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La présidente du Medef Laurence Parisot aux côtés de Jean-Marc Ayrault. En ouvrant mercredi l'université d'été du Medef, le Premier ministre a promis aux chefs d'entreprise de restaurer la compétitivité de l'économie française, mais sans donner de précisi
La présidente du Medef Laurence Parisot aux côtés de Jean-Marc Ayrault. En ouvrant mercredi l'université d'été du Medef, le Premier ministre a promis aux chefs d'entreprise de restaurer la compétitivité de l'économie française, mais sans donner de précisi
©Reuters

Tout ça pour ça

Courte vue : Jean-Marc Ayrault veut mener la bataille de la compétitivité mais oublie le coût du travail

Le Premier ministre s'est rendu mercredi à l'université d'été du Medef. Il s'est adressé en particulier aux PME, pour lesquelles le gouvernement devra présenter un plan spécifique dans les semaines à venir.

Philippe David

Philippe David

Philippe David est cadre dirigeant, travaillant à l'international.

Il a écrit trois livres politiques : "Il va falloir tout reconstruire", ouvrage qui expliquait le pourquoi du 21 avril,  "Journal intime d'une année de rupture", sorti en 2009 aux éditions de l'Ixcéa, qui retrace les deux premières années de présidence Sarkozy et  "De la rupture aux impostures", Editions du Banc d'Arguin (9 avril 2012). 

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Depuis hier, les médias ont fait leurs choux gras sur la visite de Jean-Marc Ayrault à l’université d’été du MEDEF. Bien qu’il s’agisse du premier Chef de Gouvernement de gauche, et même à priori de Chef de Gouvernement tout court, à se rendre au rendez-vous annuel du grand patronat français, il n’y avait pas de quoi fouetter un chat ni de quoi exprimer une quelconque surprise à ce qu’un Premier Ministre vint s’exprimer au grand raout de rentrée de l’organisation présidée par Laurence Parisot.

La vraie surprise fût ailleurs puisque dans son discours Jean-Marc Ayrault s’est adressé aux PME alors que le MEDEF représente avant tout les grandes entreprises qui sont tout le contraire des PME-TPE.

Tout le contraire parce que les PME-TPE sont crées par des hommes et des femmes qui prennent des risques, parfois en mettant leurs biens personnels dans la balance, ne prennent pas toujours de salaire au départ de leur entreprise ou alors un très petit salaire eu égard aux heures de travail effectuées. Dans les PME-TPE, le patron possède souvent une grande part du capital contrairement aux fameux « Managers » du CAC 40, souvent issus des mêmes grandes écoles pour qui le mot « risque » est un mot inconnu puisque leur univers se résume à « golden hello », « golden parachute », « bonus » ou encore « stock options ». Les uns finissent par gagner un peu d’argent quand ils réussissent tandis que les autres font fortune même s’ils échouent, les parachutes dorés ayant été d’ailleurs spécialement créés pour ça !

Alors quid des mesures promises par le Premier ministre ?

Tout d’abord un doublement du plafond du livret de développement durable et la création de la Banque Publique d’Investissement, deux mesures censées faciliter l’accès au crédit des PME-TPE.

Ensuite un « plan pour le développement des PME visant à gagner le défi de la compétitivité et de l’innovation », le but étant de « ramener à l'équilibre la part du déficit commercial hors énergie d'ici à la fin de la mandature».

Inutile de dire qu’on reste sur notre faim. Le doublement du plafond du livret de développement durable n’aura aucun effet ou presque sur nos petites entreprises tandis que la création d’une banque d’Etat (avec quel argent ?) qui sera en tout état de cause dirigée par des technocrates ou des hauts fonctionnaires (une triste exception française) ne connaissant rien aux PME-TPE ne risque pas non plus d’avoir l’effet miracle escompté. Enfin, plutôt qu’un Gosplan visant à « gagner le défi de la compétitivité et de l’innovation », il aurait mieux valu se demander pourquoi les TPE françaises ne grandissent pas aussi vite que leurs homologues allemandes et, surtout si on veut rééquilibrer la balance commerciale, pourquoi elles exportent si peu tandis que leurs homologues d’outre-rhin sont des machines a exporter.

Tout d’abord nos TPE-PME ont un coût du travail très élevé dans la compétition mondiale. Pour remédier en partie à ce handicap, les allemands ont crée en 2007 la fameuse TVA sociale destinée à ne pas faire peser le coût d’une protection sociale très élevée par le seul travail. L’ancienne majorité l’avait votée peu avant les élections mais, la majorité ayant changé, la TVA sociale en version française est morte. Pourtant, baisser le coût du travail dans les PME serait un vrai vecteur de création d’emplois et un excellent outil pour « gagner le défi de la compétitivité et de l’innovation ».

Ensuite, mais le sujet était impossible à aborder lors de l’université d’été du MEDEF, comment justifier que nos TPE-PME payent 15% d’impôt sur les sociétés sur les 38 120 premiers euros de bénéfices et 33,33% sur les bénéfices dépassant ce seuil quand les entreprises du CAC 40 payent en moyenne 8% d’impôt sur les sociétés (et même zéro pour Total malgré des milliards de bénéfices, ce qui fît scandale il y a peu) ? Christine Lagarde quand elle était à Bercy avait le dossier sur son bureau mais les « élites » françaises pantouflant allègrement de la fonction publique au CAC 40, il était urgent de ne rien faire. Pourtant, moins d’impôt sur les sociétés c’est plus d’argent pour investir dans les hommes, les machines, la recherche et tout simplement pour améliorer la trésorerie de nos entreprises, bref une arme de premier ordre pour « gagner le défi de la compétitivité et de l’innovation ».

Enfin, pour gagner le défi de l’exportation comme le font tous les jours les PME allemandes, il faudrait qu’on donne aux entreprises françaises les armes que l’Allemagne donne à ses PME. Ainsi, pour les faire connaître à l’étranger, tant le Ministère Fédéral de l’économie et de la technologie que les Länder allemands n’hésitent pas à prendre à leur charge la participation des PME locales dans les salons internationaux aux quatre coins du monde afin que celles-ci puissent avoir des contacts avec les clients potentiels, voie royale pour une PME désireuse d’exporter. En France rien de cela ou presque, les PME sont livrées à elles-mêmes et, pour avoir été commercial export, je puis affirmer sans aucune réserve que les « Missions économiques » à l’étranger ne m’ont jamais servi à rien.  Il est d’ailleurs intéressant de rappeler que l’Allemagne, qui bat tous les records d’excédents commerciaux et d’exportations, n’a jamais eu de Ministre ou de Secrétaire d’Etat au commerce extérieur alors que la France dont les performances dans ce domaine ont été rarement brillantes et vont depuis plusieurs années de mal en pis a depuis 1976 toujours eu un membre du gouvernement en charge de ce même commerce extérieur ! Pourtant, permettre à nos TPE-PME d’aller chercher des parts de marché sur les cinq continents serait vital pour « gagner le défi de la compétitivité et de l’innovation ».

Ces trois exemples montrent à quel point la classe politique est déconnectée des réalités des petites et moyennes entreprises, de ce qu’elles attendent et de ce qui leur permettrait de relever la France en relançant les investissements, les exportations et, mécaniquement, l’emploi et la croissance.

Ce n’est pas de mesurettes que nos PME-TPE ont besoin mais d’une révolution culturelle de nos dirigeants envers elles.

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