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Criminalité : ce que cachent encore les chiffres sur la très forte hausse des meurtres en France
©Reuters

Supercherie

Criminalité : ce que cachent encore les chiffres sur la très forte hausse des meurtres en France

Au cours du printemps dernier, le taux d'homicide en France aurait augmenté de 16%. Une augmentation qui étonne de part son importance.

Xavier Raufer

Xavier Raufer

Xavier Raufer est un criminologue français, directeur des études au Département de recherches sur les menaces criminelles contemporaines à l'Université Paris II, et auteur de nombreux ouvrages sur le sujet. Dernier en date:  La criminalité organisée dans le chaos mondial : mafias, triades, cartels, clans. Il est directeur d'études, pôle sécurité-défense-criminologie du Conservatoire National des Arts et Métiers. 

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Atlantico : La criminalité aurait augmenté de manière fulgurante en France au cours du printemps dernier avec un total de 248 homicides soit une augmentation de 16%. Comment expliquer une telle augmentation ? 

Xavier Raufer :Comparaison janvier-juillet 2018 - janvier-juillet 2019

Homicides + coups & blessures volontaires

ayant entrainé la mort

Mois

2018

2019

janvier

76

75

février

58

49

mars

64

81

avril

84

84

mai

77

72

juin

84

75

juillet

84

101

total

jan-jui 2018 : 527

2019 : 537 - +1,8 %

Quelle "augmentation fulgurante" ? Les toutous-Castaner des médias-aux-ordres se sont bien sûr rués sur l'os qu'on leur jetait - incapables qu'ils sont, ou déshabitués, de chercher des données puis de les pondérer eux-mêmes, calculette en main. Prenons les chiffres de l'office statistique (SSMSI) du ministère de l'Intérieur. Comparant des faits comparables sur la stable base des sept mêmes mois, deux années de suite pour lisser un possible pic mensuel, il y a certes hausse, mais légère : + 1,8%.

Pourquoi donc l'estivale panique ? Incompétence? Magouille destinée à masquer de plus sombres réalités sur l'état réel de la sécurité en France sous Macron-Castaner-Belloubet ? S'agissant d'un ministère désormais tricheur-en-série, l'option 2 paraît plus sûre - d'autant plus, avec l'usage du honteux truc de com' consistant à annoncer ce qui fâche la veille du 15 août, quand la France est en vacances.

Alors pourquoi, selon vous, une telle opération de diversion a-t-elle été mise-en-place ?

L'estivale diversion vise sans doute à camoufler, derrière quelques tueries, un crime de masse qui désormais ravage la France et face auquel, l'Intérieur et son pauvre ministre semblent désarmés. Là-dessus, quelques marqueurs (eux aussi officiels) de la criminalité du quotidien, que le gouvernement cache aux Français :

BRAQUAGES À DOMICILE : effrayants et souvent violents cambriolages commis en présence des occupants, ± 30% des ± 250 000 cambriolages de résidences principales, ± 75 000 par an, ± 205 par jour et ± 8 par heure,

VOLS À LA FAUSSE QUALITÉ : sous divers prétextes, de faux agents de l'EDF ou policiers-bidon, vont chez des gens âgés ou fragiles voler argent et bijoux - 8 800 par an, 24 par jour, un par heure.

Autres inquiétants marqueurs : ceux de la mainmise territoriale de bandes criminelles sur les "territoires perdus de la République" :

CAMÉRAS DE VIDÉOPROTECTION détruites et sabotées partout en France, dans des cités et quartiers hors-contrôle que déjà, les forces de l'ordre évitent plutôt.

ÉMEUTES AU QUOTIDIEN (notre base documentaire CRIMINO en tient la liste)  à chaque instant et sous tout prétexte (accident... fête...) en fait vouées à chasser la police des quartiers pour y protéger le business criminel ; d'abord, un toujours plus massif trafic de stupéfiants.

Or ni policiers ni caméras égale une police dans le noir, sans idées de ce qui se trame dans ces fort sanctuarisées "Cours des miracles" contemporaines.

Revenons aux homicides : le Sirasco, unité de renseignement criminel de la PJ, cite le crime organisé parmi les motifs de la hausse. Note-t-on vraiment une poussée manifeste du banditisme et du crime organisé en France ? 

Maîtres de leurs fiefs des quartiers hors-contrôle entourant les métropoles, les caïds des bandes criminelles doivent y éliminer la concurrence, nouveaux venus, rivaux, etc. D'où, d'abord, le lynchage ou le tir aux jambes, puis l'assassinat - chez les hors-la-loi, les deux seuls barreaux de l'échelle des peines. Là aussi, voici les chiffres : sur ± 800 homicides en moyenne en France les années passées, 77 "règlements de compte entre malfaiteurs" en 2018. Les bandits ne s'entretuent ni par plaisir, ni pour entrer au Livre des Records, mais selon une stricte logique coût-profit. Imaginons qu'il y ait vingt de ces "règlements de comptes" en plus des autres, une centaine au total - pas de quoi bouleverser Landerneau - d'autant plus que les trucidés sont eux-mêmes des racailles ou des caïds.

Si ces chiffres semblent important, qu'en est-il dans le reste de l'Europe ?

Synthèse de données (Eurostat-UE, Conseil de l'Europe...) un Europe Crime Index donne la prévalence criminelle des pays d'Europe, pour une sélection d'infractions : homicides, braquages, etc. Voici ce qu'il dit de la France (par rapport à ses voisins, plus la Russie) ; ce n'est pas brillant.

1 - FRANCE : 46, 39(donc, le pire)

2 - ITALIE : 45,02,

3 - ROYAUME-UNI : 42,72,

4 - BELGIQUE : 42,46,

5 - ALLEMAGNE : 34,51, (malgré un million de migrants...)

6 - ESPAGNE : 32,46,

7 - SUISSE : 21,37.

... Même la Russie est moins impactée par le crime que la France (41,93) ! //

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