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Nicolas Sarkozy tente de se réinventer.
Nicolas Sarkozy tente de se réinventer.
©Reuters

A la rescousse

Comment Nicolas Sarkozy tente de se réinventer pour échapper à la triangulation fatale jouée par François Hollande

Lors de son discours à Schiltigheim, Nicolas Sarkozy a appelé à un retour aux valeurs de la "France de toujours", ainsi qu'à la refondation de l'Europe. Un discours de crise qui s'explique par sa volonté de reprendre de nouveau la campagne.

Bruno Jeudy

Bruno Jeudy

Bruno Jeudy est rédacteur en chef Politique et Économie chez Paris Match. Spécialiste de la droite, il est notamment le co-auteur du livre Le Coup monté, avec Carole Barjon.

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Atlantico : Que révèle cette nouvelle phase du discours de Nicolas Sarkozy ? s'agit il d'une réelle rupture ?  

Bruno Jeudy  : Je ne sais pas si on peut parler de rupture. Dans tous les cas, on peut d'un discours de crise. Nicolas Sarkozy a tenté, à Schiltigheim, de reprendre de la hauteur après une dizaine de jours où il a donné l'impression de chercher la bonne distance entre le soutien aux pouvoirs publics, au Président et au gouvernement dans cette période de crise, et la critique en tant que chef de l'opposition.

Avec ce discours, Nicolas Sarkozy essaie de recoller un tant soit peu avec les fondamentaux du "sarkozysme". Il cherche des éléments qui ont fait son succès lors de la campagne de 2007  ; ainsi que ceux qui lui ont permis de remonter en 2012. Concrètement, il s'agit d'un discours qui s'appuie sur la défense des valeurs, l'identité nationale, le patriotisme. Le tout, accompagné d'une critique de l'Europe fédérale et son évolution au travers de son expension jusqu'à une Europe qui accueille 28 Etats membre. Au fond, c'est un discours qui retrouve ses inspirations d'Henri Guaino en 2007 comme celles de Patrick Buisson en 2012. On pourrait parler de mélange entre ces deux orientations et c'est celui-ci qui aboutit à un concept de "France de toujours". Il permet à Nicolas Sarkozy de coller à la frange la plus à droite de son électorat.

Pour autant, il existe quand même une dimension de nouveauté dans ce discours de Schiltigheim. Les précédents discours de Nicolas Sarkozy – avant les attentats – étaient moins travaillés d'un point de vue formel. Ils étaient moins bien prononcés, aboraient une dimension trop stand-up, semblaient mal maîtrisés. La parole de Nicolas Sarkozy elle aussi semblait plus à l'emporte-pièce. Avec ce dernier discours, il renoue avec une série de propos plus cadrés, plus maîtrisés. Somme toute, il était beaucoup plus ancien Président de la République que patron de l'opposition.

Après avoir été accusé de faire "exploser" l'union sacrée demandée après les attentats, Nicolas Sarkozy a salué les mesures prises par le gouvernement, regrettant néanmoins le temps perdu. Dans quelle mesure est-ce que les difficultés à se positionner, entre critique, deuil et union nationale, peuvent-elles, politiquement, desservir l'ancien chef de l'Etat ?

Je ne suis pas sûr que cela déserve Nicolas Sarkozy. L'opinion, dans la situation dans laquelle elle se trouve aujourd'hui, n'a pas vraiment le temps de mesurer toutes les hésitations de l'ancien Président de la République. Au final, c'est quelque chose qui est davantage relevé par les observateurs du monde politique, ou les journalistes. Les Français – particulièrement ceux de droite – raffinent moins que ces observateurs-là, prêtent moins d'attention à ce genre de détail. De ce fait, je ne suis pas sûr que tout le monde ait perçu cette période de flottement de Nicolas Sarkozy, entre le le samedi 14 novembre et sa dernière intervention à Schiltigheim, ou celle dans Le Monde publiée ce 18 novembre. Après cette interview, Nicolas Sarkozy s'est astreint à un moment de silence, le temps que les choses s'appaisent un peu.

