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Les salariés de Bridgestone se rassemblent devant l'usine de Béthune, le 27 novembre 2020, lors d'une manifestation pour protester contre la fermeture annoncée de l'usine qui emploie plus de 860 personnes.
Les salariés de Bridgestone se rassemblent devant l'usine de Béthune, le 27 novembre 2020, lors d'une manifestation pour protester contre la fermeture annoncée de l'usine qui emploie plus de 860 personnes.
©DENIS CHARLET / AFP

Bonnes feuilles

De la crise de 2008 au Covid-19 : la poursuite de la désindustrialisation

Jérôme Fourquet et Jean-Laurent Cassely publient « La France sous nos yeux. Economie, paysages, nouveaux modes de vie » aux éditions du Seuil. Près d'un demi-siècle après l'achèvement des Trente glorieuses, nous continuons à parler de la France comme si elle venait d'en sortir. Pourtant, depuis le milieu des années 1980, notre société s'est métamorphosée en profondeur, entrant pleinement dans l'univers des services, de la mobilité, de la consommation, de l'image et des loisirs. Extrait 1/2.

Jérôme Fourquet

Jérôme Fourquet

Jérôme Fourquet est directeur du Département opinion publique à l’Ifop.

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Jean-Laurent Cassely

Jean-Laurent Cassely

Jean-Laurent Cassely est journaliste à Slate.fr, où il chronique la vie et l’œuvre des classes supérieures urbaines. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages et guides pratiques sur la survie en milieu urbain.

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Mars 2020, l’épidémie de Covid-19 s’abat sur la France. Pour faire face au virus, il faut d’urgence se procurer des masques, des surblouses, des médicaments et des tests. Compte tenu du volume des besoins, ces équipements viennent rapidement à manquer et la pénurie s’installera pendant des semaines. Cette crise sanitaire servira ainsi de révélateur, au sens chimique du terme, de l’ampleur de la désindustrialisation du pays. De nombreuses filières ont totalement disparu au cours des dernières décennies et la France n’est plus en capacité de fabriquer quantité de produits et d’objets.

Si la désindustrialisation avait déjà été bien engagée entre les années 1970 et le débit des années 1980, le phénomène allait se poursuivre et s’amplifier entre le milieu des années 1980 et aujourd’hui, période que nous appellerons « la Grande Métamorphose ». La part du secteur industriel dans le PIB, qui était encore de 24 % en 1980, est ainsi tombée à 10 % en 2019. Pour prendre la mesure de l’ampleur de l’hémorragie et de son caractère persistant, on peut s’appuyer sur les données du cabinet Trendeo, qui recense les fermetures et les créations de sites industriels. Rien que depuis 2008, le cabinet ayant commencé sa veille documentaire à l’occasion de la récession de 2008, on ne dénombre pas moins de 936 usines de 50 salariés et plus ayant fermé leurs portes, ces fermetures représentant un total de 125 000 emplois détruits. La carte de ces fermetures de sites industriels est saisissante. Elle fait penser à la photographie aérienne d’un champ de bataille après un bombardement. Aucune région n’a été épargnée, et tout le territoire est constellé d’impacts ou de cratères. Les régions à tradition industrielle ancienne comme l’Ile-de-France, la vallée de la Seine, le Nord-Pas-de-Calais, l’Alsace-Moselle ou encore la conurbation de Lyon-Saint-Etienne ont été durement frappées. Le Grand Ouest, où l’industrialisation était plus récente, n’a pas été épargné, pas plus que les départements ruraux bénéficiant d’une présence industrielle plus diffuse. Villes moyennes et petites à l’image grise, campagnes en déclin, banlieues rouges délaissées, vallées en perte de vitesse : la géographie de ces destructions est celle d’une France de l’ombre dont l’image s’est dégradée au fil des chocs économiques. Elle est l’envers de la France désirable que nous étudierons dans la deuxième partie.

Cette destruction du tissu industriel tricolore a touché la plupart des filières, y compris, celles qui paraissaient les plus robustes, comme les secteurs de l’automobile et de l’agroalimentaire. Entre 2008 et 2020, le premier a vu 94 sites fermer. C’est principalement la partie nord du pays qui a été frappée. Plusieurs usines appartenant aux grandes marques ont disparu : fermeture de l’usine PSF d’Aulnay en 2012 du site de Ford à Blanquefort en 2018. Mais les équipements, notamment dans le secteur des pneumatiques, n’ont pas été épargnés : site Continental de Clairoix dans l’Oise en 2009, Goodyear d’Amiens en 2013 ou de Bridgestone de Béthune en 2021. D’autres équipementiers ont procédé eux aussi à des fermetures d’unités, comme Faurecia (usine d’Auchel dans le Pas-de-Calais en 2009) ou Valeo (avec le site de Vire dans le Calvados en 2008), par exemple.

La filière agroalimentaire, autre composante majeure du tissu industriel national, a elle aussi payé un lourd tribut durant ces années (114 usines rayée de la carte). Comme le montre la carte page 24, des fermetures de sites sont intervenues dans de nombreux départements, comme par exemple l’Aude (avec la fermeture de l’usine Spanghero à Castelnaudary) ou l’Inde (avec la fermeture de l’usine Barilla de Châteauroux). Mais c’est en Bretagne, région spécialisée dans ce type de production, que les annonces ont été les plus nombreuses. Dans le Morbihan, le groupe volailler Doux a fermé ses abattoirs de Locminé (en 2008) et Sérent (en 2012) ainsi que son site d’Elven (également en 2012). A la même  époque, on apprenait, en 2013, l’arrêt de l’activité de l’usine de saumon fumé du groupe Marine Harvest à Poullaouen, dans le Finistère, et de l’abattoir Gad de Lampual-Guimiliau. Toujours dans le Finistère, l’usine de volaille Tilly-Sabcco fermait en 2014, à Guerlesquin.

Extrait du livre de Jérôme Fourquet et Jean-Laurent Cassely, « La France sous nos yeux. Economie, paysages, nouveaux modes de vie », publié aux éditions du Seuil

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