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Damien Abad : « Laurent Wauquiez a compris que Ia droite devait sortir du dogme du sang et des larmes »
©ERIC FEFERBERG / AFP

Entretien politique

Damien Abad : « Laurent Wauquiez a compris que Ia droite devait sortir du dogme du sang et des larmes »

Le député LR de l'Ain organise, le 13 septembre, un bilan du tour de "France des territoires" organisé par des parlementaires Républicains. Fracture territoriale, identité, économie... Il revient pour Atlantico sur les grands débats qui agitent le parti.

Damien Abad

Damien Abad

Damien Abad est député et de l’Ain et troisième vice-président des Républicains.

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Atlantico : Le tract lancé par Laurent Wauquiez et son slogan « Pour que la France reste la France » semble avoir divisé Les républicains. Virginie Calmels le trouve "anxiogène", en déplorant de ne pas avoir été consultée. Elle évoque un "dysfonctionnement" et regrette que les sujets économiques soient absents du discours des Républicains. De quels dysfonctionnements ce tract est-il révélateur ? En ne consultant personne, il savait que des conflits allaient éclater. Quelle est la stratégie de Laurent Wauquiez ?

Damien Abad : Il n'y a pas de honte à parler de culture, d'identité et de racines dans un tract. Je suis de ceux qui pensent que nous ne devons pas laisser au FN le monopole du drapeau français. La France appartient à tout le monde et il faut savoir poser des mots sur des maux. Ce tract n'a pas fait l'objet de validation en bureau politique car il est un outil de communication qui vise la mobilisation sur le terrain et qui a deux objectifs : mobiliser nos fédérations dans le cadre du printemps des républicains et montrer que l'on peut être une force d'opposition à la politique menée par le gouvernement. Les équipes dirigeantes sont là pour prendre des décisions sur les grands sujets mais pas forcément sur les outils de communication. Tout cela doit faire l'objet d'échanges entre nous et certainement qu'il y a des voies d'améliorations mais toutes les propositions sont les bienvenues et Laurent Wauquiez est un homme ouvert.

Le «Tour de France des territoires», mission que vous présidez, organise le 13 septembre son bilan avec l'ensemble des 50 parlementaires participant aux travaux de la mission. Quel est l'objectif ? Bruno Retailleau fait également un tour de France de son côté, pourquoi ces initiatives chacun de son côté ?

L'objectif est de réfléchir à la fracture territoriale et d'imposer ce thème dans le débat public. Il s'agit de mettre la lumière sur les différences entre les territoires urbains, les périurbains et les territoires ruraux. Cette mission qui a commencé il y a près d’un an est orientée autour du thème de la ruralité et à son issue nous ferons des propositions sur ce thème des fractures. L'idée est d'avoir une proposition par thème, une dizaine au total pour alimenter le débat public. La réunion dans l'Ain, en septembre prochain, sera l’occasion de présenter notre Livre blanc sur la France des territoires.

Cette mission est faite dans le cadre du groupe parlementaire. L'objectif est de fédérer les idées et de fédérer les initiatives. Le but est aussi de prendre le temps et de revenir aux fondamentaux, et de partir du terrain pour faire des propositions concrètes et pas simplement parler du parti. Nous exerçons notre mission parlementaire.

Face à la "guerre commerciale" entamée avec les Etats-Unis, pensez-vous qu'Emmanuel Macron et l'Europe réagissent avec la détermination nécessaire pour défendre les intérêts européens ? 

Il y a beaucoup de discours, de mots et peu d'actes. La vérité aujourd'hui c'est que l'Europe est trop naïve dans ses échanges avec les autres. Nous avons aujourd'hui besoin d'une Europe plus forte et plus unie, notamment dans la compétition commerciale mondiale. Aujourd'hui on attend d'Emmanuel Macron et des autres États membres pas simplement un catalogue de bonnes intentions mais surtout des actes forts qui soient pris notamment de la part de la Commission européenne de manière à ce que l'on puisse répondre à ce qui s'apparente quand même à une guerre commerciale. On ne peut pas accepter les taxations de l'acier et de l'aluminium par les Etats-Unis sans une réaction concertée, forte, de l'Europe. Je rappelle que l'Europe est le premier marché mondial et que nous avons des arguments à faire valoir. Nous ne pouvons plus être l'Europe naïve qui ne se soucie pas de la protection des Français et des Européens dans leur ensemble. Aujourd'hui, malheureusement, la réaction n'est pas à la hauteur de ce qu'il est en train de se passer Outre-Atlantique.

Sur l’ouverture du G7 et le risque d’un G6+1 que pensez-vous de la position d’Emmanuel Macron qui s’est montré assez agressif vis-à-vis de Trump en le menaçant d’isolement ? Qu’aurait fait LR de différent ? 

Il y a un peu de schizophrénie dans la position d'Emmanuel Macron vis-à-vis de Donald Trump. Il y a quelque temps on voyait les deux présidents bras dessus bras dessous et aujourd'hui nous avons un président qui joue les gros bras.

