Dans la tête de Jean-François Copé | Atlantico.fr
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Jean-François Copé.
Jean-François Copé.
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L'homme qui n'abdique jamais

Dans la tête de Jean-François Copé

Jean-François Copé a déposé vendredi à l’Assemblée deux propositions de loi sur la transparence de la vie politique : sur la transparence des campagnes présidentielles et sur la transparence financière. Il l’avait annoncé en mars en réaction aux révélations sur l’affaire Bygmalion publiée dans Le Point.

Ségolène de Larquier

Ségolène de Larquier

Journaliste politique pour Le Point, en charge de l'UMP et du FN.

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Frédéric  Dumoulin

Frédéric Dumoulin

Chef du service politique de l'Agence France Presse (AFP), il est co-auteur de "Copé l'homme pressé" paru chez l'Archipel en janvier 2010 avec Solenn de Royer.

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Atlantico : Comment peut-on expliquer l’attitude de l’ancien président de l’UMP qui dépose ses propositions de loi en pleine affaire Bygmalion ? En quoi s’estime-t-il totalement légitime pour déposer ces propositions malgré les révélations ?

Ségolène de Larquier : En déposant ce texte il se fait un peu passer pour une victime alors que ses collègues députés le désignent comme l’un des complices du système de double facturation à l’UMP. C’est une manière de détourner l’attention. Sa stratégie, c’est attaquer pour mieux se défendre. Il est assez amusant de constater qu’il fait ça après les révélations de Mediapart sur le prêt du groupe UMP à l’Assemblée. Il faut aussi rappeler que François Fillon avait demandé la transparence sur les comptes alors que Jean-François Copé ne l’a pas appliqué au sein du parti. Il est convaincu d’être innocent dans l’affaire Bygmalion et il criait au complot dès le début de l’affaire. Dans sa tête, tout est logique : il a promis qu’il déposerait son texte et il le fait, avec un peu de retard toutefois. C’est une façon de faire encore parler de lui en disant qu’il est innocent ; une semaine après l’audition de Jérôme Lavrilleux, c’est un petit coucou pour dire qu’il a vraiment déposé ses textes.

Frédéric Dumoulin : Cela parait curieux, surtout qu’il les a annoncées au lendemain des révélations du Point. Là il les dépose après avoir tout perdu. Ca aurait eut plus de panache de les défendre quand il était président de l’UMP. Il a chuté et n’a plus rien à perdre. C’est une opération main propre qui peut apparaître tardive. Il avait à l’époque conditionné le fait de dévoiler les comptes de l’UMP au vote d'un texte concernant tous les partis, ce qui à priori avait peu de chances d'aboutir. Avant de laver plus blanc que blanc il faut commencer par soi-même. Il dit partout qu’il est innocent et que cette affaire n’est pas la sienne. C’est pour prendre l’opinion à témoin et dire qu’il n’a rien à voir avec ça, c’est aussi un signal symbolique en direction de l’opinion et une façon de montrer qu’il faudra compter pour lui par la suite et qu’il est toujours dans le jeu politique. S’il avait mis un terme à la politique, il ne s’embêterait pas avec ça.

Jean-François Copé clame son innocence dans l’affaire Bygmalion et affirme qu’il n’a jamais su. A quelle logique personnelle le fait qu'il tienne à porter ces propositions de loi malgré le contexte répond-il ? Qu'est-ce que cela révèle de son caractère ? Voit-il l'affaire Bygmalion comme un simple obstacle sur son parcours qu'il s'agit simplement de contourner ?

