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Un système de ventilation installé dans une salle de classe en Allemagne.
Un système de ventilation installé dans une salle de classe en Allemagne.
©DANIEL ROLAND / AFP

Prévention

Covid-19 : recréer les conditions d’aération de l’extérieur en intérieur, l’idée (réalisable) qui pourrait tout changer à la gestion de l’épidémie

Le sujet de l’aération en intérieur semble crucial pour endiguer la transmission du coronavirus, qui se fait essentiellement par aérosolisation et non par contact sur des surfaces, comme on le pensait au début de l'épidémie.

Loïk Le Floch-Prigent

Loïk Le Floch-Prigent

Loïk Le Floch-Prigent est ancien dirigeant de Elf Aquitaine et Gaz de France, et spécialiste des questions d'énergie.

Ingénieur à l'Institut polytechnique de Grenoble, puis directeur de cabinet du ministre de l'Industrie Pierre Dreyfus (1981-1982), il devient successivement PDG de Rhône-Poulenc (1982-1986), de Elf Aquitaine (1989-1993), de Gaz de France (1993-1996), puis de la SNCF avant de se reconvertir en consultant international spécialisé dans les questions d'énergie (1997-2003).

Dernière publication : Il ne faut pas se tromper, aux Editions Elytel.

Son nom est apparu dans l'affaire Elf en 2003. Il est l'auteur de La bataille de l'industrie aux éditions Jacques-Marie Laffont.

En 2017, il a publié Carnets de route d'un africain.

 

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Jérôme Marty

Jérôme Marty

Président de l'Union française pour une médecine libre, Jérôme Marty, est médecin généraliste et gériatre à Fronton, près de Toulouse.

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atlantico : Le sujet de l’aération en intérieur semble crucial pour endiguer la transmission du virus. En quoi les détecteurs de Co2 sont-ils un bon outil pour surveiller la qualité de l’air ?

Loïk Le Floch-Prigent : Il apparaît clairement que la transmission du virus se fait essentiellement par les aérosols, des particules liquides ou solides suffisamment petites pour rester en suspension dans l’air pendant un temps long: leur transport se réalise sur des distances plus longues qu’imaginé au départ de la pandémie. L’aération des endroits où sont concentrés des individus est donc essentielle pour combattre la contamination. Les activités à l’extérieur apparaissent les plus sûres(c’est vérifié par tous les résultats de recherche depuis le début de la pandémie) mais il est difficile d’envisager la vie sociale et économique, en particulier hivernale, en multipliant les courants d’air de toutes les pièces en continu. Il semble qu’un bon indicateur de la nécessité de renouveler l’air dans une salle soit la concentration de CO2, chaque individu étant émetteur. Il y a beaucoup d’instruments de mesure de la qualité de l’air, mais les capteurs de CO2 sont bon marché, et peuvent donner une première indication sur un seuil à partir duquel il est impératif de renouveler l’atmosphère. Compte tenu du nombre de salles à équiper (éducation, cinémas, théâtre, restaurants, ateliers, bureaux…), il faut bien un outil d’alerte pas trop cher à large diffusion et si le capteur de CO2 montre son efficacité c’est sûrement lui qu’il faut choisir. Ensuite il faut déclencher une aération ou une purification de l’air selon les cas, car on ne peut pas toujours ouvrir les fenêtres.

Jérôme Marty : On sait que le virus se transmet essentiellement par aérosol en lieux clos. Il n'y a pas d'exemple de contamination de masse en extérieur. Le but est d'avoir un système qui permet de voir quand l'air, potentiellement chargé de particules virales, doit être renouvelé en aérant pour diminuer le nuage viral. Le détecteur de CO2 permet de voir à quel moment il faut ouvrir les fenêtres. Imaginez 35 élèves dans une classe fermée, vous allez voir que le taux de CO2 bondit très vite.

L'air intérieur est beaucoup plus pollué que l'air extérieur. On ne dit pas qu'il y a un rapport entre le CO2 et la présence virale. Le C02 augmente proportionnellement au nombre de personnes présentes qu'elles soient contaminées ou non. Mais le CO2 donne une idée du niveau de ventilation du lieu.

Le but ultime est de reconstituer à l'intérieur les conditions de l'extérieur pour faire chuter le taux de contamination. Des études montrent qu'en aérant suivant le niveau d’un détecteur, on peut amener les contaminations quasiment à zéro.

Il existe plusieurs utilisations possibles. On peut disposer d’un détecteur de co2 et aérer manuellement quand on voit qu’un certain seuil est atteint. On sait qu’au-delà de 1 000 ppm (partie par million, nombre molécules de polluant sur un million de molécules d’air), il faut ouvrir les fenêtres. Si on veut être dans les conditions de l'extérieur, il faut aérer dès qu'on dépasse 500 ppm. Dans une entreprise, on pourrait imaginer un détecteur de CO2 relié à un écran qui affiche le taux et que tout le monde peut surveiller.

En hiver, on ne peut pas vivre les fenêtres ouvertes. La deuxième étape serait donc d'asservir les détecteurs de CO2 à des VMC et des purificateurs d'air.

Ces capteurs sont largement déployés dans les classes allemandes. En France, ils sont seulement “préconisés” dans les cantines. Pourquoi un tel retard ?