Ce comportement m'inspire la réflexion que la diplomatie internationale ne doit pas être la politique du cavalier seul. Là où le président commet une erreur, même s'il a rehaussé l'image de la France à l'international, c'est que sa stratégie empêche toute diplomatie européenne collective.

Quand on parle de l'Iran, du G7, de la guerre commerciale… Sur tous ces sujets il y a besoin de discours et d'initiatives communes de manière à pouvoir peser dans le concert des nations. C'est ce qu'il manque et c'est pour cela qu'il y a une absence de résultat. La stratégie des LR aurait été l'inverse et aurait été de chercher une position commune avec nos partenaires afin d'obtenir des résultats. L'image, c'est bien, mais les actes comptent plus. Il faut aujourd'hui avoir une diplomatie de l'entrainement et non pas de l'isolement.

Les questions économiques, au sein des instances créées par Laurent Wauquiez, sont-elles négligées comme le disent de concert Virginie Calmels et Valérie Pécresse ? 

Non je ne pense pas. Les questions économiques et sociales ont toute leur place au sein de notre famille politique. Je rappelle qu'on aura des conventions thématiques sur les questions économiques qui arrivent. Laurent Wauquiez a compris que la droite devait sortir du dogme "Du sang et des larmes" pour donner un vrai espoir aux salariés. Il souhaite donner une vraie dimension sociale à son projet afin de redonner de l'espoir aux Français. Il est particulièrement attaché aux questions de pouvoir d'achat, de redistribution et de défense des classes moyennes. Je suis de ceux qui plaident pour que cette dimension sociale soit induite et que l'économie ne soit pas le maillon faible dans la politique des républicains.

Mais pour remettre du contexte il faut rappeler que nous avons eu la loi asile immigration, des événements dramatiques sur le territoire national qui ont fait que l'on a pu donner le sentiment de privilégier les sujets régaliens. Mais Les Républicains marchent sur leurs deux jambes. Une jambe pour les sujets régaliens et une autre pour les sujets économiques et sociaux.

Si parfois on a l'impression que l'emballage est de droite dans la politique de Macron on se rend compte que le contenu est plus souvent de gauche et il est hors de question qu'on laisse seul le président de la République sur les thématiques économiques et sociales car nous avons de vrais arguments à apporter.

Toujours en matière économique, entre la ligne protectrice des excès du néolibéralisme de Laurent Wauquiez et une ligne plus libérale incarnée par Virginie Calmels, comment pensez-vous que les LR devraient se positionner ? 

Le libéralisme économique est d'autant plus efficace qu'il s'accompagne de mesures sociales pour améliorer le pouvoir d'achat des Français. Pour être très concret : oui la droite doit faire des économies sur les dépenses publiques, oui la droite doit accompagner un certain nombre de réformes comme celle de la SNCF mais elle doit aussi tenir un discours pour les classes moyennes, sur le pouvoir d'achat, sur la revalorisation du travail… Ce champ de la solidarité ne doit pas être abandonné. Le libéralisme n'est pas synonyme de dérégulation mais traduit une économie de marché qui doit être régulée. Il n'y a pas à opposer les discours mais à nous de trouver une colonne vertébrale qui permette de prôner le libéralisme économique tout en n'oubliant pas la protection sociale et la solidarité.

Ce qui a manqué au projet présidentiel c'est cette dimension sociale dans le travail et la question de la justice dans les réformes. L'injustice des réformes que l'on voit aujourd'hui dans les décisions du gouvernement doivent nous permettre de faire des propositions concrètes.

Un sondage de l'institut IFOP réalisé pour Fiducial/Paris Match/Sud Radio place pour la première fois les LR derrière le RN (ex FN) dans les partis qui incarnent le mieux l'opposition. Comment interprétez-vous ce résultat ? N'y voyez-vous pas le résultat des dissensions qui traversent la droite ? 

La différence entre les LR, et le Front National ainsi que La France insoumise c'est qu'eux pratiquent le sprint quand nous pratiquons le marathon. Leur sprint est un sprint aux décibels. Notre but à nous est de nous imposer comme un parti de gouvernement et une alternative sérieuse pour les Français. Ce qui est important pour nous c'est la crédibilité. Quand on défend la réforme de la SNCF évidemment que l'on apparait moins comme un opposant par rapport aux extrêmes. Par contre, ce que l'on perd en audience on le gagne en crédibilité. Nous défendons cette réforme car c'est quelque chose que nous avons toujours soutenu et la question de la cohérence est importante. A partir de là il faut accepter aujourd'hui d'être dans un marathon. Comme on le sait Emmanuel Macron n'est pas François Hollande et une partie de notre électorat a été sensible à son discours. Aujourd'hui ces mêmes constatent que les résultats ne sont pas forcément au rendez-vous. Aujourd'hui il faut tout simplement que la droite soit la droite. Posons-nous les bonnes questions : comment se fait-il que les Français n'aient jamais été autant à droite et que nous n'ayons jamais été autant éloignés du pouvoir ?

