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Compagnie nationale des mines : l'Etat a-t-il encore les moyens d'être un Etat stratège ?
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Essai à transformer

Compagnie nationale des mines : l'Etat a-t-il encore les moyens d'être un Etat stratège ?

Cette semaine, l'Etat est entré au capital de PSA Peugeot-Citroën, et Arnaud Montebourg a annoncé la création d'une société minière nationale. De plus en plus de nationalisations qui traduisent une tentative de retour à l'interventionnisme d'Etat.

Erwan Le Noan

Erwan Le Noan

Erwan Le Noan est consultant en stratégie et président d’une association qui prépare les lycéens de ZEP aux concours des grandes écoles et à l’entrée dans l’enseignement supérieur.

Avocat de formation, spécialisé en droit de la concurrence, il a été rapporteur de groupes de travail économiques et collabore à plusieurs think tanks. Il enseigne le droit et la macro-économie à Sciences Po (IEP Paris).

Il écrit sur www.toujourspluslibre.com

Twitter : @erwanlenoan

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Atlantico : L'Etat n'avait pas créé d'entreprise publique depuis 20 ans. Le 21 février, pourtant, Arnaud Montebourg a confirmé la création d'une société minière nationale. Quelques jours plus tôt, l'Etat entrait également au capital de PSA. Assiste-t-on au retour d'un Etat qui pèse sur l'économie ?

Erwan Le Noan : L’Etat ne s’est jamais retiré l’économie. La dépense publique représente 57% du PIB ; et elle est supérieure à 50% du PIB depuis 1980 de manière quasi constante. En outre, pendant la présidence de Nicolas Sarkozy, l’Etat a pris le contrôle de 650 entreprises. Il n’y a clairement pas eu le moindre désengagement de l’Etat. Ce qui marque dans PSA et l’annonce d’Arnaud Montebourg, c’est le discours politique qui accompagne ces opérations, un peu grandiloquent.

L’État français a été marqué par des années de libéralisme, doctrine qui s'oppose justement à l'intervention de l'Etat en tant qu'acteur économique. A-t-on encore les moyens de s'adonner à ce colbertisme qu'évoque volontiers le ministre du Redressement Productif ? Possédons-nous les infrastructures pour mener à bien ce genre de politique ?

Avec une dépense publique qui représente 57% du PIB, j’ai du mal à voir l’effet des années de libéralisme (et en regardant les politiques menées depuis 30 ans, je les vois encore moins). Bien sûr, l’Etat intervient certainement moins par des opérations de grandes nationalisations que dans les années 1980 (quoique, rappelez-vous les discours autour des banques au cœur de la crise récente), mais il est clairement très présent dans l’économie. L’Etat n’a pas les moyens aujourd’hui d’investir dans des projets "colbertistes". D’abord parce qu’avec le déficit et la dette qui sont les siens, il devrait se préoccuper de faire des économies avant de rechercher des nouvelles dépenses. Ensuite, parce que rien ne prouve que ces dépenses soient "stratégiques" : quand un investisseur privé se lance dans un projet, il y met son argent et en assume les risques ; pas l’Etat.

Quels seraient les risques, si nous devions véritablement nous tourner vers cette politique, sans avoir les ressources ?

Faire un investissement sans en avoir les moyens n’est pas responsable. Rien ne prouve que l’Etat soit un investisseur plus avisé que les acteurs privés. Ceux-ci peuvent se tromper, mais c’est leur argent qui est en jeu. Quand l’Etat se trompe, ici si Monsieur Montebourg se trompe, c’est le contribuable qui paie. L’Etat n’est pas un bon industriel, comme le montrent Augustin Landier et David Thesmar dans leur dernier livre.

Et si nous les avions ? Que ressortirait d'une politique très interventionniste de la part de l'Etat ?

Le premier effet d’un investissement public sera de prendre la place d’un acteur privé (ou alors, c’est que l’investissement est à fonds perdus). Ce n’est pas très bon pour l’économie car cela réduit la concurrence et introduit une entrave dans le fonctionnement normal du marché. La filière minière est peut-être une industrie d’avenir et un formidable investissement. Mais laissons le secteur privé s’en charger et en assumer les risques. L’Etat devrait encourager – voire obliger – les acteurs privés à assumer leurs risques, pas les déresponsabiliser. Le discours "colbertiste" de Monsieur Montebourg fera inévitablement des victimes : les consommateurs qui paieront plus cher, en premier lieu ; l’innovation qui sera contrainte en deuxième lieu ; et avec eux la croissance et l’emploi.

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