européenne, mais réduira en même temps son incidence sur la croissance des autres nations. Il faut aussi avoir à l’esprit qu’Alan Krueger omet de rappeler un fait important : les taux d’intérêt aux Etats-Unis sont très bas, surtout eu égard à l’endettement colossal de ce pays. On assiste à un report des investisseurs vers des obligations plus sûres, allemandes très certainement, mais aussi américaines. Il est dès lors moins coûteux pour les Etats-Unis de se financer et grâce à qui ? Grâce aux Européens et aux turbulences financières qu’ils ne parviennent pas à maîtriser et que des déclarations ciblées continuent d’alimenter.

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