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Le général de corps d'armée Mohamed Lamari en 2001.
Le  général de corps d'armée Mohamed Lamari en 2001.
©Reuters

Adieu, Général !

Le début du printemps algérien ?

Le décès du général Lamari marque la fin d’une période de 20 ans de pouvoir algérien sous domination militaire, qui avait notamment conduit à la répression du terrorisme islamique. Est-ce pour autant le début d’une transition vers un pouvoir politique plus équilibré ?

Jean-Bernard Pinatel

Jean-Bernard Pinatel

Général (2S) et dirigeant d'entreprise, Jean-Bernard Pinatel est un expert reconnu des questions géopolitiques et d'intelligence économique.

Il est l'auteur de Carnet de Guerres et de crises, paru aux éditions Lavauzelle en 2014. En mai 2017, il a publié le livre Histoire de l'Islam radical et de ceux qui s'en servent, (éditions Lavauzelle). 

Il anime aussi le blog : www.geopolitique-géostratégie.fr

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Le  général de corps d'armée Mohamed Lamari, une des figures majeure de l'aile dite "éradicatrice" de l'armée algérienne contre le terrorisme islamiste, est décédé d’un arrêt cardiaque lundi 13 février à l'âge de 73 ans, à Biskra, où il s’était retiré. Il a été inhumé le 15 févier, au cimetière de Ben Aknoun, sur les hauteurs d’Algeren présence d’une assistance nombreuse en présence de presque tous les hauts responsables politiques et militaires.

Étaient notamment présents :

Abdelmalek Guenaïzia

Né en 1937, ce ministre délégué à la Défense nationale est un vieux compagnon de Khaled Nezzar, il était avec lui à l'école des enfants de troupe. Il a occupé différentes fonctions dans l'armée : directeur central du matériel au ministère de la Défense, commandant des forces aériennes et chef d'état-major de l'armée avant de se « découvrir » une vocation de diplomate en 1990. Il occupera le poste d'ambassadeur d'Algérie en Suisse, durant près de dix ans. Nommé par Abdelaziz Bouteflika, le 2 mai 2005, au poste de ministre délégué auprès du ministère de la Défense nationale, il coiffe les nouveaux nommés aux postes à responsabilités militaires après le départ du poste de chef d’État-major de l’ANP (Association nationale populaire), du Général de corps d'armée Mohamed Lamari.

Ahmed Gaïd Salah

Né en 1936, ce chef d’État-major a été coopté par le général Lamari. Après un long passage à la tête du Commandement des forces terrestres, il a été une des pierres angulaires de la stratégie antiterroriste à l’époque où le général Lamari dirigeait la section antiterroriste.

Mohamed Touati

Né en 1936 en Kabylie, région d'Azzefoune, ce  général est un homme lettré, surnommé "el -Mokh" ou le cerveau. Il intègre l'école militaire des enfants de troupe. A l'indépendance, il est chef d' État-major de la gendarmerie nationale, puis chef d'État-major de la troisième région militaire sous le commandement d'un autre ancien sous officier de l'armée Française, Khaled Nezzar.

Il devient en 1989 directeur des opérations à l'État-major, puis en 1991 conseiller du ministre de la Défense nationale Khaled Nezzar, et enfin conseiller du chef d' État-major Mohamed Lamari. Il prend une part active dans la destitution du président Chadli Bendjedid (janvier 1992), l'arrêt du processus démocratique et l'interdiction du Front islamique du salut (FIS). Paradoxalement, c’est aussi la figure de proue de la CDN (Commission de dialogue national) mise en place par le Haut Comité d'État (HCE) pour définir les modalités d'une transition politique avec la participation du FIS interdit. C’est lui qui, avec  le général de corps d'armée Mohamed Lamari et le général Abdelmadjid Taright, aujourd'hui à la retraite, a défini l'alternative politique à l'islamisme, et a appuyé la politique de "concorde civile", qui a permis de neutraliser quelques 6 000 islamistes armés depuis son entrée en vigueur, en 1999.

