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Conseil national des Républicains : à qui profitera vraiment la stratégie à-droite-toute de Nicolas Sarkozy ?
©Reuters

Gouvernail

Conseil national des Républicains : à qui profitera vraiment la stratégie à-droite-toute de Nicolas Sarkozy ?

Alors que le Conseil National des Républicains se tient ce week-end du 13-14 février, l'ancien Président a mis en place une stratégie particulièrement droitière. L'idée étant, notamment, de pousser son premier adversaire – Alain Juppé – à prendre position sur des sujets qu'il évitait soigneusement jusqu'à présent.

Ghislaine Ottenheimer

Ghislaine Ottenheimer

Ghislaine Ottenheimer est journaliste politique et d'investigation. Elle est rédactrice en chef de Challenges depuis 2008. Elle a écrit de nombreux ouvrages dont Les deux Nicolas : La machine Balladur (Plon) en 1994 et Poison présidentiel en 2015 (Albin Michel).

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Bruno Jeudy

Bruno Jeudy

Bruno Jeudy est rédacteur en chef Politique et Économie chez Paris Match. Spécialiste de la droite, il est notamment le co-auteur du livre Le Coup monté, avec Carole Barjon.

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Atlantico : le Conseil national des Républicains se tiendra samedi 13 et dimanche 14 février porte de Versailles à Paris. Quelle stratégie est susceptible de l'emporter ?

Bruno Jeudy : Nicolas Sarkozy va profiter du Conseil national des Républicains et plus globalement du renouvellement des conseillers nationaux pour changer de séquence, et passer du Nicolas Sarkozy que nous avons connu à la fondation des Républicains, c’est-à-dire qui est dans un exercice de synthèse, une séquence consensuelle, à une séquence où il va aborder de front tous les sujets pour montrer sa différence avec ses concurrents à la primaire, et en premier lieu avec Alain Juppé.

Nicolas Sarkozy a souhaité, pour ce Conseil national consacré à la ligne du parti en vue de 2017, que tout le monde puisse s'exprimer, y compris les voix dissonantes ce qui est nouveau dans les conseils de la droite sous Sarkozy, qui avait adopté la même méthode que Jacques Chirac, c’est-à-dire lui devant et tout le monde derrière. Il souhaite donc laisser la place au débat, aux voix contradictoires et à l'arrivée proposer un texte dont il espère que 80% serait inspiré de lui. Il souhaite en réalité engager une séquence plus clivante, plus assumée dans les différences avec ses concurrents à la primaire.

Ghislaine Ottenheimer : Il y a eu des élections dans les fédérations, au Conseil national… on se doute bien que Nicolas Sarkozy sera adoubé. Même si la primaire est très élargie, avec deux ou trois millions de votants, Nicolas Sarkozy pense que les militants des fédérations comptent pour quelque chose. D'autant que des sympathisants du Front National participeront peut-être aussi.

Comment peut-il mettre en place cette stratégie ?

Bruno Jeudy : Les membres du Conseil national vont probablement prendre la voix, ce qui donnera probablement une parole plus crue, plus radicale, car ils sont majoritairement plus droitisés que la moyenne des dirigeants. Deuxièmement, Nicolas Sarkozy entend mettre en ligne une plateforme sur pour définir du projet du parti en vue de 2017 et les militants, de même sont plus droitisés que les dirigeants.

Tout cela devant lui servir à lancer la campagne de la primaire sur des bases plus radicales, il a bien vu que cela lui avait plutôt bien réussi sur le régalien, et sur l'économie il sent bien que le parti est plus à droite que lui : le succès relatif de François Fillon montre que la base de la droite est dans l'attente de solutions plus radicales que les dirigeants et notamment sur les 35h, la fiscalité, la retraite…

Comment cela peut-il porter atteinte à ses concurrents ?

Bruno Jeudy : La tentative de Nicolas Sarkozy de faire un programme commun à droite, qui aurait en quelque sorte contraint les candidats à la primaire a fait long feu. On a vu que chaque candidat préférait présenter ses propres propositions et en premier lieu François Fillon, très avancé sur ce plan, mais aussi Alain Juppé qui a aligné méthodiquement ses propositions sur l'école et sur la sécurité, et celles sur l'économie demain. Bruno Le Maire sortira de même un livre prochainement.

