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©Valery HACHE / AFP

Déconfinement

David Lisnard : « Édouard Philippe apparaît dans l’action et le travail là où Emmanuel Macron semble plutôt être dans la discussion et le commentaire »

La ville de Cannes a présenté un plan de déconfinement très précis, alors que son maire juge certains points du plan national flous, en particulier sur la question du dépistage.

David Lisnard

David Lisnard

Porte-parole de François Fillon durant la campagne présidentielle 2017, David Lisnard est maire de Cannes depuis le 5 avril 2014. 

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Atlantico : La mise en place d’un plan de déconfinement a-t-elle été difficile à mettre en place à Cannes, face aux injonctions parfois contradictoires du gouvernement ?

David Lisnard : La ville de Cannes a présenté un plan de déconfinement très précis. Depuis le début de l’épidémie, l’équipe de la mairie de Cannes a tenté de continuer de travailler à la protection de ses citoyens en sollicitant plusieurs avis (médicaux, juridiques, administratifs, financiers, techniques, logistiques) dans le but de déployer une action conforme à une stratégie globale préétablie. Nous travaillons sur ce plan de déconfinement depuis plus d’un mois. Nous l'avons orienté au fur et à mesure des décisions du gouvernement concernant les dates clés du déconfinement et les grandes mesures à mettre en place. Si l’épidémie se poursuit, nous devons parvenir à concilier l’exigence de protection sanitaire et la nécessité de reprise de la vie sociale et économique. Il faut permettre aux interactions sociales d’exister de nouveau sans pour autant risquer d’aggraver l’épidémie. Nous essayons de rester concentrés sur ce qui nous paraît pertinent, en gardant notre méthode de travail, en l’ajustant bien sûr au contexte législatif.  « Les mots justes trouvés au bon moment sont de l’action », disait Hannah Arendt. Le bon diagnostic, la bonne parole dans le bon tempo et adaptée aux circonstances, une communication précise, sont des éléments qui à mes yeux s’apparentent à l’action. 

La philosophie générale de l’État sur déconfinement me paraît être cohérente, évidente. Mais dans l’exécution de ce plan, certains points de doctrine demeurent flous, en particulier sur la question du dépistage. Il faut vraiment mettre en place un système de détection des cas du coronavirus offensif et qui permettent d’identifier les présymptomatiques et asymptomatiques et un suivi épidémiologique sérieux. Il faut donner de la priorité aux publics. Nous avons mis en place à Cannes une hiérarchie de personnes à tester au plus vite, en prenant en compte plusieurs paramètres: 
-  la maladie se transmet rapidement dans des lieux clos et de promiscuité
- les personnes les plus durement touchées par le Covid 19 sont les personnes âgées et en surpoids.

Aujourd’hui la doctrine de l’État est encore de dire « il faut attendre le 1er cas dans des EHPAD pour dépister ». Non, il faut dépister systématiquement dans tous les EHPAD, les résidents et les personnels, c’est la moindre des choses.  C’est ce que nous faisons dans notre ville depuis deux semaines. Dans des circonstances de crise, rester sur un ronron bureaucratique n’est pas possible. Il faut être rigoureux sur la labellisation des tests c’est évident, mais il faut être également rapide dans la prise de décision. Ce que malheureusement notre administration ne permet pas actuellement. 

Que peuvent faire les élus locaux pour réussir leur déconfinement, notamment sur le plan économique ?

Cela dépend de la mise en place de protocoles sanitaires, car la question de la reprise de l’activité économique est totalement corrélée à la question de la protection sanitaire. Je plaide depuis très longtemps pour la mise en place d’un plan de protection sanitaire par métier, qui est actuellement mis à l’oeuvre. En se basant sur un scénario de persistance de l’épidémie, il faudra concilier la vie économique et la lutte contre la propagation de la maladie. Le port obligatoire du masque dans les lieux de forte densité humaine ( commerces, marchés, rues piétonnes fortement fréquentées… ) déjà mis en place dans notre ville est une condition sine qua non pour permettre la reprise des échanges tout en évitant de recréer des chaînes de contamination. Le market place que nous avons créé préalablement à cette crise nous a permis de doter les commerçants de proximité d’une capacité promotionnelle, mais aussi de vente. Cela nous permet de réamorcer la pompe des échanges.

Demain nous lancerons une campagne de promotion où nous incitons nos concitoyens au civisme commercial, en soutenant nos commerçants locaux et en relocalisant leurs achats. Recréer de la confiance est au coeur de ce projet de réouverture de l’économie. Nous n’y arriverons pas sans. 

Quelle analyse portez-vous sur la perte de popularité de Macron face à Philippe et de l’attitude globale de l’exécutif face à cette crise ?

Si cela se confirme, cela pourrait révéler une dyarchie, une divergence de vues entre un président ouvert à la reprise économique et un ministre prudent sur les questions sanitaires. Cela serait très inquiétant. Une divergence au sommet de l’État se termine toujours mal. L’autre hypothèse s’appuie simplement sur une mauvaise organisation de ce gouvernement face à cette crise. Espérons qu’ils le résolvent rapidement. Concernant le point de vue de l’opinion, Édouard Philippe apparaît plus comme un homme dans l’action et le travail, tandis qu’Emmanuel Macron serait plutôt  dans la discussion et le commentaire. Cela pourrait expliquer le croisement des courbes de popularité auprès des Français. 

Beaucoup d’événements, dont le Festival de Cannes, seront annulés dans les 18 mois à venir. Quel en sera l’impact sur l’économie cannoise ?

Cannes est devenue, au gré des décennies, la première ville de France hors Paris dans l’organisation d’événements pour les professionnels (grands congrès, salons, festivals…). Nous vivons une période catastrophique. L’annulation de ces évènements symbolise pour nous l’arrêt total d’un pan essentiel de notre activité économique. Nous sommes totalement sinistrés. De ce point de vue, nous sommes peut-être la ville la plus sinistrée de France.  Nous avons besoin de perspectives, de protocole de capacité de réouverture, qui soient assortis à des scénarios épidémiologiques. Il faut de la visibilité et de la clarté. En attendant, ce sont des milliers d’emplois qui restent menacés.

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