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Le nouveau numéro deux du pape François, Mgr Pietro Parolin, a rappelé au quotidien vénézuélien El Universal que le célibat des prêtres "n’était pas un dogme".
Le nouveau numéro deux du pape François, Mgr Pietro Parolin, a rappelé au quotidien vénézuélien El Universal que le célibat des prêtres "n’était pas un dogme".
©Reuters

Mariage pour tous ?

Dans le vide : le numéro 2 du Vatican évoque le mariage des prêtres mais ne peut ignorer qu'il reste hautement improbable

Le nouveau numéro deux du pape François, Mgr Pietro Parolin, a rappelé que le célibat des prêtres "n’était pas un dogme" et que cette question "pouvait être discutée".

Gérard Leclerc

Gérard Leclerc

Gérard Leclerc est un philosophe, journaliste et essayiste catholique. 

Il est éditorialiste de France catholique et de Radio Notre-Dame.

Il est l'auteur de l'Abécédaire du temps présent (chroniques de la modernité ambiante), (L'œuvre éditions, 2011). 

 

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Atlantico : Le nouveau numéro deux du pape François, Mgr Pietro Parolin, a rappelé au quotidien vénézuélien El Universal que le célibat des prêtres "n’était pas un dogme" et que cette question "pouvait être discutée". Qu'entend-il par-là ? Est-il vraiment possible de revenir sur cette question ?

Gérard Leclerc : Les propos du nouveau numéro deux du Saint-Siège ne sont pas une révélation. On a toujours su que le célibat des prêtres était une question de discipline ecclésiastique. A l’intérieur même de l’Église catholique, des "secteurs" orientaux comptent en leur sein des prêtres mariés. L’Église n’a jamais vu dans le mariage des prêtres une anomalie, mais dès les origines du christianisme, il apparaît que la chasteté constitue un impératif. Une logique établie par des ouvrages particulièrement savants a amené le sacerdoce catholique à adopter définitivement le célibat, en raison d’exigences propres. Ce sujet est souvent abordé de manière très légère, suivant le postulat selon lequel tout serait résolu si les prêtres pouvaient se marier. Pourtant, les hommes mariés désireux de devenir prêtres sont rares.  Ceux qui prônent cette solution n’ont aucune idée du problème.

Chez les Orthodoxes et les Catholiques de rites orientaux, le sacerdoce se fait « à deux vitesses ». Les prêtres mariés ne peuvent accéder à l’épiscopat. Seuls les moines, qui sont célibataires, le peuvent. Et ce dont on n’a pas vraiment conscience non plus en Occident, c’est que la structure de l’Église orthodoxe est fortement monastique. Le monachisme a une importance considérable pour les Orthodoxes, par conséquent le célibat reste prééminent.

Par ailleurs, le mariage des prêtres pose des problèmes, ne serait-ce que dans l’éducation des enfants. Les pasteurs protestants le savent. A cela s’ajoute le fait que prêtres et pasteurs ont des statuts différents. Un problème de double autorité du père se pose. De par son sacerdoce, il aura des relations difficiles avec ses enfants, qui auront du mal à s’identifier à un père dont l’autorité excède celle des pères dits normaux.

Comment la position de l’Église a-t-elle évolué dans le temps sur ce sujet ? Quelle est la raison de cette règle, entérinée par le Concile de Trente au milieu du 16e siècle ?

Dès l’origine, une insistance a été faite, non pas sur le célibat, mais sur la chasteté des prêtres. Tous les pères de l’Église vont dans le sens de cette obligation. De nombreux travaux font autorité en la matière. Il se trouve qu’une évolution irréversible amène au célibat sacerdotal. Ce que dit Saint Paul du célibat, par exemple, permet de comprendre beaucoup de choses. Pour ces raisons, revenir dessus semble très difficile.  Ajoutons que chez les Orthodoxes, les femmes de prêtres vivent de manière très effacée.

Quelle est actuellement la position de la Curie sur le sujet ? Comment pourrait-elle évoluer ?

La Curie n’a pas de position particulière, c’est l’épiscopat du monde entier qui s’est exprimé sur la question, notamment au cours de synodes sur le sacerdoce. A la quasi-unanimité, il s’est prononcé pour prolonger le célibat sacerdotal.  

Le fait que l’un des principaux représentants tu Vatican, en lien direct avec le pape François, ait communiqué sur cette question du célibat, n’est pas anodin. Quelle est sa signification ?

Il ne faut pas chercher à y voir une signification particulière. Cette question revient périodiquement, elle a d’ailleurs récemment été posée au cardinal Barbarin, entraînant une réaction médiatique immédiate. A la moindre allusion au mariage des prêtres, toutes les passions se déchaînent.  Pas une année ne passe sans que cela se produise.

Ceci dit, on remarque que ce cardinal, au regard des fonctions extrêmement importantes qu’il va exercer, n’a pas peur de parler aux médias, sur toutes sortes de sujets. Cela est très nouveau, et mérite d’être suivi. Son prédécesseur, le cardinal Bertone, ne s’exprimait pas aussi facilement.

Quelles seraient les conséquences, au plan matériel et spirituel, d'un tel changement ? 

Le prêtre célibataire se consacre totalement à l’Église et son ministère. Celui qui est marié ne peut pas avoir la même disponibilité, et se trouve confronté à des questions matérielles. L’Église de France est pauvre, et ne peut pas subvenir aux besoins de toute une famille. Il faudrait alors qu’ils travaillent, et n’auraient plus assez de temps à consacrer à leur ministère.

L’Église catholique connaît en Europe une crise des vocations, qui touche même l’Espagne et l’Italie, où son ancrage est pourtant le plus fort. Autoriser le mariage des prêtres est souvent présenté comme une façon d'endiguer ce phénomène. Qu'en est-il réellement ?

Encore une fois, les candidats n’existent pas. Depuis Vatican II, des hommes mariés peuvent accéder au diaconat, mais leur fonction n’est pas celle d’un prêtre. La cohabitation entre le mariage et la prêtrise est décidément trop compliquée. Ceci dit, l’Église n’est pas entièrement fermée : à titre d’exemple, sous Benoît XVI des prêtres anglicans mariés ont été acceptés dans l’Église, sans avoir à mettre un terme à leur mariage. La règle générale, en revanche ne sera pas entamée.

George Orwell a écrit La fille du Pasteur. Il avait observé que le climat d’un presbytère était très particulier. Cette fille est tellement marquée par la vie intérieure qu’est celle d’un presbytère qu’elle ne parvient pas à s’en émanciper. L’auteur nous donne une image de ce qu’est le sacerdoce marié, et nous en fait découvrir les exigences : les enfants sont contraints à une subordination dont les conséquences peuvent être négatives.

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