Nicolas Sarkozy tente donc de réappliquer cette même logique à travers le parti cette fois, en imposant un socle idéologique commun non sur le programme mais sur les valeurs de la droite. Et là, il pense qu'il peut à la fois toucher le cœur des militants et sympathisants, mais surtout faire sortir du bois Alain Juppé qui évite de se mouiller sur certains sujets… Le maire de Bordeaux est en effet plutôt sur le programmatique.

Des valeurs comme l'identité, le rapport à la liberté, l'identité sont des sujets clivants et sensibles à droite. Obliger Alain Juppé à se positionner dessus, c'est le confronter à la "tribune". Il cherche donc à aller sur un terrain qui potentiellement peut toucher au cœur les militants et les sympathisants…

Pour autant, si Alain Juppé sera présent entre 12h et 15h pour montrer que malgré les tensions il ne s'écarte pas du parti, il ne fera pas de discours. Les derniers qu'il a tenu dans les Conseils nationaux du parti ne se sont pas très bien passées : il a été sifflé à deux reprises… Il n'a pas trop envie de s'exposer à nouveau.

François Fillon et Bruno Le Maire ne sont quant à eux pas dans la même position puisqu'ils sont challengers. Ils sont quasiment les alliés objectifs de Nicolas Sarkozy. François Fillon ne craint pas de débat portant sur les valeurs de la droite. Il n'a pas peur de cette stratégie. Bruno Le Maire, lui, tire à vue sur ses trois ainés car il prône un renouvellement des pratiques, des têtes et du style. Pour lui Alain Juppé ou Nicolas Sarkozy, c'est la même chose.

Ghislaine Ottenheimer : Je pense que tous les candidats sont très à droite, en tout cas sur le plan économique, et c'est François Fillon qui a le premier mis la barre assez loin, suivi de Bruno Le Maire. Alain Juppé, pour le moment donne des signaux tantôt à droite, tantôt au centre… il semble être dans une stratégie de sondage pour voir ce qui convient le plus à sa stratégie. Pour le moment, Alain Juppé reste donc un peu en dehors de la tendance.

Et n'oublions pas que Nicolas Sarkozy pousse Alain Juppé à la cassure. Il met en place une stratégie de tension, il essaye de faire rentrer les candidats dans un même cercle alors qu'Alain Juppé est dans une bonne dynamique.

Si cette ligne droitière dérangera certains de ses dirigeants, elle permettra surtout à Nicolas Sarkozy a partir en échappée belle au moment de la primaire, s'il est candidat bien sûr. D'autant que Nicolas Sarkozy est pour le moment celui qui a pris le risque d'être chef de parti et pour les militants c'est important car ils sont la force dynamique d'une primaire.

Cette situation, cette stratégie, pourrait-elle se retourner contre l'ancien Président ?

Bruno Jeudy : On l'a vu sur la déchéance, Nicolas Sarkozy a pris le risque d'être minoritaire devant les parlementaires. Il a décidé justement de mettre de côté sa casquette de chef de parti, de rentrer en campagne pour la primaire et donc d'affirmer ses convictions notamment sur la déchéance qui a les faveurs de l'opinion.

Il doit prendre des risques car il est en retard sur Alain Juppé. Il veut alors pousser son avantage sur les valeurs de la droite, et essayer de mettre en minorité Juppé, voire de l'emporter. Mais ce n'est pas sans risque.

Le risque de défection de la part d'Alain Juppé ou des autres candidats est extrêmement faible, d'autant que je pense qu'à l'arrivée la primaire ne se jouera pas sur le programme mais sur les tempéraments. Et puis ce ne serait pas l'intérêt d'Alain Juppé qui fait le plein des voix chez Les Républicains et au centre, il a tout intérêt à rester au chaud dans la famille politique et à gérer les tensions au sein de celle-ci. Il a peut-être en tête la jurisprudence Martine Aubry qui à l'époque n'avait pu bénéficier de son rôle de premier secrétaire pour se présenter à la présidentielle en 2012…

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