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Coronavirus : une étude suggère que la gravité des cas serait liée à la température (et que l’automne pourrait être dur...)
©Apu GOMES / AFP

Alerte à la fin de l’été

Coronavirus : une étude suggère que la gravité des cas serait liée à la température (et que l’automne pourrait être dur...)

Beaucoup de questions se posent sur la saisonnalité de la Covid-19. Face à la chute des températures lors de l'automne prochain, une reprise de l'épidémie de coronavirus est-elle probable ? Comment doit-on se préparer à une résurgence éventuelle de cas ?

Stéphane Gayet

Stéphane Gayet

Stéphane Gayet est médecin des hôpitaux au CHU (Hôpitaux universitaires) de Strasbourg, chargé d'enseignement à l'Université de Strasbourg et conférencier.

 

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Atlantico.fr : Avec la chute des températures à l'automne, doit-on s'attendre à une reprise de l'épidémie de coronavirus après l'été ?

Stéphane Gayet : Décidément, en voilà une question qui taraude les esprits. Le confinement généralisé et obligatoire du mardi 17 mars au dimanche 10 mai à minuit a été très efficace, comme en témoigne la courbe des nouvelles hospitalisations quotidiennes pour CoVid-19 (cliquer sur SYNTHèSE), mais il a eu des conséquences économiques et sociales catastrophiques. À présent, la situation épidémique en France est plus qu’apaisée, elle est sous contrôle. Mercredi 22 juillet, il y a eu en France 132 nouvelles hospitalisations pour CoVid-19 (à titre de comparaison, il y en a eu 4281 mercredi 1er avril et depuis mercredi 10 juin, la courbe est écrasée et plate, avec une moyenne calculée de 97 par jour). Cette courbe est l’un des meilleurs indicateurs de l’évolution de l’épidémie, mais elle est décalée (retardée) d’environ 15 jours par rapport à l’évolution des contaminations (par exemple : une quinzaine de jours après la fête de la musique, il y a eu une légère augmentation du nombre d’admissions pour CoVid-19 dans les services d’accueil et d’urgences).

On peut donc affirmer que présentement la situation est maîtrisée et que l’offre de soins suffit largement à la demande en matière de CoVid-19.

Mais les autorités sanitaires sont inquiètes ; certains médecins aussi, cependant en raison d’informations parcellaires et non pas globales comme il le faudrait. L’inquiétude est contagieuse. Je suis de ce fait très souvent questionné sur le sujet : doit-on s’attendre ou pas à une reprise de l’épidémie ? Ma réponse n’a pas varié : il y a nettement plus d’arguments en défaveur d’une deuxième vague, que d’arguments en faveur de cette hypothétique deuxième vague. Bien sûr, l’observance des mesures préventives et la vigilance sont de mise ; nul ne saurait prétendre le contraire : ce n’est pas gagné, le virus circule toujours…

Je vais reprendre mon argumentaire, en l’étayant cette fois avec des données prévisionnelles de Météo France (en deuxième partie). Avant cela, je tiens à rappeler que cette notion de « deuxième vague » a deux origines : la première est constituée des raz-de-marée (tsunami en japonais pour ceux qui le préfèrent), au cours desquels la deuxième vague est habituelle et souvent plus intense que la première ; la deuxième concerne la grande pandémie meurtrière de grippe (appelée à tort « espagnole ») en 1918-1919, au cours de laquelle le virus a probablement muté pendant l’été, à l’origine d’une deuxième vague fin août et septembre d’une gravité effroyable (hécatombe de personnes jeunes) ; en effet, le virus grippal a un génome segmenté (8 segments), assez instable et non protégé contre les erreurs, d’où la relative facilité avec laquelle il se modifie et conserve ses modifications (« glissements » fréquents et sans conséquence majeure ; « cassures » rares, mais lourdes de conséquences, à l’origine de pandémies graves).

Les raisons qui permettent de présumer qu’il n’y aura probablement pas de deuxième vague

1. Le confinement généralisé qui a commencé mardi 17 mars s’est montré très efficace (courbe : cliquer sur « synthèse »).

