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"Il faudrait une révolution shumpeterienne en France, une économie tournée vers l’entrepreneuriat et l’innovation."
"Il faudrait une révolution shumpeterienne en France, une économie tournée vers l’entrepreneuriat et l’innovation."
©Reuters

Échec assuré

De Florange à SeaFrance, la maladie française de l’étatisme

La volonté permanente de l'État de s'ingérer dans la gestion de certaines entreprises empêche ces dernières de s'adapter aux évolutions de l'environnement économique. Une stratégie vouée à l'échec qui appelle à un vrai désengagement de l'État.

Édouard  Josse

Édouard Josse

Édouard Josse est étudiant à Sciences-Po Lyon et est engagé au sein de l'équipe de Michel Havard, candidat UMP à la mairie de Lyon.

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Il y a quelques jours, plusieurs de mes collègues de l’UMP publiaient dans le Cercle des Échos, une tribune en faveur d’un choc de compétitivité. Intitulée "La révolution du travail : préférons Shumpeter à Keynes", ses auteurs parmi lesquels l’ancienne députée Valérie Rosso-Debord, proche de Jean-François Copé, prônaient assurément un tournant libéral face à la crise du tout-État. Baisse des charges,  réforme et nouveau financement de la protection sociale, simplification du droit du travail, abrogation des 35h et flexibilité du temps de travail, bref, les mesures de bon sens qui font défaut à la France depuis une trentaine d’années. Celles que le Royaume-Uni et l’Allemagne ont mené avec la réussite que l’on connaît. 

Mes amis appelaient également de leurs vœux un véritable changement culturel dans ce pays où le travail est trop souvent déconsidéré voire méprisé par des élites de fonctionnaires. Je crois au contraire que les Français partagent une conception tout autre de la valeur travail, qu’ils considèrent comme une libération. Ils plébiscitent d’ailleurs le travail, l’effort et le mérite dans les enquêtes d’opinion. Le chômage, l’assistanat, voilà la véritable aliénation qu’il nous faut dénoncer.

Il faudrait alors une révolution shumpeterienne en France, une économie tournée vers l’entrepreneuriat et l’innovation. Une économie où l’offre désinhibée par le progrès technique créerait naturellement de nouveaux emplois dans les secteurs innovants. Pour cela, nous n’avons pas besoin de l’État, nous avons besoin qu’il retourne au contraire à ses missions régaliennes. L’économie est notre affaire, reprenons le pouvoir aux technocrates et donnons-le aux véritables créateurs de richesses.

Florange : quand l’État flingue l’industrie française

Ce que certains appellent déjà le fiasco de la gauche n’est en fait pas imputable à une politique industrielle en particulier, mais à l’existence même d’un tel interventionnisme, pour ne pas dire une planification.

Il y a quelques mois, au cours de l’épisode SeaFrance, peu de décideurs politiques s’étaient posés les bonnes questions. Une société indépendante, une filiale de la SNCF, une SCOP couverte par Eurotunnel, quelle importance ? La vraie interrogation était de savoir si à l’heure du tunnel sous la Manche, des liaisons Eurostar et des compagnies aériennes low-cost, le ferry avait une quelconque viabilité économique. À l’évidence non. Sur le marché en déclin du ferry, le britannique P&O domine largement avec plus de 50% du marché. Faire un chèque à des salariés pour qu’ils le réinvestissent dans un projet sans aucun avenir était donc terriblement cynique. Je regrette l’attitude du gouvernement précédent dans ce dossier, que je soutenais par ailleurs. Il aurait dû dire qu’il était impuissant face à la "destruction créatrice" de l’économie décrite par Shumpeter, ce qui eut été parfaitement vrai. Le marché est un processus permanent de création, de destruction et de restructuration des activités économiques. En effet, selon Shumpeter, 'le nouveau ne sort pas de l’ancien, mais à côté de l’ancien, lui fait concurrence jusqu’à le nuire".  Le tunnel, l’Eurostar et l’avion low-cost ont contribué à la fin de SeaFrance, il fallait en prendre acte et passer à autre chose.

Mais l’État a monté une SCOP, rebaptisée "My Ferry Link", qui est aujourd’hui maintenue à flot par Eurotunnel. Le groupe met à disposition les bateaux et finance leur maintenance, sous la pression de l’État français. L’hypocrisie ne connaît pas l’alternance, et avec Montebourg elle a redoublé à Florange. Remuer du vent pour retarder l’échéance, voilà tout ce dont il s’agit.

Au XXIe siècle, à l’heure de la compétition internationale et des défis environnementaux, il apparaît comme impensable que les aciéries soient installées ailleurs qu’en bord de mer. Les composants venus du monde entier peuvent y être plus rapidement et plus facilement acheminés, les mêmes avantages concernant la livraison de la production.

Il y a donc pourtant des solutions à la désinstruliation et à la muséification de la France, c’est la libération du travail, la formation, la reconversion, la bataille pour la compétitivité. La plus grande difficulté est de dire quelles sont les activités du passé et du futur. Certains choix sont évidents, d’autres le sont moins, mais ils seront de toute évidence souvent douloureux tant ils provoqueront de la casse sociale à court-terme. Quoi qu’il en soit, le devoir de vérité et de neutralité des hommes politiques à l’égard les Français et des acteurs doit primer en toute circonstance. L’État ne peut pas tout, car il n’est plus à sa place. Le pragmatisme doit l’emporter sur la démagogie et le clientélisme. Oui, il faut le dire sans tergiverser, les ferries français sur la Manche, la sidérurgie en Lorraine, c’est terminé. Des secteurs disparaissent et de nouveaux marchés se créent, générateur de nouveaux emplois. L’innovation est la clé de l’emploi et de la croissance, la France doit enfin saisir sa chance.

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