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La chronique de Dov Zerah

Coronavirus : le scénario catastrophe

Le ruissellement probable de la crise du coronavirus en crise intégrale

Dov Zerah

Dov Zerah

Ancien élève de l’École nationale d’administration (ENA), Dov ZERAH a été directeur des Monnaies et médailles. Ancien directeur général de l'Agence française de développement (AFD), il a également été président de Proparco, filiale de l’AFD spécialisée dans le financement du secteur privé et censeur d'OSEO.

Auteur de sept livres et de très nombreux articles, Dov ZERAH a enseigné à l’Institut d’études politiques de Paris (Sciences Po), à l’ENA, ainsi qu’à l’École des hautes études commerciales de Paris (HEC). Conseiller municipal de Neuilly-sur-Seine de 2008 à 2014, et à nouveau depuis 2020. Administrateur du Consistoire de Paris de 1998 à 2006 et de 2010 à 2018, il en a été le président en 2010.

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Depuis plusieurs semaines, jour après jour, nous suivons la propagation du Coronavirus de par le monde, les mesures de mise en quarantaine de villes ou régions, les fermetures de frontières…Aussi étonnant que cela puisse paraître, il n’aurait pas encore atteint l’Afrique. La survenance d’une telle perspective peut légitimement inquiéter compte tenu de l’état des systèmes médicaux et hospitaliers dans les pays africains, et de l’arrivée régulière de migrants en provenance de ces pays. Le sujet de la situation en Afrique est d’autant plus important que l’épicentre de la pandémie se situe maintenant en Europe, et plus particulièrement dans les pays du Sud, Italie, Espagne et France.

Au-delà de ces considérations sanitaires, nous découvrons, jour après jour, les conséquences économiques. De la même façon que cette crise sanitaire est inédite, il en est de même de la crise économique. Nous n’avons aucune autre crise sur laquelle s’appuyer pour réagir ; ni celle de 1929, ni celle de 2008-2009 qui sont des crises financières qui se sont plus ou moins propagées à l’économie réelle. Aujourd’hui, la crise économique résulte de la combinaison de crises de l’offre et de la demande, et d’un quasi arrêt de l’économie.

La désorganisation des flux logistiques, et parfois l’impossibilité de fournir crée une crise de l’offre. Les délais de livraison des fournisseurs se sont allongés, lorsque les chaines d’approvisionnement ne se sont pas purement et simplement interrompues. La baisse de la production chinoise en février, et sa lente reprise, a perturbé l’activité des clients.

Parallèlement, la chute de la demande accompagne automatiquement les fermetures de lieux publics, des commerces non indispensables, les suppressions de manifestations, la diminution des mouvements des consommateurs potentiels.

Quelles que soient la nature et l’intensité des aides apportées aux opérateurs économiques, rien n’évitera le dépôt de bilan s’il n’y a pas de chiffre d’affaires !

On circule moins, voire plus du tout. Cela crée des problèmes à des pans entiers de l’économie mondiale : les compagnies aériennes, sociétés ferroviaires, de transport publics, les raffineries, les sociétés d’autoroutes, les sociétés de parking, les garages et ateliers de réparation automobile, les sociétés de taxi…, et par effet collatéral les constructeurs aériens et automobiles ... Á plus ou moins brève échéance, nous allons assister à des dépôts de bilan de par le monde. Á un moment ou un autre l’État devra renflouer les entreprises publiques ; de leur côté, les collectivités locales devront faire de même pour leurs compagnies. Quant aux sociétés privées, l’État devra arbitrer entre les aider jusqu’à une éventuelle nationalisation, ou les laisser déposer le bilan avec tous les effets collatéraux imaginables.

Parallèlement, de nombreux secteurs sont sinistrés : le secteur touristique, l’hôtellerie, les restaurants, les théâtres, les cinémas, le monde du spectacle, les parcs d’attraction… Les agriculteurs sont également en souffrance. Les produits conditionnés l’emportent sur les produits frais

Pour comprendre la généralisation de la crise à toute l’économie, il suffit de prendre l’exemple des commerces fermés. Si le commerçant ne paie pas son loyer, le bailleur pourrait-il ne pas rembourser le prêt qui lui a permis d’acquérir le bien loué ? Qu’en sera-t-il des primes d’assurances ? Qu’en sera-t-il des échéances bancaires ? Progressivement, d’opérateur économique en agent économique, les impayés vont se propager, et le circuit économique risque d’être complétement bloqué, tant qu’une reprise de l’activité n’apparait pas. De nombreuses petites et moyennes entreprises vont faire faillite, de nombreux épargnants ou possédants vont s’appauvrir…

Le 4 février dernier, j’écrivais : « …une épidémie grave pourrait amputer jusqu’à 5 % du PIB mondial. » Nous serions d’ores et déjà à plus de 2 % du PIB mondial, l’Europe se prépare, d’ores et déjà, à la récession ...

