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suicide agriculteurs rapport agriculture détresse crise réalité
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©PASCAL GUYOT / AFP

Prévention du suicide

Comment le suicide paysan a fait l’objet d’une sombre manœuvre politicienne

Le député LREM Olivier Damaisin vient de remettre au Premier ministre un rapport portant sur la prévention du suicide en agriculture. Un rapport particulièrement décevant, très éloigné des attentes sur un sujet aussi crucial. Et pour cause puisque, à la base, il est issu d’une sombre manœuvre politicienne visant à devancer le Sénat, initiateur du sujet.

Nous sommes l’après-midi du 12 décembre 2019. Le sénateur Henri Cabanel s’adresse à ses pairs pour demander la tenue d’une enquête sénatoriale pour comprendre les causes de la surmortalité par suicide en agriculture. Il est suivi en cela par plusieurs confrères, de tous les groupes politiques, citons notamment Françoise Férat puisqu’elle partagera avec lui la responsabilité du groupe de travail qui sera mis en place suite à cette intervention. On connait la façon de travailler des sénateurs. Leurs enquêtes sont parfois longues, mais le temps passé sert à argumenter chacun des propos qui seront tenus dans le document final. Lequel devient une véritable référence, un document de travail des plus appréciables…

La manœuvre politicienne

Ce jour-là, toutefois, l’ombre d’un doute plane. Après les sénateurs, le ministre de l’Agriculture de l’époque, Didier Guillaume, exprime tout en nuances un avis pour le moins sournois, celui de voir le sujet confié également à l’Assemblée nationale, où serait nommé un « monsieur suicide ». En l’espèce, il vient de créer une surenchère politicienne, une course à l’échalote de la bonne conscience sur un sujet devenu grand public après le film d’Edouard Bergeon. Cette course à devenir le premier à obtenir la reconnaissance populaire est officiellement lancée le 21 février 2020 lorsque Edouard Philippe, alors Premier ministre, confie la mission au député de la majorité présidentielle (évidemment, c’était cela le but) Olivier Damaisin…

Pendant qu’au Sénat, comme d’habitude, on prend le temps de l’analyse, on se dépêche à l’Assemblée d’avoir « son » document qui paraisse à tout prix le premier. La Covid et les confinements ralentissent tout le monde, les échéances des uns et des autres sont retardées, mais seul le résultat compte, le député de la majorité présidentielle est bien le premier sur la ligne d’arrivée.

En soi, si le document pondu était bon, tout cela relèverait de l’épiphénomène. Ce genre de choses arrive en politique… Le problème est que le sujet est tel qu’il ne peut supporter la médiocrité dans son traitement, l’objectif ne consiste pas à recevoir un gain politique pour avoir abordé le sujet, mais bien à identifier puis à s’attaquer aux causes du fléau. Le suicide agricole ne supporte pas de devenir l’objet d’une manœuvre politicienne.

Le rapport d’Olivier Damaisin axé sur la « santé mentale » des paysans

Rien n’est jamais tout blanc ou tout noir. Certains aspects, de ci de là, du rapport (intitulé précisément : « Identification et accompagnement des agriculteurs en difficulté et prévention du suicide ») ne sont pas inintéressants. Mais la philosophie qui l’anime est des plus choquantes. Les agriculteurs en détresse jusqu’à devenir éventuellement suicidaires sont regroupés, je cite le rapport et ces deux mots abominables, dans une catégorie de personnes à la « santé mentale » déficiente. Ces mots, « santé mentale », sont répétés 10 fois dans le rapport de 54 pages. L’objectif affiché consiste donc à venir en aide à des malades mentaux… On considère donc ainsi, sans qu’aucune étude n’ait pu l’étayer, qu’un agriculteur proche du suicide présente cette déficience… De la même façon que l’on pouvait dire de manière tout aussi définitive il y a 20 ou 30 ans qu’un paysan qui se suicidait alors était un alcoolique, sans chercher plus loin. Alors, oui, parmi les agriculteurs qui se suicident, il en existe qui ont présenté une « santé mentale » fragile, j’en ai moi-même traité un exemple (cliquez ici). Pour autant, partir de cas particuliers comme étant une généralité, c’est refuser d’aborder le problème de fond.