Il est incontestable que pour l'opposition, la semaine qui a suivi les attentats n'a pas été une bonne semaine, loin de là. Entre l'accueil assez froid réservé au discours du Président de la République au Congrès – qui reprennait tout ou partie des propositions de la droite –, la séance catastrophique à l'Assemblée nationale où l'opposition a préféré faire la guerre au gouvernement plutôt qu'observer un minimum de deuil en plein état d'urgence. Enfin, l'interview de rétropédalage de Nicolas Sarkozy dans Le Monde n'a pas contribué à clarifier quoique ce soit. A l'arrivée, il était facile de croire que l'opposition faisait plus la guerre à François Hollande qu'autre chose, quand le vrai ennemi de la France s'intitule DAESH. Que cela déserve Nicolas Sarkozy, je ne suis pas sûr. D'autant plus quand on sait que la critique du temps perdu marche à droite, même si elle n'aura qu'une durée de vie limitée en raison de la contradiction avec l'idée qu'on continue à ne pas en faire assez). En revanche, on constate un paradoxe  : les Français dans leur globalité ont été plus unis que les politiques, là où en janvier c'était l'inverse.

Dès lors, le FN représente-t-il un danger accru pour Nicolas Sarkozy  ? En tenant des propos qui peuvent rejoindre ceux des euro-sceptiques, l'ancien Président peut-il séduire un nouvel électorat ?  

Le Front National représente un danger pour toute la classe politique, gauche et droite confondue. Il prend des voix à la gauche et la droite. D'après un sondage IFOP-Paris Match, au sujet des régionales en PACA (Provence-Alpes Côte d'Azur), Marion Maréchal-Le Pen pourrait prendre jusqu'à 25% des électeurs qui ont voté pour Nicolas Sarkozy en 2012. Une partie de la progression qu'elle enregistre actuellement dans les sondages vient de là : il s'agit d'électeurs de droite qui basculent vers le Front National. De facto, il est un danger pour Nicolas Sarkozy, qui souhaite incarner le meilleur rempart contre l'avancée de Marine Le Pen.

Aujourd'hui, le Front National semble être le seul parti à profiter des attentats. Non pas qu'il progresse fortement, mais il était dans une dynamique avant le 13 novembre. Depuis les attentats, le parti consolide cette même dynamique ; l'amplifie de quelques points dans certaines régions. L'angoisse générée par le 13 novembre fait écho aux thématiques développées par le FN depuis des années.

Je ne crois pas que la stratégie de Nicolas Sarkozy, vis à vis de l'Europe, puisse fonctionner. D'abord parce que Marine Le Pen progresse par la droite mais aussi par la gauche. Ensuite parce que Nicolas Sarkozy n'a pas réussi à bloquer la progression de Marine Le Pen. Elle tronait à 18% aux dernières présidentielles. Aux départementales et aux européennes, elle a passé le cap des 25% et aujourd'hui le parti est crédité de 28 à 30% des intentions de vote. Elle franchirait un nouveau pallier, ce qui constituerait, notamment un échec pour Nicolas Sarkozy

Alors qu'ils semblaient s'être éloignés, Nicolas Sarkozy aurait fait appel à Henri Guaino pour ce nouveau discours. Quelle signification peut prendre ce retour d'Henri Guaino auprès de l'ancien Président ?

D'abord, ce n'est pas la première fois qu'Henri Guaino écrit de nouveau un discours pour Nicolas Sarkozy, depuis le retour de ce dernier en septembre 2014. Il avait fait quelques "piges" pendant la campagne pour la présidence de l'UMP. On se souvient notamment de son discours prononcé à la porte de Versailles... une ode à la République, durant lequel Nicolas Sarkozy avait prononcé quelques 75 fois le mot "république". On reconnaît là la pate d'Henri Guaino. Par la suite, il n'a pas pris ses distances acec Nicolas Sarkozy, mais il s'est mis à son compte. Il est désormais député des Yvelines, a de l'ambition... Je crois qu'il envisage d'être éventuellement candidat en 2017 si Nicolas Sarkozy n'allait pas à la présidentielle. Enfin, il n'était pas d'accord avec la stratégie choisie par Nicolas Sarkozy pour son retour  : il pense toujours que passer par le parti pour revenir n'était pas la bonne idée. Cela ne l'empêche pas de rester proche avec l'ancien Président. Quant à savoir si ce discours de Schiltigheim est l'amorce d'une nouvelle coopération entre les deux hommes, c'est difficile à dire. On ne le saura qu'à l'avenir, mais Henri Guaino ne serait plus conseiller ou plume attitrée de Nicolas Sarkozy. L'ancien Président avait besoin d'un discours pour se remettre sur les rails, mais au fond c'est peut-être davantage Nicolas Sarkozy qui aurait besoin d'Henri Guaino que l'inverse.

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