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Dans les coulisses du retour de Jean-François Copé
©Reuters

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Dans les coulisses du retour de Jean-François Copé

Le maire de Meaux sera, mardi, l'invité de Marc-Olivier Fogiel et sort, mercredi, un livre programme. Il entamera ensuite une série de visites de terrain qui devraient déboucher sur une déclaration de candidature à la primaire en mai-juin.

Christelle Bertrand

Christelle Bertrand

Christelle Bertrand, journaliste politique à Atlantico, suit la vie politique française depuis 1999 pour le quotidien France-Soir, puis pour le magazine VSD, participant à de nombreux déplacements avec Nicolas Sarkozy, Alain Juppé, François Hollande, François Bayrou ou encore Ségolène Royal.

Son dernier livre, Chronique d'une revanche annoncéeraconte de quelle manière Nicolas Sarkozy prépare son retour depuis 2012 (Editions Du Moment, 2014).

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A vrai dire, ils ne font pas trop les fiers. A Meaux et ailleurs, les proches de Jean-François Copé sont inquiets. L'heure a sonné, celle du retour, celle du jugement qui, si les choses tournent mal, pourrait bien être le dernier. Ils l'ont tellement attendu ce moment et voilà maintenant qu'ils le redoutent. Jusqu'ici ils pouvaient, ensemble, s'entretenir dans une sorte d'illusion rassurante. De mirage apaisant. Se dire que la retraite de leur protégé avait créé un manque. Se raconter encore et encore l'accueil qui lui est réservé à chaque fois qu'il se déplace en province ou aux journées parlementaires comme cette année à Reims où il a enchaîné les selfies à la demande des militants.

 

Mais la province n'est pas Paris, les militants ne sont pas les électeurs. Et à l'approche du vrai retour, la petite bande s'inquiète: "c'est un quitte ou double. Où les journalistes, les élus et les Français lisent son livre et se disant wahooo, en effet, ça vaut le coup de s'y intéresser, ou il est mort", explique un proche pessimiste. Mais un autre de réfuter: "Je refuse cette idée du quitte ou double, un ancien président dont on a commémoré la mort récemment a connu de bien pires revers, je ne fixe pas pour Jean-François 2017 comme horizon, en 2022 il n'aura que 57 ans". Mais les plus audacieux ont beau fanfaronner, ce retour est un crash test d'importance. Et Jean-François Copé a tenté de mettre toutes les chances de son coté pour le réussir, il a aussi décidé de prendre tous les risques.

 

La première étape se déroulera sur le divan de Marc-Olivier Fogiel le 19 janvier prochain. Un choix étonnant et non sans risque. L'un de ses proches le reconnaît: "c'est une mise en danger pour lui". Ne pas faire de langue de bois sans tomber dans le pathos, le chemin est étroit mais, de son point de vue, nécessaire. L'ancien président de l'UMP a réalisé, durant ses longs mois de silence, "qu'avant de parler d'économie, d'éducation ou de sécurité, il devait parler de lui afin que les Français dépassent la caricature qui a été faite de sa personne. Il veut se livrer, répondre aux questions qui se posent, il veut faire connaître un autre Jean-François Copé, l'homme de Meaux, l'homme d'écoute". Ha, l'homme de Meaux, celui que ses amis et ses administrés connaissent mais qui n'a jamais passé le périphérique ! "Lorsqu'il arrive dans sa ville il n'est plus le même, il est moins stressé moins cassant", raconte une amie. L'homme de Meaux, celui qui sait fendre l'armure et que ses proches sponsorisent saura-t-il se matérialiser sur le Divan?

 

Le lendemain, le 20 janvier, ce sera au tour de son livre Le sursaut français de venir tapisser le chemin du retour. Un livre très personnel est annoncé, prise de risque encore: " Il y fait un mea culpa, il reconnaît quelques erreurs notamment au sujet de la guerre avec Fillon pour la présidence de l'UMP ». Mais là encore, l'entourage n'en mène pas large. « C'est un livre marquant mais comme on vit dans le monde du cynisme et du superflu, je ne sais pas comment il va être accueilli », reconnaît un fidèle compagnon de route. Mais Le sursaut français est aussi un livre politique dans lequel le député analyse la société française et propose une nouvelle méthode de gouvernance. Un ancien collaborateur explique : "Les Français qu'il a rencontrés durant ces longs mois lui ont souvent lancé : qu'est-ce qui nous dit que vous ferez ce que vous nous promettez. Et bien, il propose que dans les quatre mois qui suivent l'élection du président de la République une liste de mesures, qui auront été présentées pendant la campagne, soient mises en place par ordonnance. Car, dit-il, aujourd'hui les choses se font trop lentement, on nomme des experts puis des rapporteurs et au bout de deux ans la loi est enfin votée". Les ordonnances permettent de mettre les choses en place en quelques semaines et le Parlement servirait alors à contrôler et à améliorer le loi à posteriori. Voilà pour l'une des idées phare du livre, le reste est jalousement tenu secret afin de ménager l'effet de surprise.