Reprenons le document par mots-clés. Le mot « humanisme » n’y figure pas, le mot « humanité » une seule fois (et encore pour citer les associations qui elles, effectivement, prennent le sujet à bras-le-corps), le mot « humain » cinq fois tout de même, mais dont deux dans une itération d’adjectifs comprenant aussi des mots comme « financier », « fiscal », « économique »… A propos d’économie, le mot « prix » n’est utilisé que trois fois, dont deux pour « prix du foncier » (on est loin des prix rémunérateurs…). Et je vous ai gardé le meilleur pour la fin, le mot « marge » n’a été rédigé qu’une seule fois, pour parler d’agriculteurs en marge (chacun appréciera), et en aucun cas de rémunération minimale…

Le problème est donc, à la base, mal posé. Les causes ne sont pas recherchées puisqu’elles sont supposées connues : Olivier Damaisin considère qu’un agriculteur enclin au suicide a une santé mentale fragile. Son rapport vise donc à aider à soigner les « malades », pas à leur éviter cette « maladie ».

Une écoute aveugle de la Msa, oubliant son côté Dr Jekyll et Mr Hyde

Le rapport montre par ailleurs une écoute aveugle de la Msa. Si Olivier Damaisin a raison de mettre en avant le travail des psychologues et autres personnels médicaux dans des interventions délicates, il omet de réclamer à l’organisme mutualiste de montrer davantage d’humanisme (ce mot qu’il ne connait pas) dans ses autres missions. Comment accepter les lettres de relance rédigées comme des ultimatums pour les malheureux qui ne parviennent plus à régler leurs cotisations sociales ? Comment expliquer les venues d’huissiers dans les exploitations pour réclamer les sommes dues, humiliant au passage des personnes dont on pensait avoir compris qu’elles étaient considérées comme ayant la santé mentale fragile ? Ces aspects ne sont absolument pas mentionnés dans le rapport, alors que parmi les personnes entendues par la mission parlementaire, il en figure que je connais très bien et qui n’ont pas pu manquer de le signaler aux auteurs.

Car ce côté Dr Jekyll et Mr Hyde de la Msa est incontestablement, en soi, quels que soient les efforts – réels et méritoires – déployés par les personnels impliqués dans l’assistance aux agriculteurs en détresse, à l’origine de drames. L’organisme doit absolument revoir son fonctionnement, réécrire ses courriers-types, remplacer les huissiers par des médiateurs… Je connais personnellement des agriculteurs qui se sont dits traumatisés après une visite d’huissiers, et d’autres qui assurent ne jamais vouloir appeler l’organisme en cas de besoin, car les comportements que je vous rapporte ici nuisent à la crédibilité de l’ensemble (personnes de bonne volonté incluses).

Autre aspect montrant l’aveuglement vis-à-vis des brochures publicitaires de la mutuelle : le numéro vert à destination des agriculteurs en détresse, Agri’écoute, est présenté comme fonctionnant 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24… Les statistiques présentées dans le rapport sur le nombre d’appels à ce numéro seraient bien plus volumineuses si tel était effectivement le cas ! Si feu Coluche était toujours en vie, il en rigolerait avec une formule dans le style : « Agri’écoute répond 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24… sauf du vendredi 18 heures au lundi 9 heures…. » Car c’est malheureusement ce qu’ont constaté de nombreuses personnes… Olivier Damaisin a-t-il essayé d’appeler le numéro en question à une heure indue pour vérifier le bon fonctionnement du système ?

Enfin, les chiffres officiels sur le suicide agricole, donnés par la Msa, ne font l’objet d’aucun questionnement quant aux méthodes utilisées…

Un rétropédalage incomplet sur le rôle des Safer

Dans différentes interviews qu’il avait pu accorder en amont de la publication du rapport, Olivier Damaisin s’était dit très intéressé par une proposition des Safer (l’organisme du foncier agricole) consistant à permettre à l’organisme de racheter les terres des agriculteurs en difficultés tout en laissant les cultiver… Il voyait là, comme on le lui avait présenté, une excellente solution pour apporter de la trésorerie à l’exploitant sans l’empêcher de travailler. Evidemment, ces propos ont choqué. Je connais personnellement au moins deux personnes parmi les interrogés qui se sont empressées de lui faire savoir qu’il était indigne de profiter de la détresse d’un agriculteur pour le spolier de ses terres.

Du coup, dans le rapport, les choses ne sont pas mentionnées de manière aussi explicite. Mais la rédaction donne néanmoins un rôle accru aux Safer dans la prévention au suicide agricole. Et laisse donc la porte ouverte à de telles propositions, qui confèrent à l’humiliation d’une part, et qui peuvent autoriser des spéculations foncières en certains endroits selon des intérêts locaux d’autre part. Là encore, il n’est nullement fait mention de la nécessaire humanisation d’un organisme comme les Safer, pourtant directement désigné comme responsable d’un suicide agricole dans un cas au moins, par l’agriculteur lui-même qui s’est pendu devant le siège de sa Safer départementale.