Mohamed Touati est le partisan d'un islamisme modéré, intégré dans le jeu du pouvoir, qui défend l'idée d'un "rôle à la turque" pour l'ANP. Dans son esprit comme dans l'idée d'autres chefs militaires, il s'agit pour elle d'être "le garant de la constitution". Chef du Conseil de sécurité à la présidence de la république, un poste crée spécialement pour lui par son ami Larbi Belkheir, il démissionne de toutes ses responsabilités en août 2005. Son retour aux affaires en 2011, après des années d’anonymat a chamboulé les rapports de force au sein du régime. Abdelaziz Bouteflika s’est retrouvé dans l’obligation de le rappeler lors du printemps arabe pour sauver un système politique à bout de souffle. En effet, considéré comme une des éminences grises de l’armée algérienne, le général major Mohamed Touati n’a jamais été un allié pour Bouteflika. Bien au contraire, dès les premières années de son règne, Bouteflika a tout fait pour écarter cet homme, considéré comme une tête pensante du « clan des généraux ». A travers la nomination surprise du général Mohamed Touati comme conseiller à la Présidence et membre de la commission Bensalah, le président algérien a tendu une main amicale au « clan militaire », avec lequel il cherche désormais à conclure la paix.

Mohamed Médiene

Même cet invisible général, dit "Toufik", était là. Il est le chef du département du Renseignement et de la Sécurité (DRS), le service de renseignement algérien. Il est né en 1939 dans la wilaya de Bordj Bou Arréridj, et étudie à l'école du KGB après l'indépendance de l'Algérie. En 1986, il devient le chef du département Défense et Sécurité avant de prendre la tête du DRS en 1990. En 1993, il est promu général de division, et en juillet 2006 général de corps d'armée. Sa position inamovible à la tête du DRS en fait un personnage extrêmement craint, qui semble détenir le pouvoir réel en Algérie.

Ainsi que les généraux à la retraite Khaled Nezzar et Abdelhamid Djouadi, il a tenu à accompagner Mohamed Lamari à sa dernière demeure.

Une ouverture politique prochaine ?

Mohamed Lamari était reconnaissable à sa carrure imposante de deuxième ligne. Cet ancien officier de l'armée française avait rejoint les rangs de l'armée de libération algérienne, après avoir été formé suite à l'indépendance algérienne à l'académie militaire de Moscou. Il faisait partie des généraux "janviéristes", qui avaient pris la décision d'interrompre le processus électoral en janvier 1992 pour barrer la route du pouvoir au FIS (Front islamique du Salut). Ce dernier venant de rafler la majorité des sièges au premier tour des premières élections législatives pluralistes en Algérie.

Avant d'être nommé en 1993 à la tête de l'état-major de l'armée algérienne, au moment où l'Algérie venait de basculer dans la violence islamo-terroriste, le général Mohamed Lamari était passé par différents grades de la hiérarchie militaire.

Résolument engagé dans la lutte anti-terroriste, il avait créé une force d'élite comptant 15 000 hommes, pour traquer les maquisards islamistes. En 2004, le général Lamari avait démissionné de son poste à l'état-major de l'armée, peu après l'élection du président Abdelaziz Bouteflika pour un deuxième mandat, officiellement pour "des raisons de santé". La démission de ce partisan de ce que la presse algérienne appelait "le tout sécuritaire", avait été perçue alors comme une prise de distance par rapport à la politique de main tendue à l'égard des islamistes conduite par le président Bouteflika.

Sa disparition comme le retrait prochain annoncé de la vie politique du Président Bouteflika marque-t-elle le début d’une transition politique vers un régime plus démocratique ? La création de la commission Bensalah (président du Conseil de la nation et numéro deux de la République algérienne selon la Constitution actuelle) en mai 2011 par le Président Bouteflika est interprétée comme un premier pas dans ce sens. sachant qu'il s'agit de rassembler les propositions des différentes sensibilités politiques et des personnalités nationales, pour proposer des évolutions souhaitables en matière de loi constitutionnelle et d’élections.

La nomination de Mohamed Touati conforte l’idée que c’est le modèle turc avant l’accession de Recep Tayyip Erdoğan qui semble souhaité par les généraux, et auquel Bouteflika, à bout de souffle, aurait consenti. Cela devrait se traduire par un partage plus équitable du pouvoir politique entre les différentes tendances politiques algériennes, un maintien de l’armée comme garant de la constitution, une normalisation des rapports avec le Maroc, une ouverture sélective de la frontière algéro-marocaine attendue par tous les habitants de l’Oranais, et la poursuite de la croissance du niveau de vie des Algériens qui a, sous le régime actuel, doublé ces dix dernières années.

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