Surendettement : le principe de précaution fait des petits | Atlantico.fr
Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
Consommation
Surendettement : le principe de précaution fait des petits
©

Zone franche

Surendettement : le principe de précaution fait des petits

Un « fichier positif » des demandeurs de crédit à la consommation pour lutter contre le surendettement ? A quand un dispositif public contre les mariages chancelants et la maladie ?

Hugues Serraf

Hugues Serraf

Hugues Serraf est journaliste et écrivain. Son dernier roman : Deuxième mi-temps, Intervalles, 2019

 

Voir la bio »

La vieille idée d’un « fichier positif » des emprunteurs refait surface et pourrait bien voir le jour dans les mois qui viennent, à la grande satisfaction d’un certain nombre d’associations de consommateurs (pas toutes, heureusement…). L’idée générale, devant l’accroissement du nombre de ménages surendettés (+5% sur un an), est de recenser la totalité des prêts déjà accordés à un individu et de permettre à un commerçant d’accéder à ces informations avant d’autoriser l’achat d’une machine à laver à tempérament…

A priori, ça a tout d’une excellente idée : les banques sont gérées par des crapules irresponsables dont le seul projet dans la vie est de conduire de braves gens sans histoires à la ruine à coups de revolving et il est grand temps de leur taper sur les doigts !

En deuxième analyse, les choses sont toutefois un poil plus complexes. Selon la Banque de France, plus de 70% des dossiers retenus par la commission de surendettement sont de nature « passive », découlant de l’un de ces fameux « accidents de la vie » (chômage, divorce, maladie…) sur lesquels le fichier positif n’aura évidemment aucun impact…

« C’est que le recours au crédit à la consommation reste très peu développé chez nous, confirme Nicolas Pécourt, directeur de la communication de Crédit Agricole Consumer Finance, du moins si on le compare à ce qui se passe dans d’autres pays. Fin 2010, l’encours par habitant en France était à peine de 2 400 euros, contre 2 800 pour l’Allemagne, 3 998 pour la Grande-Bretagne, 5 800 pour les États-Unis et plus de 10 000 euros pour le Canada. Ça ne signifie pas qu’il faille atteindre de tels niveaux, mais ça permet de relativiser l’importance de ce facteur sur les difficultés financières des Français… »

Mieux, en pourcentage de la consommation des ménages de l’Hexagone, ce type de crédit représente tout juste 12,7% du total quand la moyenne européenne est à 16,2%, les Danois à 19% et les Britanniques à 24% !

Las, au pays du principe de précaution constitutionnalisé, mieux vaut prévenir que guérir en protégeant la population de ses vices et démons potentiels. Et puis, empêcher des adultes responsables de gérer leurs finances comme ils l’entendent et autoriser les vendeurs de chez Darty à accéder à leurs informations confidentielles, c'est tellement plus facile que de faire baisser le chômage, rabibocher les couples chancelants et éliminer la maladie...

En raison de débordements, nous avons fait le choix de suspendre les commentaires des articles d'Atlantico.fr.

Mais n'hésitez pas à partager cet article avec vos proches par mail, messagerie, SMS ou sur les réseaux sociaux afin de continuer le débat !