Les bons côtés du rapport

Le rapport présente aussi des bons côtés. Son préambule, pages 11, 12 et 13, présente un historique de l’agriculture française par rapport à la problématique et plus largement au sentiment de mal-être qui n’est pas sans intérêt. On y trouve quelques vérités, citons cette phrase : « L’augmentation de la taille des exploitations et des troupeaux, la diminution du nombre d’actifs agricoles, sont devenus source de pénibilité et de surcharge de travail avec de fortes amplitudes horaires générant fatigue et maladie. Le temps du repos, trop peu présent, contribue à l’isolement. » Ou encore celle-ci : « La perception de l’agriculture par la société est passée progressivement d’une forte connivence familière historique liée à son identité agricole et rurale, à toujours plus d’exigences, souvent avec une méconnaissance voire une défiance induite par une perte des liens qui l’unissaient à la terre et à ses acteurs. Les polémiques régulières autour des pratiques agricoles en témoignent. » En revanche, le rapport ne mentionne aucune analyse de cette évolution de l’agriculture, il se contente de constats, justes, mais en soi insuffisants.

Et revenons à la Msa. Le rapport mentionne le « guide Pass’Agri », qui, je cite, « compile les mesures d’accompagnement et d’action sociale. L’initiative est utile car elles sont peu connues des agriculteurs ». Et pour cause ! Jamais aucun agriculteur ne m’a parlé de ce guide, alors qu’effectivement, en cliquant sur le lien https://www.msa.fr/lfy/pass-agri, on trouve nombre de renseignements sur différents processus d’aide et les conditions d’obtention. Pourquoi ne pas promouvoir davantage ce service, a priori bien réalisé ? Personnellement, il m’a fallu avoir lu le rapport pour en prendre connaissance. Du coup, j’ai interrogé rapidement plusieurs agriculteurs pour savoir s’ils connaissaient ce dispositif, pas une réponse positive… Quand quelque chose est bien fait, il faut le dire…

Le rapport évoque également différentes initiatives, certaines très structurées ou en cours de l’être, et précise avec justesse qu’il faut les soutenir. Il parle ainsi des réseaux Sentinelles, qui consiste à détecter les agriculteurs en difficultés avec différents partenaires associés dans l’opération, d’associations comme Solidarité Paysans, de différents dispositifs ou sites internet montés par les Chambres d’agriculture, des cellules d’accompagnement mises en place par le ministère de l’Agriculture… En fait, le rapport met en lumière qu’il existe d’ores et déjà quantité d’initiatives intéressantes… En revanche, les choix sont clairement stratégiques et politiques. Pourquoi, par exemple, ne pas avoir mentionné le Samu social agricole alors que ses dirigeants ont été écoutés par la mission parlementaire ? Je conçois que leur discours, très critique vis-à-vis du système, puisse déranger, mais parallèlement comment nier l’action en faveur des agriculteurs en détresse ?

Certaines propositions laissent perplexe

Parmi les propositions du rapport, outre celles déjà citées, certaines laissent perplexe. Soit elles ne sont pas suffisamment expliquées et détaillées pour que l’on puisse comprendre leur intérêt, soit elles donnent l’impression de n’être là que pour remplir les feuilles et donner de la consistance au rapport, mais en terme de poids du papier.

Premier exemple, la proposition « Créer un observatoire national des exploitations agricoles en difficulté, coordonné par le ministère chargé de l’agriculture. » Question, de quoi parle-t-on ? D’une sorte de fichier recensant les exploitations en difficulté ? Personnellement, c’est ce que je comprends à travers cet intitulé. Mais alors, qui y aura accès ? On ose espérer que seuls des personnels assermentés, chargés de ne pas divulguer quelque nom que ce soit de cette liste à quiconque, en seront les réceptionnaires. Car sinon, qui dit « exploitation en difficulté » dira rapidement taux assurantiels et de prêts bancaires majorés… C’est-à-dire soucis supplémentaires de ceux que l’on ait censés vouloir secourir.