2. Le déconfinement progressif à partir de lundi 11 mai n’a pas entraîné de reprise de l’épidémie (même courbe qu’en n° 1).

3. Les grands rassemblements avec faible port du masque n’ont pas modifié la courbe du point n° 1.

4. Les points n° 2 et 3 sont en faveur d’une immunité collective, malgré les informations données par les tests sérologiques.

5. On avait dit que les jeunes enfants étaient de grands disséminateurs, ce qui a été infirmé par une étude en Île-de-France.

6. Le port du masque est maintenant assez bien respecté et a fortiori depuis lundi 20 juillet avec cette nouvelle obligation.

7. On effectue beaucoup de détections d’ARN viral et cela permet d’identifier et de gérer au plus tôt les foyers débutants.

8. Contrairement au virus grippal, le coronavirus a un génome assez stable et de surcroît protégé contre les erreurs.

La raison qui pourrait favoriser une certaine reprise de l’épidémie (sans aller jusqu’à parler de deuxième vague)

Une étude a montré que cette infection CoVid-19 était influencée par la saison. C’est le phénomène de saisonnalité que nous allons développer dans la deuxième partie. Elle a déjà été développée dimanche 14 juin.

Comment expliquer la saisonnalité du virus ?

La saisonnalité d’un virus ou plutôt d’une infection virale concerne davantage les virus respiratoires que les virus entériques ; car elle intègre des modifications de température, d’hygrométrie et de pression de l’air.

Selon le principe de saisonnalité, une infection virale donne des épidémies pendant certaines saisons plutôt que d’autres. Cette saisonnalité est parfaitement établie (constatée) avec le virus grippal ainsi que les virus respiratoires para grippaux (ceux qui donnent une fausse grippe non évitée par la vaccination). En France, l’épidémie annuelle dite saisonnière de la grippe commence fin octobre et se poursuit jusque début avril.

D’autres maladies infectieuses ont une saisonnalité inverse, c’est-à-dire qu’elles sévissent plutôt de juin à septembre : c’est le cas notamment des maladies virales ou bactériennes en grande partie liées à l’eau (méningites aiguës virales bénignes, poliomyélite antérieure aiguë, fièvre typhoïde et fièvres paratyphoïdes, choléra, leptospirose…).

La saisonnalité de la CoVid-19 avait très tôt été pressentie par Marc Lipsitch, professeur d’épidémiologie à l’université de Harvard (Boston, Massachusetts, USA). Elle avait dernièrement fait l’objet d’un travail de recherche par des spécialistes en santé publique de l’université de Baltimore (Maryland, USA). Cette hypothèse semble donc se vérifier.

Pour quelles raisons la CoVid-19 serait une infection à prédominance saisonnière ?

Voici les principales raisons qui pourraient l’expliquer, si cette saisonnalité se vérifiait. Ce sont en fait les mêmes que celles qui permettent de rendre compte de la saisonnalité des virus grippaux et para grippaux.

1. De fin octobre à début avril, la température ambiante moyenne chute de façon significative. Or, plus l’air est froid et moins il peut contenir de vapeur d’eau, donc plus il a tendance à être sec ; plus il est froid et plus la pression a tendance à diminuer. Il se trouve qu’un air sec et de pression plutôt basse (les variations de pression sont en réalité faibles) facilite le transport aérien (plus grande portée, sédimentation plus lente) des particules émises dans l’air (microgouttelettes ou aérosols humides ; particules aéroportées ou aérosols secs). La contamination respiratoire interhumaine est donc facilitée.

2. Pendant cette période froide, l’air froid et sec agresse les muqueuses de la face (yeux, narines et lèvres) ainsi que les muqueuses respiratoires (fosses nasales, pharynx ou arrière-gorge, trachée-artère) qui deviennent de ce fait plus vulnérables aux agents infectieux et aux polluants (à l’intérieur des habitations, le chauffage électrique par de simples convecteurs accentue encore la dessiccation de l’air, à l’origine de saignements de nez ou épistaxis).