Faire revenir les électeurs prendra du temps et de l'énergie et nous sommes aujourd'hui dans cette démarche. Je ne pense pas que le résultat de ce sondage soit l'expression d'une sanction. C'est plus lié au fait qu'Emmanuel Macron lui-même veut organiser son opposition sur les extrêmes. Il faut arriver dans ce contexte à créer une dynamique et montrer que notre parti va de l'avant.

Un des thèmes déjà mis en avant pour les élections européennes par Laurent Wauquiez est celui de l'immigration. Est-ce qu'il n'y a pas un paradoxe à vouloir un rassemblement en organisant la campagne autour d'un thème aussi clivant ? 

C'est une erreur de dire que ce thème est clivant. Laurent Wauquiez a raison de le porter dans le débat public. Il faut parler au niveau européen de la question migratoire car je suis persuadé que les initiatives nationales seules ne suffiront pas pour résoudre la question des flux migratoires. On le voit bien aujourd'hui. L'Europe est absente dans la crise migratoire actuelle. Nous avons Lampedusa et Calais car l'espace Schengen est devenu une passoire. L'agence Frontex n'a pas les moyens de faire son travail. Les politiques entre les États membres sont plus des politiques de dumping migratoire que des politiques de collaboration.

L'immigration doit être un sujet sur lequel nous devons être capables de travailler ensemble. Au moins entre quelques pays. Selon un sondage la première des attentes des Français au niveau européen est sur cette question migratoire. C'est donc là un vrai sujet à traiter mais que l'on doit aborder de manière dépassionnée. C'est un sujet important, difficile, complexe qui mérite mieux que des anathèmes et des débats à l'emporte-pièce.

Marion Maréchal est au cœur de l'actualité avec l'ouverture de son école et plaide aujourd'hui pour un "rassemblement des droites" comment interprétez-vous cette initiative ?

L'union des droites est une chimère mortifère pour Les Républicains. Le Rassemblement National ne doit pas se racheter une crédibilité sur le dos de notre famille politique. Les Français ont compris pendant l'élection présidentielle que le Front National ne voulait pas le pouvoir et qu'en plus ils étaient en incapacité de l'exercer.

Il faut être très clair sur ce sujet. Ce que nos sympathisants nous demandent ce n'est pas d'aller courir après le Front National ou de courir après le centre mais que la droite soit de droite. Ils nous demandent de ne pas avoir seulement le verbe haut mais aussi une action forte. Je note simplement que toute volonté d'union des droites vient soit par des gens du Front National, soit par des anciens du Front National ou des gens qui sont à la recherche de notoriété politique ou en quête de relance de leur carrière. C'est un chemin qui n'est pas à arpenter et un sujet sur lequel Laurent Wauquiez a appelé à la fermeté. Ce qui n'empêche évidemment pas d'aller parler aux électeurs. Ce sont deux choses totalement différentes.

Les élections en Italie montrent l’ampleur du risque populiste en Europe et le rejet de la politique européenne par les peuples. Comment le président Macron, avec un discours libéral, peut-il conserver une influence et un leadership français au sein de l'UE ?

Il ne faut pas avoir de condescendance par rapport à cette montée du populisme en Europe. Ce serait une erreur lourde. Cette montée exige de nous une double prise de conscience. D'abord nous devons être dans une politique qui dit ce qu'elle fait et qui fait ce qu'elle dit. C’est-à-dire une politique du résultat et non pas une politique de l'impuissance publique. Deuxièmement, nous devons tirer des leçons sur l'Europe. Je fais parti de ceux qui défendent l'Europe mais nous devons réfléchir à une nouvelle Europe. Une Europe qui doit prendre en compte ce besoin de protection qu'expriment ces montées du populisme. Il faut s'occuper aujourd'hui des grands sujets comme la PAC, l'énergie, l'immigration… Le paradoxe aujourd'hui dans les opinions publiques sur l'Europe c'est qu'elles n'ont jamais autant rejeté l'Europe et en même temps elles n'en ont jamais demandé autant. Tout le monde nous dit que sur la régulation financière ou le réchauffement économique les initiatives doivent se faire au niveau européen.

Le problème avec Macron, c'est qu'avec son catalogue de bonnes intentions, il incarne cette Europe de l'impossible, cette Europe de l'impuissance et cette Europe technocratique. Il nous faut changer de braquet en Europe. C'est n'est pas avec les discours que l'on connaît aujourd'hui que nous y arriverons. Il faut remettre la politique au cœur de l'Europe. Il y a là une place à occuper entre les partisans d'une Europe fédéraliste et très dérégulé comme Emmanuel Macron et les populistes souverainistes qui ne conduiront qu'à des frustrations.

Il y a un espace à occuper mais il est nécessaire d'entendre la colère qui gronde à travers le continent.

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