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Dans le 93, Najat Vallaud-Belkacem a annoncé la création de 500 postes supplémentaires en urgence.
Dans le 93, Najat Vallaud-Belkacem a annoncé la création de 500 postes supplémentaires en urgence.
©Reuters

Bon courage

Création de postes de profs en Seine-Saint-Denis : reste à trouver les candidats….

A la veille de grève organisée par plusieurs syndicats d'enseignants dans le 93 ce jeudi 20 novembre, Najat Vallaud-Belkacem a annoncé la création de 500 postes supplémentaires en urgence. Pourtant, le véritable problème de l'enseignement en Seine-Saint-Denis ne se trouve pas tant dans les financements de nouvelles places que dans les candidatures des aspirants professeurs.

Mathilde Monnier

Mathilde Monnier

Mathilde Monnier enseigne dans un collège de Seine-Saint-Denis depuis une dizaine d'années. Elle s'exprime ici sous couvert d'anonymat.

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Isabelle Guigon

Isabelle Guigon

Isabelle Guigon est enseignante depuis 25 ans à Bondy, dans le département du 93. Elle est également secrétaire départementale du syndicat d'enseignants SE-UNSA 93.

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Atlantico : Pour faciliter le recrutement des 500 postes supplémentaires dans le 93, le dispositif annoncé prévoit une date spécifique de concours et des pré-recrutements rémunérés. Comment analyser l'annonce de Najat Vallaud-Belkacem ? Plus globalement, en quoi sera-t-il suffisant ou au contraire à quelle problématique ne répond-elle pas ?

Isabelle Guigon :  Cette réponse rapide en ce sens est satisfaisante, mais elle ne répond que partiellement aux problématiques auxquelles nous sommes confrontés aujourd'hui. Bien qu'il nous manque effectivement 500 enseignants dans le premier degré, le fait d'ouvrir ces postes ne répond pas entièrement à la problématique, qui se retrouve davantage dans la stabilisation des équipes. Un volet qu'on a pu voir abordé, mais pas suffisamment. Maintenant que nous avons les financements de postes, je crains que nous n'ayons pas les candidatures

Si l'on observe les différentes mesures, comme le renforcement de l'éducation prioritaire -mesures indemnitaires pour les enseignants-, nous pouvons dire qu'elle va dans le bon sens, comme toutes les mesures incitatives. Mais c'était davantage un choc que nous aurions voulu voir, comme le disent les préconisations que nous avions proposées début novembre (à l'Unsa, syndicat d'enseignants ndlr). Si mes collègues étaient vraiment mieux payés, d'une part ils resteraient plus longtemps, mais nous aurions moins de difficultés pour les attirer.

L'instauration d'une date de concours est aussi une bonne chose, mais il aurait fallu élargir le dispositif EAP (Emploi d'avenir professeur ndlr) à tous les étudiants de master, et plus uniquement aux élèves boursiers comme c'est le cas actuellement. 

La mesure concernant une meilleure affectation des jeunes enseignants en fonction des besoins territoriaux nous inquiète en revanche un peu plus. Une partie du Nord-Ouest du 93 est une zone où les enseignants ne veulent pas rester. Et on ne peut pas condamner des titulaires expérimentés dans cette partie-là. L'équilibre entre enseignants expérimentés et jeunes n'a pas été abordé.

En revanche, la création de postes aurait pu être tout à fait utile dans les services administratifs. Si les contractuels aujourd'hui ne touchent pas leurs indemnités en temps et en heure, c'est bien parce que la charge de travail est trop importante, et que ces services sont surchargés. 

Concrètement, à quelles problématiques les enseignants se heurtent-ils ?

Mathilde Monnier : On ne peut pas penser que les 90 euros de revalorisation permettront d'attirer, et de surtout conserver les enseignants en Seine-Saint-Denis. Sur l'accompagnement des professeurs, on semble vouloir nous proposer que le dispositif d'alternance sera amélioré, avec une plus grande efficacité de gestion. Il y a une dizaine d'années, les stagiaires ne travaillaient que 6 heures par semaine. Aujourd'hui ils en font le triple, du fait du manque d'effectifs expérimentés. C'est un rythme insensé, et le fait qu'ils soient confrontés à cet environnement difficile peut amener à de vrais problèmes de découragements, voire de traumatismes.

En termes de formation, les annonces de Najat Vallaud-Belkacem ne s'apparentent finalement qu'à des mesures d'urgence, pour désamorcer la grève qui était prévue, mais elle ne s'attaque pas au fond du problème. Ce qu'il est important de revoir, c'est la formation des enseignants. Aujourd'hui, les cours dispensés  abordent principalement les programmes à traiter en classe. Théoriquement, c'est bien entendu ainsi que cela devrait se passer, sauf que les futurs enseignants ont surtout besoin d'une formation pour accompagner ces enfants souvent défavorisés, pour savoir gérer une classe difficile. Or ce problème là n'est quasiment pas abordé.

Par exemple, la majorité de mes élèves ne parle français qu'à l'école. Au niveau du vocabulaire, de la grammaire, de l'orthographe, nous partons donc de loin. Même si les parents d'élèves les soutiennent et qu'ils ont une bonne volonté, nous avons besoin d'être présents à leurs côtés. Notre rôle ne se limite plus au professeur, nous devons, en plus, être une assistante sociale, voire une maman ! 

Quelles sont les mesures concrètes qui permettraient effectivement d'attirer les enseignants en Seine-Saint-Denis ?

Isabelle Guigon : Il est nécessaire d'attirer de nouveaux professeurs et de les stabiliser. Toutes les mesures qui permettront d'inciter cette stabilisation, et de bien montrer que les pouvoirs publics sont conscients des efforts, seront appréciées. Pour élargir le recrutement à la province, il serait bon par exemple de proposer une aide au logement. Bien qu'elle n'attire pas les enseignants, les prix de l'immobilier en Seine St Denis sont bien plus élevés qu'ailleurs en France. Pour 700 euros par mois, un nouvel arrivant aura un studio d'une vingtaine de mètres carrés, contre une maison avec jardin à Nancy ! L'indemnité de résidence en Ile de France est aujourd'hui complètement désuète, et représente 3% ou 2% du salaire annuel. C'est grâce à une accumulation de ce type d'aides que nous pouvons réellement faire venir les enseignants en Seine St Denis.

Comment le recrutement des enseignants s'organise-t-il ? 

Isabelle Guigon : Je sais que Pôle emploi fait beaucoup de campagnes de phoning auprès des jeunes diplômés par exemple. Mais le problème, c'est qu'il faudrait assurer une attraction locale pour que les effectifs des enseignants soit pérenne. Et nous n'avons pas le vivier de diplômés suffisant pour cela. C'est le poisson qui se mord la queue ! Encore une fois, les conditions de travail dans le 93 ne sont pas les mêmes qu'ailleurs. Et les mêmes moyens ne donneront donc pas les mêmes effets. Nous allons donc dans le bon sens avec les annonces de Najat Vallaud Belkacem, mais elles ne doivent pas être considérées comme acquises.

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