Loïk Le Floch-Prigent : De nombreuses expériences existent en France dans des salles de classes et surtout dans les cantines scolaires à l’initiative le plus souvent de chefs d’établissements. Les industriels manufacturiers se mobilisent aussi pour mieux protéger leur personnel en augmentant la qualité de leurs purificateurs d’air pour atteindre des filtrages équivalents au masque FFP2. Chacun a bien le sentiment que nous allons vivre une longue période avec ce virus ou d’autres et qu’il va falloir continuer à exister, éduquer et produire sans parler de tous les autres aspects de la vie sociale. Le confinement, le télétravail, le chômage partiel et les couvre-feux ne sont que des pis-aller pas forcément efficaces, mais en tous les cas provisoires. Les allemands qui sont les producteurs de beaucoup de matériels à utiliser en ce qui concerne la mesure et la qualité de l’air sont allés très vite dans les expérimentations. Nous nous débattons pour notre part dans un océan de normes et règlements imaginés dans une période avant COVID et nous avons du mal à imposer des expériences rapides, originales et efficaces sans remplir des liasses de papiers et recevoir les tampons nécessaires. Nous souffrons donc de la bureaucratie soviétique que nous avons fabriquée. Il reste cependant des gens courageux qui vont de l’avant et l’on peut espérer qu’ils vont arriver à bousculer les choses.

Jérôme Marty : Le ministère évoque enfin le sujet, ça fait des mois que les médecins en parlent. Le prix ne doit pas être le problème. Un détecteur seul (sans système de VMC relié) ne coûte qu'environ 80 €.

Aujourd'hui, la problématique, c’est le stock. Les détecteurs de CO2 font l’objet d’une forte demande au niveau mondial. Et il y a déjà des ruptures de stock.  Aujourd'hui la France est surprise parce qu'elle ne s'est pas suffisamment penchée dessus.

Le ministère doit se saisir du problème. Il pourrait faire un appel d'offres par exemple. Mais il devrait se dépêcher. Ça fait un an que la pandémie dure et un an qu'on nous explique qu’il ne se passe rien dans les écoles...

Où en est la recherche sur le sujet ? Des entreprises françaises développent-elles ce type d’outil ?

Loïk Le Floch-Prigent : Nous possédons tous les outils nécessaires pour travailler. Ce sont des produits catalogues qu’il suffit d’assembler pour répondre aux situations spécifiques, capteurs, dispositifs d’alerte, déclencheurs, purificateurs… Il s’agit donc d’ingénierie aéraulique qui est utilisée tous les jours en milieu professionnel, ateliers, usines…en particulier en pharmacie, chimie, métallurgie. On se doit d’avoir dans beaucoup de métiers une purification d’air exceptionnelle et les instruments de mesure sont impitoyables. Désormais il faut se concentrer sur le virus qui est l’infiniment petit et rentrer dans des budgets serrés car il faut viser à la généralisation. Il se trouve que notre industrie n’a pas une grande tradition sur les matériels utilisés, qui sont plutôt allemands, suisses, autrichiens et américains…même finlandais et chinois! Mais cela n’a pas une grande importance car ce sont des sociétés moyennes d’ingénierie d’assemblage qui vont être sollicitées puisque toutes les réalités sont différentes (Regardez OBERA en Alsace par exemple). Mais ces nouveaux métiers «Covid», il ne faut pas les négliger, il faut rapidement les promouvoir et c’est là que le secteur public éducatif, sanitaire…se doit d’être le moteur et le soutien des initiatives françaises. Puisque l’on nous parle de «relocalisation «, eh bien chiche, que toutes les administrations plutôt que de dépenser l’argent en chômage partiel demandent aux multiples petites sociétés d’ingénierie aéraulique françaises de venir faire des expérimentations dans leurs locaux. Ce n’est plus le moment de se plaindre, il est temps d’agir et voilà une merveilleuse occasion de le faire, chaque expérience réussie pouvant servir aux autres. Depuis des semaines les spécialistes d’algorithmes, comme Dassault Systèmes, se préparent à simuler les variations de paramètres de la qualité de l’air permettant de rouvrir cinémas, théâtres, restaurants, musées, et autres lieux sociaux de culture et de loisirs, ils pourront faire de même pour les établissements scolaires, ils sont déjà dans les ateliers de fabrication des médicaments et les hôpitaux. Il faut simplement la volonté politique de considérer l’urgence de la situation et d’oublier les formulaires d’une autre époque qui voudraient régenter une réalité dont ils ignorent tout. Il n’est plus l’heure de confiner, il faut, au contraire purifier les milieux confinés et créer dans les salles où qu’elles soient la qualité de l’air extérieur qui élimine la capacité de contamination de ce virus et de tous les autres.

Jérôme Marty : Des systèmes existent déjà pour d'autres types de pollution. Il y a des expériences qui ont été menées avant la crise du Covid pour la pollution aux particules fines. Au lieu de surveiller les particules fines vous surveillez le C02, ce n'est pas très compliqué.

Si on avait étudié ça pour les restaurants, peut-être qu'on aurait pu les rouvrir. Ça demande une installation qui ne coûte pas si cher. Il suffit juste de le prévoir et de l'étudier, ce qu'on n'a pas fait. On aurait pu créer pour toutes les activités en intérieur l'équivalent d'un « hackathon », c’est-à-dire regrouper des dizaines de start-ups pour les faire travailler sur un projet. On leur aurait demandé de trouver une solution innovante pour les restaurants, la culture. Au lieu de ça, on décide de fermer. Ça peut se comprendre dans les premiers mois, mais pas au bout d'un an.

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