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La colère très calculée de Nicolas Sarkozy contre les présidents de région des Républicains élus avec les voix socialistes
©Reuters

Chefs des trains

La colère très calculée de Nicolas Sarkozy contre les présidents de région des Républicains élus avec les voix socialistes

Nicolas Sarkozy a une nouvelle fois critiqué Christian Estrosi et Xavier Bertrand, élus avec les voix de la gauche aux régionales, les qualifiant de chefs des trains. Les deux hommes qui occupent désormais une position charnière entre la droite et la gauche sont pourtant extrêmement convoités en vue de 2017.

Christelle Bertrand

Christelle Bertrand

Christelle Bertrand, journaliste politique à Atlantico, suit la vie politique française depuis 1999 pour le quotidien France-Soir, puis pour le magazine VSD, participant à de nombreux déplacements avec Nicolas Sarkozy, Alain Juppé, François Hollande, François Bayrou ou encore Ségolène Royal.

Son dernier livre, Chronique d'une revanche annoncéeraconte de quelle manière Nicolas Sarkozy prépare son retour depuis 2012 (Editions Du Moment, 2014).

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"Ils se croyaient mini-présidents de la République. En fait, ils sont chefs des trains et des ­lycées", la phrase est cinglante. Un brin méprisante. Elle vient de Nicolas Sarkozy et s'adresse à Xavier Bertrand et Christian Estrosi. Entre ces trois-là, la tension est toujours palpable depuis les dernières élections régionales et pourrait bien être durable. Révélatrice, même, d'un clivage qui pourrait bien traverser la droite durablement.

 La polémique remonte au mois de décembre dernier. Alors que les résultats du premier tour des régionales viennent de tomber, Nicolas Sarkozy annonce, sans surprise, qu'il refuse de choisir entre PS et FN. Il réédite ses propos lors d'un meeting à Rochefort en Charente-Maritime aux côtés de Virginie Calmels : "Le vote pour le Front national n'est pas immoral. Voter socialiste ou voter pour le Front national c'est la même chose car ça produira le même résultat".

Au QG de campagne de Christian Estrosi, c'est la sidération, "les mecs se dégueulent dessus. Eric Ciotti, qui est là, est pris pour cible car il est proche de Nicolas Sarkozy. Il est obligé de quitter la salle,", raconte un proche du maire de Nice. Le président des Républicains vient, en effet, de torpiller la stratégie de leur leader ainsi que celle de Xavier Bertrand.

Les deux hommes, candidats dans deux régions en vue médiatiquement, livrent un combat à haut risque face à Marion Maréchal Le Pen et Marine Le Pen. Ils viennent d'obtenir le retrait des listes PS et espèrent bien le soutien des électeurs de gauche pour avoir une chance de l'emporter. De quoi être furieux contre le président des LR qui insulte ces derniers. Xavier Bertrand le dit d'ailleurs quelques jours plus tard sur Europe 1 en s'adressant aux états-majors parisiens " qu'ils se taisent! Ils n'ont que quelques jours encore à patienter alors je leur dis une chose: Si on ne peut pas vous enfermer, taisez-vous! ". "J'ai dit tout haut quelque chose que tout le monde pensait tout bas", analyse aujourd'hui le tout nouveau président du conseil régional du Nord Pas de Calais Picardie. Mais Nicolas Sarkozy n'en a cure et assume sa position radicale dans la droite ligne de celle qu'il entend incarner pour la présidentielle.

En ce mois de décembre, la tension est telle et les risques si grands que les deux candidats demandent à Nicolas Sarkozy de ne surtout pas mettre les pieds dans leur région durant l'entre-deux tours, ce que le locataire de la rue de Vaugirard prend très mal. Il ne peut donc s'empêcher de lancer, au lendemain du second tour, alors que les deux candidats remercient les électeurs de gauche: "Attendons qu'ils dessoûlent! Ils sont atteints du syndrome de Stockholm". Nouvelle riposte de Xavier Bertrand quelques jours plus tard: "J'aimerais bien que certains rompent avec l'ivresse des petites phrases. Parce que ces petites phrases, elles ne servent vraiment à rien dans le débat politique. Et il y a quand même beaucoup plus important à faire quand on voit les difficultés de nos concitoyens".

La trêve de Noel passée, les hostilités recommencent. Alors qu'approchent les élections internes qui vont permettre de renouveler les présidents de fédération du parti, Nicolas Sarkozy tente d'occuper le terrain et avance ses pions. Dans les Alpes-Maritimes, un bras de fer s'engage entre son nouvel homme lige Eric Ciotti et Christian Estrosi. Le premier, déjà secrétaire départemental, souhaite se présenter à la présidence de la fédération contre le maire de Nice candidat à sa propre succession :" j'ai l'accord de Nicolas Sarkozy, lance le député. Je serai candidat », « ok », lui répond Estrosi. Eric Ciotti, qui sent que le vent ne lui est pas favorable, renoncera finalement. "Sur le terrain, les militants sont très remontés contre Sarko et donc contre lui. On assiste à un véritable vent de révolte", explique l'un des soutiens de Christian Estrosi.

Nicolas Sarkozy qui a déjà pronostiqué "une disparition rapide des radars médiatiques" des deux présidents de région, prépare aussi une riposte à plus long terme. Lors du Conseil National des Républicains qui se tiendra les 13 et14 février porte de Versailles à Paris, l'ancien président souhaite soumettre au vote des militants plusieurs propositions qui constitueront la ligne du parti et l'une d'entre elle s'adresse tout particulièrement aux présidents de région. Les militants devront répondre à cette question: "Est-ce que nous devons tenir le même discours quelles que soient les régions de France ou est-ce qu'on veut faire de nous un pays de communautés ?" La réponse est contenue dans la question.

Nicolas Sarkozy ne digère pas le pouvoir acquis par ces nouveaux élus régionaux qui sont devenus, depuis la réforme initiée par François Hollande, des sortes de présidents de länder, de gouverneurs. Il ne semble pas apprécier surtout la liberté de ton qui en découle: "En 2012 j'ai été élu de justesse car j'ai été ministre de Sarkozy aujourd'hui je ne veux plus payer les factures des autres, explique ainsi Xavier Bertrand qui ajoute: Aujourd'hui les régions donnent une position où on n'a pas besoin d'être parlementaire pour se faire entendre J'ai une totale liberté, les seuls à qui je dois rendre des comptes ce sont mes électeurs". Une liberté mise à profit par Xavier Bertrand pour travailler, main dans la main, avec le gouvernement, pour améliorer les services de Pole Emploi, gérer le dossier de Calais, ou encore améliorer l'information des élèves dans les lycées. Christian Estrosi, qui est encore invité au petit déjeuner des sarkozytes, semble lui aussi prendre ses distances d'autant qu'il fait l'objet de moult attentions de la part de Manuel Valls et de certains de ses ministres. Devenus charnières entre la droite et la gauche, les deux hommes sont un peu plus que des chefs de trains et de lycées. Mais Nicolas Sarkozy, qui a fait le pari d'une campagne à droite toute, préférerait les voir jouer avec des aiguillages plutôt qu'avec les lignes politiques.  

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