Autre exemple, la proposition « Développer les dispositifs de mentorat entrepreneurial entre un agriculteur et un chef d’entreprise d’un secteur d’activité non agricole. » Et un peu plus loin la même idée déclinée différemment : « Accompagner le jeune agriculteur installé, par un agriculteur expérimenté. » Le mentorat, sous une forme ou une autre, ce n’est pas vraiment une idée nouvelle. On sait ce que cela donne. La bonne idée de base devient, sur le terrain, quelque chose qui n’est pratiquement jamais mis en pratique de manière structurée. Et finalement, il faut appartenir à un cursus scolaire pour réellement en bénéficier. Une fois les études terminées, plus personne… Donc, en l’occurrence, l’écrire dans le rapport, pourquoi pas, mais ces propositions manquent cruellement de conviction ou de précision. D’autant que le rapport ne mentionne aucun contrôle sur cette action, il est écrit dans les deux cas « les Chambres d’agriculture pourraient en prendre l’initiative » (Ndlr : du rapprochement entre l’agriculteur et son mentor), mais nullement si les Chambres (restons dans cet exemple) auront aussi la mission de vérifier les apports du mentorat et l’intérêt de l’action (et au passage la compétence pour ce job précis du mentor désigné).

Dans le même registre, évoquons également la proposition visant à demander à des organismes de formation d’intégrer des programmes sur le bien-être. Vivea est cité. Or cet organisme (je pourrais citer des témoignages si besoin) refuse d’instruire des dossiers de demandes d’équivalence : certains agriculteurs, au bout du rouleau, essayent de faire valoir leurs connaissances pour un autre métier, et Vivea rejette sans discussion cette porte de sortie, peut-être pas reluisante pour la profession dans son ensemble, mais ayant le mérite d’offrir une solution humaine au mal-être ressenti désormais en agriculture. Dans ces conditions, davantage que de se féliciter de l’introduction du sujet « bien-être » dans les formations dispensées, peut-être aurait-on pu demander à cet organisme de s’investir pleinement lui-même dans le sauvetage de ceux qui le réclament ?

Et pourtant, il y aurait matière à (bien) faire

Et pourtant, les sujets que le rapport n’a pas abordés et qui mériteraient un développement existent. Prenons le burnout, syndrome de l’épuisement professionnel. Ce mot n’est cité qu’une fois (page 23 du rapport) avec la divulgation du résultat d’une étude qui estime que 33 % des agriculteurs « présentent un risque d’épuisement professionnel ». Et ça s’arrête là. Plus rien sur le burnout des paysans. Alors que, évidemment, il y a des choses à faire dans le domaine. Je connais plusieurs cas d’éleveurs ayant fait des burnouts. Et plusieurs problèmes qu’il faut, à tout prix, au minimum poser, dans l’espoir de les résoudre ensuite. Primo, le burnout, on le sait, n’est pas reconnu maladie professionnelle en France. D’où des situations ubuesques. Par exemple celle d’un éleveur cessant d’un coup d’accepter de se lever tous les matins à 4 heures pour la traite de ses vaches, devenant incapable du moindre effort et plongeant sa famille dans une situation inattendue pour le moins compliquée. La Msa alloue alors une allocation prenant en compte la cessation d’activité, mais sans autre explication, d’un montant très faible par rapport au revenu déjà peu élevé, et dont la pérennité n’est pas mentionnée. Une goutte d’eau dans l’océan de désarroi y compris financier dans lequel le couple et ses enfants ont été plongés. Et ce cas n’est malheureusement pas isolé. Alors que si le burnout était reconnu maladie professionnelle, cette famille aurait pu bénéficier d’un meilleur accompagnement, financier d’une part, mais pas seulement, également avec des conseils dédiés à cette situation particulière, à laquelle peu de monde est formé à la base. Dans l’exemple, l’épouse, travaillant à l’extérieur et ne pouvant surtout pas arrêter vue la situation, était pour le moins inquiète à chaque fois qu’elle laissait son mari seul…

Ma question : pourquoi ne pas lancer un chantier d’essai de reconnaissance du burnout comme maladie professionnelle en agriculture ? Ce chantier pourrait servir d’observatoire pour les autres activités professionnelles impactées, et aurait le mérite de rendre service à une population qui en a grand besoin… Et cet « échantillon agricole » permettrait aussi de chiffrer le coût d’une mesure plus globale (toutes professions confondues) avec bien plus d’exactitude qu’on essaye de le faire actuellement, et donc d’évaluer les conséquences d’un tel choix de politique sociale.

