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Comment Manuel Valls monte au créneau pour faire porter tous les échecs du quinquennat à la gauche du PS
©Reuters

Colère rose

Comment Manuel Valls monte au créneau pour faire porter tous les échecs du quinquennat à la gauche du PS

En accusant la gauche du PS d'être à l'origine des échecs du quinquennat de François Hollande, l'entourage du Premier ministre exonère l’exécutif de toutes responsabilités tout en posant les bases d'une future recomposition politique.

Christelle Bertrand

Christelle Bertrand

Christelle Bertrand, journaliste politique à Atlantico, suit la vie politique française depuis 1999 pour le quotidien France-Soir, puis pour le magazine VSD, participant à de nombreux déplacements avec Nicolas Sarkozy, Alain Juppé, François Hollande, François Bayrou ou encore Ségolène Royal.

Son dernier livre, Chronique d'une revanche annoncéeraconte de quelle manière Nicolas Sarkozy prépare son retour depuis 2012 (Editions Du Moment, 2014).

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Cette fois encore, sa chemise devrait en ressortir détrempée. Comme ce fameux dimanche 30 août à La Rochelle, Manuel Valls, depuis quelques jours, donne de sa personne pour défendre la réforme du Code du travail. Comme à la Rochelle, il a du mal à faire avaler la pilule à son aile gauche. Mais comme à la Rochelle, le Premier ministre ne lâchera rien. Pas un alinéa, pas une virgule. De ce point de vue, sa visite lundi à Mulhouse est symbolique de la ligne de conduite qu'entend tenir le locataire de Matignon : affirmer l'importance du dialogue social et dans la foulée lancer, à l'adresse des opposants à la réforme, quelques pics afin d'y faire barrage : "Il y en a encore qui sont au XIXe siècle. Moi et les ministres qui sont présents nous sommes au XXIe siècle", a-t-il par exemple affirmé lundi. Mais pourquoi hérisser à nouveau son aile gauche ? Pourquoi mettre du vinaigre sur les plaies plutôt qu'un onguent ? Comme si la colère d'une partie de son camp était le but recherché par le Premier ministre. Comme si une part de sa stratégie reposait sur l'explosion de la majorité.

Et son entourage de préparer le terrain: "Nous sommes pris en tenaille entre une droite étatiste et une gauche étatiste, conservatrice, qui ne veut bouger sur rien. Elle est en train de détruire l'expérience gouvernementale de la gauche", explique Christophe Caresche, un proche de Manuel Valls. Et il insiste : "La contestation quasi permanente nous empêche de valoriser ce qui a été fait, ce sera une des raisons de l'échec". François Hollande lui-même expliquait récemment à quelques proches que "jamais président n'aura subi à ce point l'opposition systématique de sa majorité, dans une période historiquement difficile", expliquant à quel point cette opposition de l'intérieur "empoisonnait" son mandat.

Voici ainsi esquissées les épaules d'un bouc émissaire, l'ombre d'une sortie de crise. Si François Hollande et Manuel Valls sont ainsi étrillés dans les sondages, c'est à cause de la contestation de leur aile gauche. Et si la courbe du chômage ne s'inverse toujours pas, c'est parce que le chef de l'Etat a trop longtemps voulu ménager celle-ci. "La loi El Khomri, on aurait dû la faire il y a trois ans", explique Christophe Caresche. "François Hollande a moyenné jusqu'en janvier 2014. Son quinquennat n'aurait pas eu la même tête si il n'avait pas ménagé notre aile gauche, ça se serait mieux passé", explique Philippe Doucet, le député d'Argenteuil-Bezon autre proche du locataire de Matignon qui pense, lui aussi, que la réforme du travail a trop tardé.

Bref, pour sauver le quinquennat, Matignon et à une moindre mesure l'Elysée sont désormais prêts à sacrifier l'unité de leur famille. Et si le Premier ministre tente encore d'obtenir une majorité au sein même de son camp, s'il se déplace pour tenter de convaincre les syndicats, c'est surtout pour pouvoir dire qu'il a fait tout ce qu'il pouvait. Que ça n'est pas de sa faute si les opposants à la réforme sont si rigides.

Il devrait, pour ce faire, pouvoir compter sur l'aide des syndicats qui ont promis de descendre dans la rue si le gouvernement n'accédait pas à leurs demandes. Le projet de loi, qui n’est "pas amendable", "vaut une grève" dans le public comme dans le privé, a estimé le secrétaire général de FO, Jean-Claude Mailly. Ce projet de loi "est la preuve que l’on veut vraiment réformer le pays, en sortant du culte du passé et en agissant pour la France et pas seulement pour la gauche", lui a répondu Manuel Valls, enfonçant le clou une nouvelle fois. Esquissant l'idée que cette gauche contestataire est, non seulement, un caillou dans la chaussure de l'exécutif, mais aussi, la cause des maux du pays.

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