La conjonction simultanée des crises de l’offre et de la demande ainsi que l’absence de chiffres d’affaires compliquent terriblement la tâche des autorités gouvernementales et monétaires pour déterminer la bonne réaction.

Que faire pour les autorités gouvernementales en plus de couvrir le coût du chômage partiel, accorder des délais de paiement des charges fiscales et sociales, garantir les concours financiers aux entreprises pour éviter la frilosité bancaire, accorder un éventuel revenu minimum universel… ?

Que faire pour les banques centrales en plus de baisser les taux et de fournir les liquidités à tous les opérateurs économiques… ?

Quels que soient les efforts des autorités, personne n’a la solution pour ralentir la crise et contrarier la future récession.

La complexité de la situation de cette situation aurait justifié une mobilisation internationale coordonnée. Mais, nous assistons à un repli sur soi, à la fermeture des frontières en ordre dispersé. Cela rappelle l’entre-deux-guerres lorsque les États s’étaient engagés dans des dévaluations compétitives et l’accroissement des droits de douane. Or, le Monde a de plus en plus besoin d’une gouvernance mondiale, ne serait-ce que pour gérer la guerre pétrolière et la dégringolade du prix des hydrocarbures. Dans le même temps, une coordination internationale s’impose comme dans les années quatre-vingts, pour accompagner la formidable demande de dollars et l’appréciation prévisible du billet vert.

Certains pays sont en grave risque. Le Liban est déjà mais pour d’autres raisons que le Covid 19, en état de cessation de paiements ; cette crise sanitaire ne va pas améliorer la situation. L’Iran est aujourd’hui en quasi état de cessation de paiements. Qu’en sera-t-il demain de l’Italie ? La situation est suffisamment critique pour que la BCE ait fini par déclarer que le pays ne sera pas abandonné… ! Et pour cause, le contraire serait la faillite de l’Italie et l’explosion de la zone euro.

Pour éviter toute prise de contrôle de notre économie par des fonds souverains, et la faillite de nombreuses entreprises, l’État devra les nationaliser, quels que soient les efforts financiers à faire ; il va être en mesure d’acquérir de nombreuses entreprises à bon compte, eu égard la valorisation boursière et la situation économique. Nous pouvons nous retrouver avec des États propriétaires des banques, des compagnies d’assurances, des compagnies aériennes, des grandes entreprises…En perspective, nous pouvons avoir la fin du capitalisme, mais non de l’économie de liberté, et une paupérisation des épargnants, des classes moyennes.

Eu égard les coûts des nationalisations, les dépenses supplémentaires pour amortir le choc (prise en charge du chômage partiel, mis en place de mécanismes de garantie des prêts bancaires, éventuel mise en place d’un revenu minimum universel …), la diminution des recettes (reports des échéances des fiscales et sociales…), les États vont être confronter une envolée de leur endettement. Pour limiter l’augmentation de leurs déficits, l’État et les collectivités locales diminueront probablement leurs dépenses d’investissement, ce qui ralentira la reprise de l’activité.

Tout cela ne sera possible que si la Banque centrale fournit les liquidités nécessaires. Les banques centrales américaine, britannique, européenne et japonaise sont en mesure d’assumer ce rôle. La BCE vient d’annoncer le nécessaire après des premières mesures mal reçues par les marchés. Qu’en sera-t-il des autres pays et banques centrales ?

Espérons que nous ne soyons pas confrontés au « paradoxe du pompier » ! Les dégâts d’un incendie sont plus causés par l’eau du pompier que par le feu lui-même. Nous pourrions très vite être confrontés à une telle masse de liquidités que les marchés de capitaux risquent de voir leur rôle réduit et que le système économique devienne difficilement contrôlable.

Heureusement que le pire n’est jamais certain, et que les opérateurs trouvent toujours des solutions pour faire face aux situations même inédites.

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