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Crise du Covid-19: pourquoi la stratégie gouvernementale vire au désastre économique
©ludovic MARIN / POOL / AFP

Effets pervers

Crise du Covid-19: pourquoi la stratégie gouvernementale vire au désastre économique

Serge Federbusch revient sur les choix du gouvernement liés au chômage partiel notamment et s'interroge sur les conséquences désastreuses de la crise du Covid-19 sur le plan économique pour le pays.

Serge  Federbusch

Serge Federbusch

Serge Federbusch est président du Parti des Libertés, élu conseiller du 10 ème arrondissement de Paris en 2008 et fondateur de Delanopolis, premier site indépendant d'informations en ligne sur l'actualité politique parisienne.

Il est l'auteur du livre L'Enfumeur, (Ixelles Editions, 2013) et de Français, prêts pour votre prochaine révolution ?, (Ixelles Editions, 2014).

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Il ne s’agit pas ici de s’interroger sur la pertinence du confinement quasi-généralisé imposé par le gouvernement pour lutter contre la diffusion du virus. Le débat est nourri par ailleurs. Nous dirons simplement que l’uniformité sur tout le territoire, l’absence de fermeture immédiate des frontières, le désordre dans la gestion des masques et des tests ou encore l’ostracisme contre les structures de soins privées ont contribué à l’aggravation de la crise.

Admettons pourtant que le confinement tel qu’il a été imposé soit légitime et efficace du point de vue sanitaire et examinons plutôt le traitement de ses conséquences économiques.

Saisi de vertige par l’arrêt de la production qu’il ordonnait, l’Etat a axé sa réponse sur la mise en assistance respiratoire des entreprises via principalement le dispositif de chômage partiel. S’y sont ajoutées des mesures de prêts garantis et une petite aide pour les TPME et indépendants obligés de cesser le travail ou frappés par la volatilisation de leur clientèle.

Ce choix du chômage partiel est une erreur funeste dont la France commence seulement à réaliser la gravité. Certes, comme un anesthésique massif, il a permis à plus de douze millions de salariés, un nombre énorme, de ne pas sentir pendant deux mois ou plus les effets de la crise. Le beau temps de ce printemps merveilleux de 2020 a ajouté à l’irréalité de la situation et en a fait un doux moment pour beaucoup de Français.

Mais il faut comprendre que cette narcose revient à financer intégralement par le déficit public et donc par la dette un arrêt complet de la production de nombreuses entreprises.

L’action de l’Etat se traduit par une dépense immédiate correspondant à une destruction totale de richesse du fait du gel de l’activité de l’entreprise concernée. Un euro de chômage partiel égale un euro de dette publique et zéro euro de production réelle. C’est pour cette raison arithmétique que la chute du PIB en France a été la pire au monde pendant le confinement.

Cette réponse publique n’a rien à voir avec le keynésianisme qu’on pourrait qualifier de « classique » qui tend à compenser des chutes brutales de la demande par une hausse des investissements publics financée par la dette ou l’impôt. Dans le cas du Covid et du chômage partiel il ne s’agit en rien de dépenses préparant l’avenir mais du simple maintien temporaire des revenus des chômeurs.

L’intuition keynésienne, discutable en soi mais ce n’est pas le sujet, est que pour des raisons d’anticipations mal coordonnées les agents économiques peuvent ne pas trouver, en cas de crise, par le libre jeu du marché et l’ajustement des prix, les conditions d’un retour à la croissance. Dans notre cas, il ne s’agit pas d’une défaillance possible du marché mais de la volonté de gommer entièrement quoi que temporairement les effets d’une catastrophe. L’Etat a mis en quelque sorte sous cloche l’économie et a pris à sa charge, ou plutôt à celle des épargnants qui un jour ou l’autre paieront les pots cassés par l’inflation et/ou la faillite dudit Etat, le dispositif de maintien des revenus.

Les effets pervers de cette situation sont terribles et commencent à se faire sentir. Aucune reprise dynamique n’est à attendre de la sortie de ce dispositif. Au contraire des Etats-Unis qui ont fait subir aux entreprises et à leurs salariés la dure conséquence du virus mais qui ont également laissé les prix s’ajuster et ont parallèlement lancé une politique d’investissements publics couplée à des aides ciblées aux ménages, la France a adopté une politique purement passive. 

Dès lors que les salariés devront sortir du dispositif d’indemnisation que l’Etat n’a plus les moyens de le financer et retourner dans leurs entreprises l’atonie de la demande en laissera un nombre considérable sur le carreau. 

Il faut s’attendre au passage du statut de chômeur partiel à celui de chômeur standard d’au moins un million de salariés d’ici à la fin de l’année 2020. Les conséquences sociales de cette situation seront terribles quand bien même les systèmes de protection sociale assureraient encore un rôle amortisseur.

Ces dépenses colossales commencent à être évaluées plus précisément. Messieurs Lemaire et Darmanin parlent désormais de 52 milliards d’euros de déficit au titre de la sécurité sociale et 220 milliards à celui de l’Etat pour 2020. Ces chiffres donnent le vertige. A titre de rapide comparaison, le montant du déficit public, en 2019, était de 72, 8 milliards ce qui traduisait déjà un dérapage après 2018 du fait des coûts engendrés par le CICE et par la crise des Gilets Jaunes. Autre comparaison terrifiante, en 2019 le montant total des recettes nettes de l’Etat était de 278 milliards d’euros soit peu ou prou le montant attendu des déficits publics cette année. 

Cette course folle vers le précipice budgétaire n’est pour l’heure masquée que par les promesses de rachat de titres de la dette publique française par la Banque centrale européenne à hauteur de 20 % et par la Banque de France - autorisée pour ce faire par la même BCE - à hauteur de 80 %. Mais ces interventions ne sont encore que des annonces. On peut se demander comment l’Allemagne et les marchés financiers accepteront que la France bénéficie de ce traitement de faveur quand l’arrêt récent de la Cour constitutionnelle de Karlsruhe va très probablement empêcher la Bundesbank d’en faire autant pour la dette germanique. Les fourmis allemandes devraient financer par l’impôt ou placer auprès d’institutions financières privées une dette que les cigales françaises verraient réglée par la planche à billets européenne dans la même monnaie ? Cette situation serait tellement irrationnelle et injuste que, même dans le monde doux-dingue où nous vivons, il est peu probable qu’elle soit acceptée par les électeurs de la CSU, le parti gouvernemental allemand, qui désormais sont les maîtres ultimes de l’Europe.

Enfin nous aurons une pensée pour les TPME et PME, bien moins aidées en France qu’aux Etats-Unis alors pourtant qu’elles sont des pourvoyeuses majeures d’emplois. Les plans Trump ont accordé 400 milliards de dollars d’aides aux petites entreprises contre 500 milliards aux grandes et très grandes. En France, les indépendants et les structures modestes doivent se battre avec les formulaires pour recevoir de chiches aides se montant souvent à 1 500 euros mensuels au maximum. Quant à la question cruciale des loyers, elle n’est pas réglée. A ce train, beaucoup d’entre ces « petits » ne passeront pas l’hiver. On mesure à nouveau à quel point l’Etat est en France le portefaix des oligarques et des grands groupes soutenus dans le même temps à coup de dizaines de milliards d’euros.

Décidément, l’étrange coronavirus aura été la goutte d’eau qui fera déborder le vase des inégalités, mensonges et faux-semblants d’une France en désarroi. 

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