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©ludovic MARIN / AFP / POOL

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Coronavirus : la semaine où l’Etat a compliqué la vie des entreprises plutôt que de les soutenir

Après les avoir bloquées, le gouvernement a décidé de lever les réquisitions relatives aux équipements de protection, notamment les masques, afin que les entreprises puissent en fournir à leurs salariés. Un exemple parmi d'autres des mesures prises qui ont compliqué la vie des entreprises.

Michel Ruimy

Michel Ruimy

Michel Ruimy est professeur affilié à l’ESCP, où il enseigne les principes de l’économie monétaire et les caractéristiques fondamentales des marchés de capitaux.

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Atlantico : L’État a une nouvelle fois changé de direction sur sa politique sanitaire en levant les restrictions relatives aux équipements de protection. Les décisions de l’Etat mettent-elles en danger l’avenir de notre équilibre économique ?

Michel Ruimy : Avec la pandémie du coronavirus, les gouvernements ont dû prendre une décision fondamentale face au choix auquel ils étaient confrontés : soit prendre des mesures drastiques afin de protéger la santé des citoyens notamment en les confinant au risque de ralentir fortement l’activité économique et donc la croissance, soit préserver l’économie, sans confinement, au risque que le virus ne tue davantage de personnes malades. Ils ont choisi la santé au détriment de l’économie.

Du coup, ils tentent de compenser la baisse de l’activité en proposant des mesures de soutien financier pour éviter les faillites d’entreprises en chaîne. Ils sont, en quelque sorte, les « gestes barrières » de l’économie. Mais, pour financer ces mesures, il faudra passer par la dette. Or, notre pays est déjà endetté aux alentours de 100% du Produit intérieur brut. C’est donc la Banque centrale européenne qui va financer ces actions exceptionnelles en « prêtant » elles-mêmes aux États d’autant plus que la Commission européenne vient de suspendre l’effectivité du respect des règles de finances publiques.

Il n’en demeure pas moins que si l’Etat réalise que ses premières annonces ont un impact économique majeur, il doit gérer également, chaque jour ou presque, des injonctions contradictoires (confinement de plus en plus strict vs « il faut que l’activité continue », levée de la réquisition des masques…) et des difficultés (mise en place du chômage partiel…) qui produisent des effets anxiogènes au sein de la population.

A ce jour, la récession en France, mais pas seulement, devrait être bien plus forte cette année qu’en 2009.

Encadrer les prix des gels hydroalcooliques pour éviter la hausse des tarifs semblait être une décision rationnelle au départ. L’est-elle toujours ?

Il faut bien comprendre cette mesure. Le gouvernement a voulu endiguer la flambée des prix de ces gels pour les mains consécutive à la forte hausse de la demande, en pleine épidémie de coronavirus. Sauf qu’un grand nombre d’officines dénoncent les pratiques de certains fournisseurs, qui vendraient leurs produits encore trop chers par rapport aux prix de revente fixés par le décret du gouvernement… qui encadre aussi les prix de vente en gros.

N’oublions pas que les pharmaciens ont une double « casquette » : professionnels de santé mais aussi commerçants et donc ne souhaitent pas enregistrer de pertes. Or, ils sont confrontés à deux situations bien distinctes. Il y a ceux, qui avaient déjà passé des commandes avant la mise en place du décret, et qui peuvent vendre plus cher car le prix n’était pas réglementé. Il y en a d’autres, qui n’ont pu annuler les commandes, et qui se sont trouvés, après le 6 mars, avec des gels trop chers. On se trouve ainsi dans une situation ubuesque où l’encadrement des prix peut entraîner une pénurie dans certaines pharmacies.

En attendant de pouvoir se procurer suffisamment de gels hydroalcooliques, des pharmacies ont décidé de fabriquer sur place des solutions, plus liquides, préparées conformément à la formule indiquée par l'Organisation mondiale de la santé. Mais là encore, la tâche n’est pas simple. Nombreuses sont les officines qui ne réalisent plus les préparations elles-mêmes. Face aux réglementations de plus en plus strictes, beaucoup de pharmacies délèguent les préparations de pommades et gélules à des sous-traitants. Les préparateurs se font donc rares dans les officines et, surtout, les laboratoires ne sont plus nécessairement aux normes de sécurité.

Par ailleurs, pour être capable de produire, il faut avoir les matières premières nécessaires, le contenant et le matériel. Or, certaines matières premières, comme l’alcool, sont sous tension. Les flacons en plastique sont de plus en plus difficiles à trouver. Nous pourrions envisager une « économie circulaire » où les clients pourraient ramener leurs flacons pour les réutiliser. Pour autant, les prix proposés risquent de ne pas être équivalents à ceux des gels industriels car il s’agit de fabrications artisanales.

Quelles mesures Bercy devrait-il engager pour soutenir notre économie ?

Le gouvernement projette un gigantesque plan de soutien à l’économie, d’ordre général, non à coups de milliards mais de centaines de milliards : 300 milliards de garanties bancaires sont prévues pour les entreprises et 45 milliards d’euros pour le soutien à l’économie. Au niveau mondial, ce sont, au total à ce jour, près 2 500 milliards d’euros qui ont été promis, soit en garanties de prêts, soit en actions de soutien à l’économie. Ils peuvent ne pas suffire...

Les banques centrales vont accompagner les Etats dans ces mesures de soutien autant qu’ils le souhaitent au risque de provoquer une inflation voire une hyperinflation. La question qui se posera dans la période post-pandémie est de savoir qui sauvera ces Instituts d’émission le jour où elles subiront un risque de faillite du fait, dans leur bilan, d’un excès de dettes irrécouvrables ?

Au plan national, le gouvernement devra, tout d’abord pour réussir, envoyer des messages plus clairs et plus cohérents à l’ensemble des Français afin d’éviter un clivage entre ceux qui travaillent « sur le terrain » et ceux qui sont en télétravail. Devant la complexité du dispositif, il devra définir rapidement les seuils de déclenchement d’activité partielle, rembourser dès que possible les entreprises qui ont mis, tout ou partie, leur personnel en chômage partiel, défiscaliser les primes exceptionnelles éventuellement versées afin de calmer les tensions… Au final, l’Etat devra revoir ses modalités d’intervention, réagir en devenant plus « agile ».

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