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Cyril Hanouna, bouc-émissaire du nouvel ordre moral
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Procès pudibond

Cyril Hanouna, bouc-émissaire du nouvel ordre moral

Cyril Hanouna, dans son émission "Touche pas à mon poste!" sur C8, multiplie les blagues de mauvais goût. Cet humour contestable fait l'objet d'une lourde campagne d'intimidation de la part de la pensée unique et de sa police zélée dans les médias: le CSA.

Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe est le fondateur du cabinet Parménide et président de Triapalio. Il est l'auteur de Faut-il quitter la France ? (Jacob-Duvernet, avril 2012). Son site : www.eric-verhaeghe.fr Il vient de créer un nouveau site : www.lecourrierdesstrateges.fr
 

Diplômé de l'Ena (promotion Copernic) et titulaire d'une maîtrise de philosophie et d'un Dea d'histoire à l'université Paris-I, il est né à Liège en 1968.

 

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Je fais partie d'une génération pour qui Cyril Hanouna est un OVNI. Quand, par mégarde, je tombe sur l'une de ses émissions, je ne comprends aucun des codes qu'il utilise et je vois rarement l'intérêt des mises en scène auxquelles il recourt. D'ailleurs, je trouve qu'une émission de télévision consacrée à la télévision participe d'un nombrilisme qui me plaît peu.

La liberté d'être de mauvais goût

J'ai longtemps peiné à comprendre pourquoi les relations entre Hanouna et le reste du PAF suscitaient autant d'engouement. Sauf à ce que le personnage ne permette de booster les audiences des médias qui lui consacrent des papiers, on voit d'ailleurs mal pour quelle raison tant d'animosité se produisent. 

Les animateurs devraient être libres de pratiquer le mauvais goût si cela leur fait plaisir. 

Bien-pensance et mauvais goût

Manifestement, les grands donneurs de leçons démocratiques ne partagent pas mon esprit libéral. Tous ceux qui combattent le Front National parce qu'il menace les droits de l'homme combattent aussi Cyril Hanouna parce qu'il pratique la provocation. Homophobe, sexiste, humiliant, et tout et tout. 

Au nom de toutes ces valeurs sacrées, il faut faire taire l'animateur de télévision. Ainsi va la République qu'on nous propose. 

La police morale à la télé

On se souvient qu'un proche de Marine Le Pen, durant la campagne, avait fait fureur en proposant de moraliser la télévision et d'y censurer les contenus qui déplaisent. Sa sortie, comme la montre la vidéo que nous reproduisons, avait suscité un tollé.

Pourquoi créer un ordre de journaliste, c'est vrai! puisque le CSA fait très bien l'affaire et se charge désormais de faire respecter la morale sur les chaînes de télévision. 

Le CSA et ses décisions

La lecture des décisions plonge tout de même dans un abime de perplexité. 

Dans la première décision, le CSA invoque un "défaut de retenue dans la diffusion d'images susceptibles d'humilier les personnes" (Hanouna avait montré la réaction de l'un de ses chroniqueurs face à une agression physique simulée).

Dans sa deuxième décision, le CSA considère que la chaîne n'aurait pas dû diffuser une scène enregistrée où une animatrice pose sa main à hauteur du sexe d'Hanouna, les yeux bandés. Le CSA juge qu'il s'agit d'une "situation dégradante" et qui "véhicule une image stéréotypée des femmes".

Voici des délits d'offense à la morale précautionneusement châtiés, ou je ne m'y connais pas. 

Le retour de l'offense à la morale

Pour comprendre le sens profond de ce qui vient de se passer, on relira ici les conclusions du procureur impérial Pinard lorsqu'il a requis contre Madame Bovary:

"après les citations viendra l'incrimination qui porte sur deux délits ; offense à la morale publique, offense à la morale religieuse. L'offense à la morale publique est dans les tableaux lascifs que je mettrai sous vos yeux, l'offense à la morale religieuse dans des images voluptueuses mêlées aux choses sacrées."

Le CSA n'aurait pas dit mieux. Mon propos n'est bien entendu pas de confondre Hanouna et Flaubert, mais de souligner la dérive morale à laquelle nous assistons en France, et qui interdit progressivement des libertés jugées tout à fait naturelles il y a quelques années encore. 

En réalité, nous entrons dans une ère pudibonde, et les pouvoirs publics se considèrent comme investis du rôle de revenir à l'ordre moral. 

L'ordre moral bienpensant triomphe

Et donc, quelles sont les valeurs de l'ordre moral qui s'instaure en France à grand renfort de condamnations pénales, financières et de bannissements officiels loin des médias subventionnés ? C'est l'ordre des bobos bien-pensants, de cette gauche modérée qui diffuse partout des interdits et des injonctions de répéter des fausses vérités, des post-vérités diraient certains. 

Par exemple, montrer une femme mettre sa main à la hauteur du sexe d'un homme, c'est une situation dégradante, une image stéréotypée de la femme.

Le procureur Pinard le disait très bien en requérant contre Flaubert:

"L'art sans règle n'est plus l'art ; c'est comme une femme qui quitterait tout vêtement. Imposer à l'art l'unique règle de la décence publique, ce n'est pas l'asservir, mais l'honorer. On ne grandit qu'avec une règle."

À toute émission de télévision, il faut des règles conformes à la décence publique. Sous le Second Empire, était indécente la représentation de l'adultère. Sous la Cinquième République, l'indécence retrouve sa tradition. 

L'obsession des limites

Ce qui guide ce mouvement de retour à l'ordre moral, on le sait très bien, c'est l'angoisse que les bobos nourrissent à l'endroit des pulsions humaines. La névrose hystérique a pris le pouvoir. Il faut partout, être excellent, modéré, retenu, raisonnable, c'est-à-dire refouler ce qui, en nous, nous angoisse.

Ils se disent bienveillants. En réalité, ils sont simplement pudibonds. 

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