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Crise : pourquoi le monde virtuel de la finance est rattrapé par le monde réel des ressources naturelles
©Reuters

Bonnes feuilles

Crise : pourquoi le monde virtuel de la finance est rattrapé par le monde réel des ressources naturelles

Depuis 2009, tous les experts et hommes politiques analysent la crise de 2008-2009 comme un dérèglement d’abord et avant tout "financier". Deux économistes hollandais, spécialistes des marchés pétroliers, montrent en quoi cette logique est une impasse, car reposant sur un diagnostic profondément erroné. Extrait de "La Crise incomprise" (1/2).

Les politiques économiques se sont en permanence concentrées sur des questions virtuelles. Le monde, si on le considère dans sa totalité, ne peut pas être endetté – à moins de l’être vis-à-vis de Mars ou de Jupiter ! Le monde virtuel de la finance est rattrapé par le monde réel des ressources naturelles que nous continuons à brûler à un rythme toujours plus rapide alors même qu’elles sont en train de s’épuiser. La croissance économique et la richesse réelles sont créées par le travail qui s’appuie sur des machines et de l’énergie, et non en déplaçant des masses d’argent et de dettes virtuelles ; c’est ce que les pays occidentaux paraissent avoir oublié.

Où ces politiques nous ont-elles vraiment conduits ?

La transition énergétique a été ralentie avec les conséquences suivantes ;

Les producteurs n’ont pas d’informations fiables concernant l’évolution de la demande de pétrole, de sorte qu’ils hésitent à investir, aussi bien dans les nouveaux pétroles que dans les énergies alternatives.

Ceux qui ont investi dans les nouveaux carburants l’ont fait à fonds perdus car leurs projets ont le plus souvent échoué. A l’avenir, ils seront donc plus réticents à investir.

Les prix sont devenus extrêmement volatils, car le monde n’est pas en mesure de s’adapter de façon suffisamment rapide aux évolutions marginales de l’offre et de la demande de pétrole.

Les consommateurs n’optent pas assez vite pour les énergies alternatives, car ils manquent de certitudes sur les nouveaux carburants qui vont s’imposer. Pourquoi investir dans des panneaux solaires si cet investissement s’avère en définitive si peu rentable ?

Finalement, la fonction de signalisation du prix a été complètement érodée. Or, pour un marché où l’on dispose de peu d’informations fiables sur l’offre et la demande présentes et encore moins futures, le prix est le seul indicateur à pouvoir donner des informations sur la réelle rareté du pétrole et sur l’évolution future du marché.

Keynes avait raison lorsqu’il conseillait de stimuler l’activité économique par des dépenses publiques. L’activité économique par des dépenses publiques. L’activité économique ainsi induite devait permettre au gouvernement de recouvrer son « investissement » sous forme de recettes fiscales accrues. Mais Keynes n’avait jamais envisagé que les dépenses puissent durer des décennies ou que les Etats ne puissent recouvrer leurs investissements. Or c’est précisément ce que l’Occident fait depuis 40 ans, et continue de faire. En plus d’avoir mal appliqué les idées et les politiques de Keynes, les gouvernements ont déployé toute une batterie de moyens pour supprimer le coût du capital afin de doper encore plus l’économie.

Précisons, pour qu’il ne subsiste pas d’ambigüité, que les gouvernements occidentaux se sont employés depuis des années à « fixer le prix de la monnaie » : c’est ce que l’on appelle plus communément « fixer le taux d’intérêt ». Ce taux est actuellement proche de zéro, ce qui a produit toutes sortes de conséquences inattendues. Cette politique modifie les conditions générales de production et de consommation, elle influence nécessairement le prix du pétrole. Jusqu’ici le résultat de ces politiques est plutôt décevant, c’est le moins que l’on puisse dire. Il n’existe pas de substitut à la libre fixation des prix pour répartir correctement les ressources et orienter les consommateurs dans une économie de marché. Pour pouvoir diriger l’économie et aller à l’encontre de cette règle, les apprentis sorciers qui nous gouvernent auraient besoin d’être omniscients, ce qui n’est pas le cas. En supprimant le mécanisme des prix, nous découvrons qu’en vérité nous en savons bien peu et nous barbotons de crise en crise.

Extrait de "La Crise incomprise - Quand le diagnostic est faux les politiques sont néfastes", Oskar Slingerland Maarten van Mourik, (Les éditions du Toucan), 2014. Pour acheter ce livre, cliquez ici.

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