Ségolène de Larquier : Sa stratégie, c’est d’être droit dans ses bottes et d’être un homme de parole, de dire "je l’ai promis et je l’ai fait". Beaucoup disent dans son entourage que ce n’est pas un homme capable d’introspection, qu’il n’est pas capable de se remettre en cause. S’il s’était remis en cause il aurait peut être abandonné sa proposition de loi. Même les plus proches de Jean-François Copé ont été surpris par son annonce de dépôt d’un texte sur la transparence de la vie politique. Ses proches disaient à l’époque qu’il avait perdu la tête, qu’il était enfermé dans une bulle avec Jérôme Lavrilleux et que la politique le faisait devenir fou. Il était entouré de gens qui le considéraient comme un demi-dieu et qui sera élu président de la République. C’est plus qu’une étape. Je pense qu’il est conscient de sa traversée du désert. Un proche de François Fillon disait qu'il aurait assez d'eau... C’est pour lui la plus grosse épreuve après sa défaite aux législatives de Meaux en 1997 lors d’une triangulaire.

Frédéric Dumoulin : Si comme il le dit il est innocent, c’est une façon de laver son honneur et si jamais ce n’était pas le cas ça serait un déni total de la réalité. Certains font un parallèle avec Jérôme Cahuzac mais je ne le ferais pas. Certains hommes politiques peuvent parfois s’enfermer dans un déni. Dans son entourage il y a des gens qui disent qu’il a des zones d’ombre chez lui, qu’il est imprudent, a un rapport décomplexé à l’argent, ce qui lui fait prendre des risques. Les mêmes disent toutefois qu’ils ont la quasi-certitude qu’il n’était pas au courant. C’est quelqu’un qui a une assurance folle mais ce n’est pas un monstre froid. Il est beaucoup dans l’affect. Il ne se remet pas forcément en cause, il a été surprotégé et choyé par sa mère quand il était petit. Il n’a pas de faille psychologique. En même temps, certains disent qu’il est tellement sur de son fait et qu’il est le centre du monde qu’il est naïf. Il pense que tout le monde va rouler pour lui car il est le meilleur. C’est quelqu’un qui n’abdique jamais. Pour lui c’est une incongruité de quitter la politique comme l’avait annoncé un moment Renaud Muselier. Pour lui, quand on tombe de cheval, il faut repartir immédiatement.

En quoi son attitude est-elle proche d'un Mitterrand après l'affaire du faux attentat de l’Observatoire en 1959 ? Est-il un animal politique de la même trempe que l'ex-président socialiste ?

Frédéric Dumoulin : Il a la même trempe politique, c’est sûr. Il a fallu 22 ans à François Mitterrand pour être élu président à la suite de cette affaire. Jean-François Copé n’a toutefois jamais été populaire et avant cette affaire il n’avait réussi à plaire ni aux Français ni aux sympathisants de droite. L’affaire du faux attentat est une affaire rocambolesque de pieds nickelés, ce qui n’est pas le cas de l’affaire Bygmalion.

L’ancien ministre délégué au Budget de Jacques Chirac est un homme sûr de lui. Il a toujours cru en ses chances de devenir un jour président de la République. En est-il toujours convaincu ? Comment peut-t-il rebondir politiquement et quel est son plan ?

Ségolène de Larquier :Oui il y croit. Il confie même qu’il pourrait être candidat à la présidence de l’UMP s’il y avait un vide en novembre. Il compte sur la Justice et le compte-rendu judiciaire de Bygmalion. Il veut vraiment être blanchi, et vise toujours en être en 2017. Pendant sa pause médiatique, il reprendra sa robe d’avocat et son Club Génération France. Il a toujours eu un rapport à l’argent particulier, il a toujours eu le souci de ne pas dépendre de la politique.

Frédéric Dumoulin : Il y a quelques années, il était sûr d’être président de la République. Il croit en lui mais pas pour 2017, plus en 2022. Il pense chaque seconde de sa vie à être président de la République, tout est orienté vers ça. Qu’il ait envie de revenir est une évidence mais qu’il puisse le faire, c’est une éventualité. Il ne faut pas le sous-estimer, je ne suis pas sûr que les autres leaders de la droite aient la même trempe. Son plan B est de réactiver Génération France. Son silence ne durera pas longtemps, même si dans son entourage, on dit qu’il ne reprendra pas la parole avant le début 2015.

Propos recueillis par Julien Chabrout

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