3. Lorsqu’il fait froid, on vit beaucoup plus à l’intérieur qu’à l’extérieur. De ce fait, les rassemblements de personnes (et leur concentration) dans des locaux non aérés sont beaucoup plus fréquents, ce qui facilite la circulation des virus respiratoires.

4. Lorsqu’il fait froid, on est moins enclin à se laver les mains : l’eau tiède n’est pas disponible partout, les savons et autres détergents pour le lavage des mains sont souvent irritants (l’irritation est majorée par un rinçage insuffisant) et cela aggrave l’irritation des mains déjà causée par le froid. La décontamination des mains par un produit hydro alcoolique peut également se montrer plus irritante quand il fait froid. Or, il ne faut pas oublier que les virus respiratoires circulent aussi par les mains et il faut savoir que des mains irritées, abîmées, sont beaucoup plus difficiles à décontaminer que des mains à peau saine.

Si l’on se penche sur les prévisions météorologiques de Météo France, on constate que, sur le plan de la température, ce sont surtout la Belgique, les Pays-Bas et la moitié nord de l’Allemagne qui devraient s’attendre à une vague de froid. En France, c’est l’incertitude, excepté la région Provence-Alpes-Côte d’Azur qui devrait s’attendre à plus de chaleur.

Si l’on examine maintenant les prévisions de Météo France en ce qui concerne l’humidité, on constate que les trois quarts sud-ouest de la France devraient s’attendre à plus de sécheresse, ce qui est en faveur d’une plus grande diffusion du virus.

Ces prévisions n’ont bien sûr qu’une valeur relative et approximative, mais elles constituent tout de même une information intéressante.

Comment doit-on se préparer à une reprise éventuelle de l'épidémie ?

Je crois que la population française a dans l’ensemble compris l’intérêt du port du masque. Son caractère obligatoire dans les lieux fermés accueillant du public a évidemment accru l’intérêt pour cette mesure de prévention.

C’est la mesure primordiale.

Chacune et chacun ont pu le constater, la deuxième mesure préventive constituée par le respect d’une distance de sécurité d’un mètre cinquante est très difficile à respecter ; on bouge, on se déplace, quelqu’un arrive et s’interpose… les circonstances de la vie de tous les jours produisent des impossibilités de respecter cette distance en permanence ; il faut bien sûr s’efforcer de la mettre en application, mais c’est difficile et c’est pourquoi le masque est essentiel. J’en profite pour dire que l’on trouve en pharmacie et chez d’autres commerçants, de très bons masques dits « barrière grand public » à usage multiple, qui conjuguent une efficacité suffisante et un assez bon confort ; beaucoup de personnes s’interrogent et me questionnent sur les méthodes de décontamination des masques à usage multiple : cela ne doit pas être une préoccupation, car les virus sont des particules biologiques sans métabolisme ni possibilité de multiplication ; ils s’inactivent spontanément lorsqu’ils sont exposés à un air sec et tiède (le froid les conserve) pendant au moins trois à six heures (par exemple, pendant la nuit) ; cette obsession à vouloir les contaminer est injustifiée, ce n’est pas cela qui importe.

À côté du port ad hoc d’un masque de qualité, il faut penser à se laver ou se décontaminer les mains avant de toucher une muqueuse de son visage, avant de toucher quelque chose qui va entrer en contact avec sa bouche (pastille, bonbon, biscuit, chewing-gum, nourriture…) : c’est tout à fait crucial ; il faut prendre conscience de ses mains et du risque qu’elles constituent. Je ne souscris pas à l’idée de se les laver régulièrement : il est plus judicieux de le faire au bon moment, donc d’intégrer leur lavage ou leur décontamination comme geste préventif indispensable dans certaines circonstances.

Enfin, il faut veiller à soigner son immunité, ce qui passe par une alimentation saine, diversifiée et équilibrée (fruits et légumes dont plusieurs doivent être crus et non pelés), un apport de vitamines A et D, de l’exercice physique et un sommeil de qualité.

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