Autre aspect, la complexité du chiffrage du nombre d’agriculteurs qui se suicident (encore un sujet non abordé dans le rapport). Aujourd’hui, un agriculteur qui met fin à ses jours sur son lieu de travail est considéré comme un « accident du travail ». Ce qui est une bonne chose (si l’on peut dire étant donné le contexte) pour la famille puisque dans ce cas, l’assurance prend en charge la dette, elle n’est pas transmise aux survivants. Mais question : ces accidents de travail sont-ils comptabilisés comme suicides ? Ou pas ? Ou seulement dans certains cas selon l’appréciation de l’enquêteur de tel ou tel département ? Clairement, la fiabilité des chiffres sur le suicide agricole n’est pas clairement établie, il est (plus que) vraisemblable qu’ils soient sous-estimés par rapport à la réalité des faits, que plusieurs « accidents du travail » n’apparaissent pas comme les suicides qu’ils sont pourtant. De fait, les moyens mis en œuvre pour combattre ce fléau sont eux aussi minorés.

Ma proposition : faire évoluer le système assurantiel, de manière à reconnaitre que pour tout suicide, sur le lieu de travail, ou dans la maison ou ailleurs, la famille est exempte de l’endettement de l’agriculteur. Cela simplifierait les démarches pour la famille et la soulagerait de toute cette paperasse inhumaine dans un contexte déjà terrible, et aurait pour conséquence induite d’autoriser aussi un chiffrage réel du nombre de paysans qui se suicident. Le défaut de cette proposition : qu’il y ait dans ce cas des suicides pour soulager la famille de la dette. Je réponds que le problème est justement dans l’endettement, dans la précarisation de tous les agriculteurs dans le système actuel. Ils ne s’endettent pas pour leur confort, mais pour pouvoir travailler. De tels investissement ne devraient pas représenter une épée de Damoclès. Evidemment, il n’appartient pas à une mission comme celle confiée au député Damaisin de réinventer le système agricole. Mais au moins aurait-elle pu pointer certains de ses défauts, en laissant à d’autres, dans le cadre de lois plus générales sur l’agriculture française, le soin de se pencher dessus avec plus de minutie et en tenant compte, cette fois, des conséquences humaines.

Comment peut-on espérer résoudre ne serait-ce qu’une partie d’un fléau tel le suicide agricole sans poser les vrais problèmes ?

Il reste un espoir, l’autre rapport parlementaire, celui du Sénat, que l’on attend… Mesdames et Messieurs les sénateurs, à vous de jouer désormais. Vous avez pris le temps pour votre rapport, prenez-en encore si vous voulez l’étayer, mais, de grâce, ne le bâclez pas ! Des vies humaines en dépendent…

Antoine Jeandey 

Journaliste

Auteur avec Camille Beaurain de « Tu m’as laissée en vie – Suicide paysan – Veuve à 24 ans » (Cherche-Midi, réédité chez J’ai Lu).

Pour retrouver l'intégralité du rapport, cliquez ICI

Droit de réponse VIVEA

Je soussignée Béatrice DINGLI, agissant en qualité de Directrice Générale de VIVEA, le fonds d’assurance formation des chefs d’entreprise agricole, entends, par la présente, faire usage du droit de réponse suite à un article paru sur le site internet Atlantico dont vous dirigez le contenu.

En effet, le 7 décembre 2020, Atlantico publiait un article intitulé « Comment le suicide paysan a fait l’objet d’une sombre manœuvre politicienne » signé d’Antoine JEANDEY.

Ledit article laissait entendre que « VIVEA refusait d’instruire des dossiers de demandes d’équivalence : certains agriculteurs au bout du rouleau, essayent de faire valoir leurs connaissances pour un autre métier et VIVEA rejette sans discussion cette porte de sortie … ».

Je me permets de contester ces allégations dans la mesure où il n’est absolument pas dans les prérogatives de VIVEA, fonds d’assurance formation des chefs d’exploitation agricole, conjoints et aides familiaux, de délivrer des « équivalences » de diplôme. VIVEA finance la préparation de ces demandes d’équivalence, préparation intitulée « VAE pour Validation des Acquis de l’Expérience ». Ces formations sont prioritaires et n’ont jamais l’objet de quelque refus de financement que ce soit.

Nous vous invitons à consulter le site du Ministère du travail pour de plus amples informations quant au déroulé des demandes d’équivalence : VAE - validation des acquis de l'expérience (travail-emploi.gouv.fr)

VIVEA accompagne également les chefs d’exploitation en situation de non-redressement ou de liquidation judiciaire par le financement d’un congé formation d’un montant de 2 500 € portant sur la réalisation de formations et son Conseil d’Administration est particulièrement attentif quant à l’accompagnement des contributeurs VIVEA en cessation d’activité ou en reconversion.

A Paris, le 4 janvier 2021

Béatrice DINGLI

Directrice Générale de VIVEA

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