Le troisième étage de la fusée se nomme Réconciliation. Pour bien montrer qu'il est un homme neuf, Jean-François Copé veut afficher son apaisement, sa magnanimité nouvelle. Et s'il a échoué à renouer avec François Fillon malgré de pressants appels du pied, "ils se croisent, ils changent" insiste l'entourage du maire de Meaux. Même chose avec l'ancien rival Xavier Bertrand. Le maire de Meaux l'a appelé pour le féliciter de sa victoire aux régionales et lors de sa première visite de terrain le 20 janvier à Lille, jour de la sortie de son livre, Jean-François Copé espère bien le croiser "même si rien n'est calé".

Mais le lieu n'a pas été choisi en fonction de Xavier Bertrand, "le Nord, c'est la France qui se bat, les symboles sont importants", explique un proche qui ajoute "Jean-François accordera une interview à la Voix du Nord, c'est un clin d'œil". Un avertissement même. Jacques Chirac avait, en effet, déclaré sa candidature dans ce journal en 1994, en pleine guerre avec Balladur alors soutenu par Nicolas Sarkozy. On sait qui fut le vainqueur. Le message est limpide, si Jean-François Copé s'est réconcilié avec ses ennemis d'hier, c'est pour mieux combattre... Nicolas Sarkozy.

Et ses proches n'ont pas de mots assez forts pour critiquer leur allié d'hier. « Son retour devait tout régler, on devait passer de l'ombre à la lumière, l'opposition devait rayonner, avoir un programme et au final on a quoi ? C'est quoi la droite aujourd’hui ? C'est la droite de Sarko ? Celle de Juppé? Le parti ne cesse de se rétrécir. Pourquoi avoir agit comme on l'a fait avec Nadine Morano? Qu'est-ce qu'on a apporté comme réponse aux régionales, on a viré NKM? Ça n'est pas au niveau ! ». Et un autre compagnon de route de s'étonner : « Si Nicolas Sarkozy veut gagner la primaire il doit chasser à droite car les terres du centre sont occupées par Juppé. Et lui, qu'est-ce qu'il faut ? Il tente de tuer tous ceux qui sont sur ce créneau, comme Nadine, comme Jean-François qui du coup vont se présenter et lui prendre les quelques pourcentages de voix qui vont l’empêcher de gagner ».

 

Car ce retour calibré, millimétré, est bien la première étape d'une candidature à la primaire même si l'entourage du maire de Meaux reste prudent. « Tout dépendra des circonstances et il verra comment ses idées sont accueillies, si les conditions sont réunies il se déclarera au début de l'été en mai ou juin ». Ils sont nombreux à le pousser à s'engager dans l'aventure : « qu'est-ce qui peut lui arriver de pire que ce qui lui ait arrivé l'année dernière ? », explique l'un d'eux. Et qu’on ne l’embête pas avec des histoires d’argent. Sa campagne, si campagne il y a, sera sobre. « C'est clair que lorsqu'on veut rentrer tous les soirs en hélico pour pouvoir dormir à Paris, ça ne coûte pas le même prix que lorsqu'on descend à l'Ibis » , lance vachard un ami de l'ancien ministre du budget. Quant aux parrainages nécessaires pour pouvoir être candidat, là encore l'équipe qui entoure le député est confiante : « Il y a encore beaucoup de gens qui l’aiment bien et qui l’aident et notamment tout ces jeunes maires dont il a permis l'élection en 2014 alors qu'il était encore à la tête de l'UMP et qui se souviennent ce qu'ils lui doivent ». A bon entendeur, salut. Copé est en embuscade et ne rêve que d'une chose, prendre sa revanche. Si les conditions sont réunies...

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